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Esprits rigides

17 janvier 2008, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Hier, un maire a annoncé son intention de sévir contre les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics. On voit bien que si le libéralisme économique progresse, le libéralisme social, lui, recule !

Le maire de Curepipe veut améliorer la moralité de sa ville et veut exercer une surveillance accrue à l?encontre des tourtereaux qui profitent de l?espace urbain public. Or, nous ne pouvons dire que nous vivons dans une société de libertés si nous considérons qu?il faut demander à la police de coffrer des jeunes gens qui ont le tort de se livrer à de petits gestes tendres dans un jardin.

Notre économie est reconnue comme libérale. Pas plus tard que mardi dernier, le «Wall Street Journal» et l?«Heritage Foundation», un «think-tank» américain, classait Maurice au 18e rang mondial d?un classement basé sur des libertés liées à l?économie. Nous devons cet honneur à la politique de refus de l?interventionnisme d?Etat. En revanche, le contrôle moral et religieux de la société devient plus rigoureux.

Les décideurs publics se croient, de plus en plus, investis du devoir de mener une croisade au nom de la morale. Le maire de Curepipe est un de ceux qui s?est assigné cette mission. Voilà un premier magistrat qui considère qu?il faut débarrasser sa ville des collégiens qui se tiennent par la main ou qui s?enlacent un peu dans un jardin alors qu?il ne fait rien pour éliminer les rats qui pullulent dans son marché et les égouts. Sans doute, pour cet inquisiteur, il est plus important de désérotiser la ville que de la dératiser.

Avant cet égarement de l?édile de la ville-lumière, on a eu droit à des absurdités de même nature venant d?autres soi-disant garants de l?ordre moral. Par exemple, un département tombant sous la tutelle du ministère du Transport en commun avait décrété, il y a quelque temps de cela, qu?une publicité de Benetton était immorale et qu?il fallait la censurer. Celle-ci était sensuelle certes, mais de bon goût. La «Road Development Authority», qui avait émis l?injonction contre cette publicité, avança comme justification le préjudice qu?elle causerait à la femme. En fait, l?image en question montrait une femme dans une position dominante.

Avant cela, il y a eu la révolte des gardiens autoproclamés de la morale devant un panneau publicitaire placé à l?entrée sud de l?autoroute à Port-Louis. Ces gens prudes n?ont pas pu supporter la vue d?une affiche montrant la moitié d?une poire. La pub en question vantait une marque de jus de fruit. Elle était sexuellement trop explicite aux yeux de ceux qui se sont arrangés pour la censurer aussitôt en la recouvrant d?une toile opaque.

Bien entendu, une nation doit respecter ses traditions et ses valeurs mais attention aux esprits rigides. Pour réussir, il faut évoluer. Sinon, comme le dit si bien Tony Blair, «vous devenez un monument et non un mouvement».

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