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Pagaille au départ : dernière image aux antipodes de la carte postale

14 janvier 2008, 00:00

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«Excusez-moi, pour le vol de 9 heures pour Paris, il faut faire la queue aussi ?» Dubitatif, ce touriste français jette un coup d??il à la file d?attente, puis consulte sa montre. Déjà 7 h 30. Il espère une réponse négative. Il n?en sera rien. La jeune demoiselle employée par un voyagiste lui répond, avec un sourire d?excuse, qu?il devra, comme la centaine de passagers devant lui, faire la queue. Dépité, l?homme rejoint en soupirant la file d?attente.

A l?aéroport international sir Seewoosagur Ramgoolam en ce samedi matin, la scène est pour le moins surprenante. A l?arrivée, pas un chat, ou presque. Plus haut, c?est une autre histoire. Trop de monde sur la chaussée et les voitures écrasent les sacs de voyage. Trop de monde sur le trottoir et les roues des chariots ne ménagent plus les pieds des voyageurs.

Une foule bigarrée est alignée le long du terminal des départs. Tous les voyageurs sont surchargés. Valises, sacs, planches de surf, clubs de golf et souvenirs en tout genre. Sur les chariots, des valises, mais également des enfants épuisés. La file d?attente, on en voit ni le début, ni la fin. A peine des passagers pénètrent à l?intérieur du terminal que d?autres viennent s?ajouter à la file d?attente de plus de 100 mètres de long.

«J?ai raté mon avion»

«Lake la enkor long ?», s?enquiert Rajen Nunkoo qui vient aux nouvelles. Déjà 25 minutes que ce passager mauricien en partance pour l?Afrique du Sud attend. Du «lake la», il n?en voit pas le bout. Dans un peu moins de deux heures, son avion s?envolera. Avec ou sans lui. Il commence à s?inquiéter. Les propos de son voisin dans la file d?attente ne sont pas pour le rassurer. «C?est comme ça que j?ai raté mon vol la dernière fois», soutient Comaravel Ramasamy. «Il y a un problème d?organisation. Ce n?est pas comme ça d?habitude, lâche Rajen Nunkoo, il doit certainement y avoir plusieurs vols prévus ce matin». Il a mis dans le mille. Samedi matin 16 vols sont au programme.

A ceux qui disent que le trafic est plus intense le samedi, Comaravel Ramasamy répond que lorsqu?il a raté son avion l?an dernier, ce n?était pas un samedi. L?homme qui vit depuis plus de 25 ans en Afrique du Sud s?en souvient. C?était le 1er mai 2007. Pas un samedi mais un mardi. Il avait dû attendre près d?une heure et demie avant de pouvoir s?enregistrer. Car ce n?est pas tout de pénétrer à l?intérieur du terminal et de venir à bout de l?enregistrement. Il faut encore passer la sécurité et l?immigration. «Le nombre croissant de touristes, l?ouverture de l?espace aérien de Maurice, tout cela, c?est très bien pour l?économie du pays mais encore faut-il que les infrastructures suivent», soutient Comaravel Ramasamy.

L?aéroport, il le trouve «trop petit». Il n?est pas le seul. Ahmed Mobarak, Mauricien établi en Angleterre depuis 10 ans, abonde dans son sens : «Ils devraient agrandir l?aéroport. Avoir un terminal pour les vols vers l?Europe et un autre pour les vols qui desservent la région. Comme cela se fait à l?étranger.» Il fut un temps où les autorités, elles aussi, trouvaient l?aéroport trop petit. L?extension du terminal était envisagée. Cette décision a été prise il y a cinq ans.

La Banque européenne d?investissement avait même donné son aval pour financer le projet à hauteur de 50 %. Et puis, une baisse dans le nombre de passagers avait été notée et les projets d?agrandissement avaient été repoussés. C?était en 2003, du temps où 1,6 million de passagers utilisaient l?aéroport chaque année. Depuis, avec l?ouverture de l?espace aérien et la croissance touristique, la situation a changé. En 2006, les passagers étaient estimés à plus de deux millions. Un chiffre qui devrait croître encore?

L?attente commence à se faire longue. Les voyageurs perdent patience. Les esprits s?échauffent. Les policiers qui régulent l?entrée du terminal sont sollicités. «Nous sommes là depuis 6 heures et nous sommes toujours au bout de la file. Ça n?avance pas», lance, exaspérée, une femme en direction des policiers. Elle l?est d?autant plus lorsqu?elle aperçoit quelques passagers qui tentent de resquiller. La file d?attente parallèle qui se met en place attise la colère des passagers.

«Ils devraient mettre davantage de barrières. C?est pathétique. Nous ne nous attendions pas à cela», lâche Alexander Mogridge. Le touriste sud-africain est d?autant plus agacé qu?il a quitté son hôtel à 6 heures sans avoir eu le temps de prendre son petit-déjeuner ! «C?est tellement désorganisé. Notre voyagiste nous a dit que deux heures suffiraient. Ce n?est clairement pas le cas.» Il n?en est pas pour autant amer. «Arriving was fun. A bit slow, but fun. Je suis certain que le vol de retour se passera très bien également. Mais cette attente, c?est pathétique.»

L?heure tourne. La file d?attente est toujours aussi longue. Elizabeth Brange, touriste réunionnaise, dit n?avoir «jamais vu ça». Jamais ? «Peut-être à Orly quand il y avait la grève mais je n?y étais pas.» «Il y a une grève ?», demande son fils qui arrive au même moment. Non, il n?y a pas de grève. Le samedi, c?est exceptionnel. Le lundi aussi.

Les autres jours de la semaine, il ne règne pas une telle pagaille à l?aéroport. Mais ces deux jours, c?est déjà deux jours de trop. Depuis juin 2007, à la tête d?Airports of Mauritius Co. Ltd, l?organisme qui gère l?aéroport, pas de directeur ni de président de conseil d?administration. Cette situation perdure. Jusqu?à quand ?

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