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Rima Hithié Criminologue
● <B>Les criminologues expliquent la criminalité, et la hausse qu?elle connaît actuellement, par plusieurs facteurs. Quels sont ces principaux facteurs ?</B>
La criminologie est une «sous-science». Ses racines sont : la science des comportements (behavioural sciences) mais également d?autres filières comme la science politique, l?économie, etc. Ce qui nous concerne dans ce cas-ci, ce sont les sciences du comportement, qui comprennent : (a) la psychologie : la personnalité, ou la psychologie d?un individu est formée dès l?âge de sept ans environ. En d?autres mots, l?adulte est le fruit de ces quelques années, qui sont décisives. Donc, la personne dotée d?une personnalité qui n?est pas conforme à la norme peut s?adonner, à l?âge adulte, à des actes considérés comme criminels. L?enfant apprend par imitation ; par exemple, en imitant les gestes et les actes de son héros, son role model. Et s?il grandit dans une famille difficile, où le papa est alcoolique ou pire, drogué, et la maman prostituée, une famille dans laquelle la violence et la promiscuité sont prépondérantes, ces actes et comportements hors normes deviennent pour lui tout à fait normaux. Il s?imprègne de cette culture.
Il y a également une partie du développement psychologique que l?enfant hérite à travers ses gènes.
(b) La sociologie : les facteurs de société, c?est-à-dire les maux comme la pauvreté, la situation de non-emploi, la frustration devant l?échec social, etc. La sociologie explique la criminalité également par un relâchement des institutions qui ne peuvent plus jouer leur rôle comme il se doit.
Cela dit, il faut se rendre à l?évidence que des gens bien sous tous les rapports peuvent également passer à l?acte criminel. Ils agissent alors par rapport aux exigences de la situation, des actes qui ne sont pas conformes à leur personnalité ou leur psychologie. Il est donc important de prendre conscience que, quelquelquefois, la situation ou des circonstances particulières prennent le dessus sur les facteurs psychologiques ou sociologiques.
● <B>Maurice connaît, depuis quelque temps déjà, une hausse de la criminalité. Meurtres et assassinats sont devenus plus communs et plus violents. Qu?est-ce qui a changé dans notre société pour engendrer une telle situation ?</B>
Un développement économique rapide qui n?a pas été accompagné par suffisamment d?investissement dans le social et dans les institutions. Ces dernières n?ont, pour leur part, pas évolué par rapport aux rôles qu?elles sont censées jouer. Défaillance donc, au niveau des institutions. La hausse de la criminalité est une indication que quelque part, quelque chose ne va pas. Les institutions sont comme des maillons ; si une des institutions flanche, tout le système (le tissu social) est menacé.
● <B>Comment remédier à cette situation ?</B>
Des études sociales sur les causes de la criminalité, beaucoup plus d?investissement dans la qualité de la vie, revoir le rôle des institutions dans la société pour voir si notre société est apte à former des individus sains et conformes aux normes de la société. La liste peut être très longue? mais une étude approfondie s?impose.
● <B>La perception que la police n?est pas efficace et que les crimes ne seront pas détectés contribue-t-elle à la hausse de la criminalité ?</B>
La criminalité est liée à des facteurs de société, et non à l?inefficacité de la police. Il y a des sociétés dans lesquelles la police est efficace mais où la criminalité est quand même haute, et d?autres où la police n?est pas très efficace, mais où la criminalité n?est pas importante. La question que je me pose est celle-ci : la société est-elle d?accord pour vivre sans l?institution de la police ? Je crois que la réponse est non. Efficace ou non, la police a un rôle important à jouer, car la seule présence d?un policier dans un lieu peut décourager un crime.
Il faut aussi dire que nous assistons à Maurice à une banalisation du crime, surtout à travers des descriptions détaillées de ces faits. Cela donne l?impression qu?ils sont très faciles à commettre ou moins dramatiques. Il y a également la théorie qu?on appelle Broken Windows ? qui dit que si un crime n?est pas suivi par une action ou une mesure immédiate, c?est, indirectement, un encouragement pour d?autres d?agir de la même façon.
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