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L?appréciation de la roupie n?empêche pas l?inflation
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L?appréciation de la roupie n?empêche pas l?inflation
Alors que la roupie s?est considérablement appréciée par rapport à la livre sterling et au dollar américain (en moyenne 13 % pour chacune des devises), et par rapport à l?euro (environ 3 %), les prix des biens importés ont plutôt augmenté, et parfois de façon vertigineuse.
Cette situation est tout à fait singulière, étant donné que la plupart des importateurs règlent leurs commandes en devises. Ils bénéficieraient, par conséquent, d?un taux de change favorable qui devrait forcément se répercuter sur le panier de la ménagère. Mais malheureusement, l?appréciation de la roupie va de pair, de façon paradoxale, avec la baisse du pouvoir d?achat du Mauricien.
Aucun des importateurs contactés n?a voulu apporter à l?express la moindre explication convaincante à cette étrange théorie économique qu?ils semblent être les seuls à comprendre. En effet, de façon simpliste, l?inflation sur le marché des produits pétroliers est le facteur mis en cause. Il serait à son tour à la base du renchérissement du fret (maritime, aérien, routier) qui est, paraît-il, passé du simple au double.
A les entendre, l?augmentation du prix du baril de pétrole sur le marché international aurait donc épongé le bénéfice dû au consommateur en vertu de l?appréciation de la roupie.
Des économistes bien avisés trouvent cependant ces explications à la limite d?une simplicité exagérée. Ainsi, Kee Chong Li Kwong Wing, président de la Mauritius International Trust Co. Ltd, (MITCO), estime que les vraies raisons de l?inflation sont ailleurs et qu?il serait approprié de nuancer les jugements.
Monopole de multinationales
Il reconnaît certes que, de façon générale, le commerce international est contrôlé par les grandes puissances. Il reconnaît aussi que les autorités mauriciennes ne peuvent exercer aucun pouvoir sur les prix de certaines commodités, comme le pétrole. Mais il estime cependant que le monopole exclusif que l?Etat a conféré à des multinationales et des gros importateurs exerçant à Maurice est à l?origine du laisser-aller.
«Les multinationales, regroupées en cartels, s?entendent pour tuer la compétition et ont acquis la liberté de pratiquer impunément des prix qui leur procurent la plus forte marge bénéficiaire possible», explique le président de MITCO Ltd. «La State Trading Corporation (STC) devrait jouer pleinement son rôle de contrepoids dans le secteur de l?importation et de la distribution. Mais malheureusement, l?absence de transparence explique les dérapages que nous vivons en ce moment. Evidemment, en l?absence d?une bonne planification, d?une bonne prévision et d?une certaine transparence, je crains que les difficultés auxquelles la population est confrontée ne se prolongent», souligne Kee Chong Li Kwong Wing.
Eric Ng, du cabinet PluriConseil, est du même avis : «L?absence de concurrence dans le secteur de la distribution explique l?inflation des prix des produits importés malgré l?appréciation de la roupie.»
Après le Consumer Protection Act, l?Essential Commodities Act, le Hire Purchase and Credit Sales Act, le consommateur n?a malheureusement pas été pour autant mieux loti. Avec le vote du Competition Bill, dont l?objet est de favoriser la concurrence et, par la même occasion, limiter les abus dont sont victimes les consommateurs, Kee Chong Li Kwong Wing a un souhait : «Qu?une solution à long terme, profonde et fondamentale, soit trouvée au problème de la farine de blé et aux autres difficultés qu?éprouve surtout la population la plus démunie. Même si les cours mondiaux de certains produits de base sont hors de contrôle, il est toujours possible de minimiser l?impact de cette inflation en prenant certaines mesures salutaires. De telles mesures éviteraient des situations de tensions et de frustrations, dont l?histoire a été le témoin ailleurs.»
Nico PANOU
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