Publicité

Un aubergiste rêvant d?être hôtelier

15 janvier 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Et pourtant, dans son village natal de Quatre-Cocos, Ashok, qui a été rebaptisé Asso par les Siciliens, est un notable. Sa réussite en tant qu?aubergiste lui a permis d?ouvrir un gymnase dont l?entrée est gratuite pour les enfants. Il parraine aussi un club de football.

Il y a aussi fait construire un mandir. Si Asso agit ainsi, ce n?est pas pour attirer l?attention sur lui mais parce qu?il considère que c?est sa voie. «J?ai choisi de mener ce type de vie car je sens que je dois donner 75 % et ne garder que 25 % pour moi. C?est cela le chemin qu?il faut emprunter. Se koumsa ki mo pou gaign lekleraz ek a traver sa ki ena prosperite.»

Il ne ment pas lorsqu?il dit qu?il a commencé à zéro. Asso est issue d?une famille modeste et nombreuse, étant le quatrième des six garçons. Sa mère est planteur d?oignons à Belle-Mare. Il ne va pas au-delà du cycle primaire. Il exerce plusieurs petits boulots pour vivre.

Il aspire toutefois à une autre vie. Une toute jeune fille qu?il connaît depuis l?enfance fait battre son c?ur. Il s?agit d?Artee Hurnam qui habite Mare-La-Chaux. Asso perd son père alors qu?il est encore mineur et la vie devient encore plus difficile. Un de ses amis se laisse tenter par l?immigration en Sicile, île d?Italie. Lorsqu?il en parle à Asso, ce dernier veut suivre l?exemple. Mais il n?a même pas de quoi payer son billet d?avion.

Il ouvre son c?ur à Artee qui demande à ses parents de lui avancer Rs 30 000 pour qu?il puisse aller en Italie. Ayant confiance en lui, les Hurnam lui prêtent l?argent, étant entendu qu?Artee le rejoindra trois mois plus tard. C?est ainsi que le jeune homme part en Sicile et s?établit à Acireale, une des villes portuaires de cette île.

«Le contact facile»</B>

Il trouve d?abord du travail comme manutentionnaire de caisses de fruits dans des vergers. La tâche est difficile mais Asso tient bon. Progressivement, il apprend l?italien. Durant ses heures de liberté, il se fait des extras comme jardinier. Il réussit à se faire embaucher comme plongeur dans un restaurant et donne aussi un coup de main au cuisinier. C?est ainsi qu?il apprend la cuisine italienne. L?élève finit par dépasser le maître et il devient le cuisinier du restaurant. Asso passe cinq ans dans cet établissement. «J?y ai tout appris, que ce soit l?accueil, le service, la cuisine.»

Lorsqu?Artee tombe enceinte, il l?épouse. Après six ans en Sicile, il décide qu?il est temps pour lui de regagner Maurice avec sa famille.

Asso veut travailler avec les touristes et pour y arriver, il achète une voiture et fait le taxi marron. «J?allais à la rencontre des touristes italiens sur les plages de Belle-Mare et je leur proposais de les emmener en excursions.» Ce business au noir porte ses fruits. Il est en mesure de s?acheter un terrain à Quatre-Cocos.

Comme il a le contact facile, il se lie vite d?amitié avec de nombreux Italiens qui l?encouragent à avoir une auberge à lui et à faire sa publicité en créant un site internet. Sur les conseils de ses clients, il loue un premier bâtiment à étage à Belle-Mare, en face de la plage publique. Il l?emménage en auberge de 12 chambres qu?il nomme Villa Belle-Mare et y reçoit ses premiers clients. Le bouche-à-oreille et les compliments que ceux qui ont séjourné chez lui écrivent sur son site lui valent d?étoffer sa réputation. A tel point que pour pouvoir répondre à la demande, il doit louer un autre bâtiment à étage, situé à une centaine de mètres plus loin. Il le transforme alors en auberge de dix chambres et l?appelle Asso Villa.

Pour pouvoir récupérer à l?aéroport ses clients qui sont majoritairement des Italiens et assurer leurs déplacements, Asso s?achète deux vans de15 places chacun. Il cuisine pour les touristes qu?il héberge et transforme les terrasses des villas en salles de restaurant. Il fait aménager une petite piscine au rez-de-chaussée de la Villa Belle-Mare.

En saison haute, ses villas sont prises d?assaut? Et même en basse saison, il y a du monde. Des Italiens non-résidents tiennent à goûter à sa cuisine. Asso ne dit jamais non. Dans la cour de la Villa Belle-Mare, il emménage un restaurant en bambou et chaume. Il y installe un four en brique pour la cuisson de la pizza. La demande est forte mais Asso ne va pas au-delà de 80 couverts. Artee, elle, se charge de l?administration.

Bien qu?il n?ait pas fait de grandes études, Asso sait ce qui se fait et ne se fait pas en matière de restauration et d?hôtellerie. Il a beau donner le meilleur de lui-même il n?est pas satisfait de son offre. L?espace fait défaut en tout. Il mise beaucoup sur les rapports amicaux qu?il développe avec les touristes pour faire oublier les lacunes dans ses prestations. «Je dois donc les amadouer de mille et une façons. Se lor lamitie ki mo donn zot ki li fonctione.»

<B>«Dossier constamment rejeté»</B>

Rêvant de diriger un hôtel, depuis plusieurs années, il soumet régulièrement un projet de développement hôtelier au gouvernement du jour, demandant à louer un terrain à bail à Belle-Mare. «Nimport ki kote cimin mo pou travail.» Mais son dossier est constamment rejeté. Il ne comprend pas. «Quand je fais des demandes, elles sont rejetées alors que d?autres réussissent. Bann malin konn present dossier. Kitfoi nou nou pa kone. Que voulez-vous, à chacun sa chance .»

L?an dernier, il croit en sa bonne étoile lorsqu?il entend dire qu?un petit hôtel de la région est en vente. Il se positionne pour y être partie prenante mais, au final, l?accord n?est pas conclu. Il redonne le coup d?accélérateur à ses villas et son affaire reprend de plus belle.

Asso aurait bien voulu acheter les bâtiments qu?il loue mais le prix réclamé est au-dessus de ses moyens. «Se vre ki nou en locasyon e ki nou pe soufer me li pa grav sa. Nous sommes riches d?autres choses.»

Comme ses deux vans sont insuffisants pour les besoins de sa clientèle, il dépense gros en location de véhicules. Pour y pallier, Asso a fait l?an dernier une demande pour opérer un service de location de voitures. Là encore, sa demande n?a pas trouvé grâce aux yeux des autorités.

Bien que trouvant cela bizarre, Asso qui ne croit plus beaucoup en les décideurs, ne désespère pas de la justice divine. Il compte d?ailleurs faire construire un mandir encore plus grand que celui existant à Quatre-Cocos. «Avek sa, mo pou bisin truv enn cimin.» Que Dieu l?entende?

Publicité