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Diplomates à Belle-Terre pour dire «banané» à Boodhoo
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Diplomates à Belle-Terre pour dire «banané» à Boodhoo
Qui de nous ne prend pas plaisir à relire et à savourer de nouveau le conte d?Alphonse Daudet, Le sous-préfet aux champs. Le souvenir enjoué de cette anecdote champêtre nous revient à l?esprit, en songeant à la cérémonie protocolaire des v?ux de nouvel an du corps diplomatique au Premier ministre de Maurice de l?an de grâce 1983. Ce dernier est alors en voyage, mais, parole d?honneur, il ne s?agit aucunement d?une opération White Christmas mais plus avantageusement d?un voyage, forcément fructueux, en Zambie et en Union soviétique. Les v?ux 1983 du corps diplomatique au chef, même par intérim, du gouvernement de Maurice, demeurent mémorables pour avoir comme décor, on ne peut plus champêtre, la demeure villageoise (toujours la même d?ailleurs, comme pour Jugnauth, chose assez rare dans les milieux politiques pour être soulignée ici) d?Harish Boodhoo, à Belle-Terre. Autre spécialité villageoise de ce nouvel an 1983 : le thé au gingembre remplace avantageusement la traditionnelle coupe de champagne, en cette matinée inaugurale suivant un réveillon conclusif souvent copieusement arrosé.
Harish Boodhoo explique aux diplomates ainsi accueillis à Belle-Terre, tout comme Indira Gandhi, en octobre 1982 ? où est la plaque commémorant une aussi illustre visite, gravée à jamais dans la mémoire de tout habitant de ce hameau ? ? qu?il tient à les recevoir chez lui pour qu?ils comprennent mieux que le village, autant que la ville, est au centre du développement humain et durable, voulu par le gouvernement MMM?PSM. Cette réception protocolaire rend aussi hommage à l?inestimable contribution des travailleurs agricoles et de la population rurale au développement matériel mais aussi spirituel de Maurice.
Comme pour la précédente visite à Belle-Terre d?Indira Gandhi, le va-et-vient des limousines du corps diplomatique retient l?attention et même la curiosité des habitants de Belle-Terre. Les amortisseurs de ces limousines, plus habitués au billard de l?asphalte du meilleur du réseau routier mauricien, accusent le coup, malgré la dextérité des chauffeurs, essayant tant bien que mal d?éviter ornières, nids-de-poule(s), bosses, rochers émergents. Le plus souvent, cependant, c?est chappe dans caraille tombe dans difé. Le tout dans un nuage de poussière, faisant soupirer les chauffeurs, pensant au lavage additionnel qui s?imposera, au retour, pour rendre aux véhicules, immatriculés CD, leur propreté et leur prestige resplendissant. Le corps diplomatique, jouissant de l?immunité protocolaire, échappe donc à l?amende de $ 1 725 à laquelle s?exposent les gaspilleurs d?eau mauriciens (Voir, Jeune Afrique, No 2452, du 6 janvier 2008, p.20).
La réception a lieu sous le signe de la plus grande simplicité. Le thé au gingembre ou au lait est servi, non pas dans des tasses, mais dans des catoree chromés. Les amuse-gueules sont faits maison. Au choix des invités : ladoo, badjas, gâteaux-piments, ti-pooree, caca pigeon, moutayes, samoussas, beignets de bringelle, de pomme de terre, de fruits à pain.
Boodhoo qualifie la mémorable année 1982 comme une pregnant with meaning. Il s?attarde sur un 60-0 sans précédent, peut-être même dans l?histoire politique internationale, ce qui n?est guère flatteur pour les concepteurs d?un système électoral, ressemblant davantage à une bascule qu?à une sauvegarde des contre-pouvoirs.
Le gouvernement MMM?PSM doit assurer la paix sociale. Chose faite, sauf en son sein. Fort heureusement la population mauricienne se montrera assez intelligente pour ne pas suivre le mauvais exemple de nos politiciens.
Le doyen du corps diplomatique, l?ambassadeur états-unien G.F. Gordon, saluera la maturité politique et électorale de la population mauricienne. Ce n?est pourtant pas faute d?avoir soutenu, par tous les moyens même les moins avouables, le gouvernement sortant mais en perdition de Seewoosagur Ramgoolam. Il rend hommage à l?attachement des Mauriciens aux valeurs démocratiques.
Sont présents à Belle-Terre : Gordon l?Américain, Furusawa le Japonais, Allan l?Anglais, Allard le Belge, El Miniawi l?Egyptien, Pankov le Soviet, Bernard le Gaullois, Chen Feng le Chinois, Prem Singh l?Indien, Al Jaddy le Libyen, Rahman le Pakistanais, Danisman l?Onusien, Scheiber l?Européen, Djamil Fareed autre Onusien, Rahoray le Malgache. Aucune trace, en revanche, de Seychellois, de Comorien, de Réunionnais.
Sur ce, Boodhoo prend l?avion pour aller, en Inde, voir sa mère souffrante. De là, il se rend aux Etats-Unis pour une tournée d?information, pouvant inclure une visite à la Maison?Blanche, si Reagan se montre aussi coopératif que lui.
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