Publicité
La légende de Beowulf
Réplique de Woody Allen à Annie Hall, lorsque celle-ci lui parle de s?inscrire à l?université : «Il faut surtout éviter les cours dans lesquels figure la lecture de Beowulf.» Ce long poème épique oral anglo-saxon, comptant plus de 3 000 vers et datant plus ou moins du VIIIe siècle de notre ère, raconte les aventures d?un héros nordique trois siècles auparavant. C?est une «chanson de geste» considérée comme le plus ancien texte en anglais. Sa composition précéderait celle de La Morte d?Arthur ou de Robbyn Hoode et sa lecture, même avec la traduction en anglais actuel, est réservée à ceux et celles qui ont réellement envie de se faire du mal. Certains passages sont toutefois connus de ceux qui ont un peu d?érudition : le combat contre le monstre Grendel, la «course» entre le héros et son rival Brecca contre les dauphins et le combat contre le dragon. En élaborant à partir de ces épisodes, La Légende de Beowulf, le dernier film de Robert Zemeckis, nous propose une autre version (celle des scénaristes, Roger Avary et Neil Garman) de la vie du héros.
L?idée est ? on le suppose ? d?offrir au public du spectacle au premier degré tout en appelant à un certain sens de l?imaginaire ; un peu comme le faisait le poème original, d?une certaine manière. Ce qui expliquerait le choix par Zemeckis de ce qu?on appelle «l?animation photoréaliste» comme médium d?expression. C?est un nouveau cinéma, d?un genre hybride, mêlant l?animation numérique, l?infographie des jeux vidéo et les fresques avec effets spéciaux. L?effet peut être assez déroutant, surtout au début, lorsqu?on voit des personnages avec les traits et les voix d?acteurs connus (Anthony Hopkins pour le roi Hrothgar et John Malkovitch pour Unferth, son conseiller, notamment), mais avec des corps différents. Ray Winstone qui prête ses traits au héros Beowulf, est doté d?une impressionnante plaque d?abdominaux à faire pâlir d?envie le gros Arnold. Quant à Angelina Jolie, elle apparaît toujours nue, prêtant son physique à une démone (la mère de Grendel), avec une très longue queue et ses pieds nus ont des talons aiguilles (mais oui !), mais les parties intéressantes sont toujours recouvertes d?une matière qui met pour s?évaporer, juste le temps qu?il faut pour que la caméra change de plan. Cette nouvelle technique, déjà expérimentée dans Polar Express, offre certainement au réalisateur une liberté de création jamais égalée. Ainsi, un vrai-faux Danemark du VIe siècle est reconstitué avec des fjords et des plages de sable gris. Les créatures comme Grendel ou le dragon sont très réussies. Lorsque Beowulf, décidément vantard, raconte sa course contre les dauphins, ces mammifères marins sont représentés de manière fantasque, telle qu?ils l?étaient en ce temps-là. Surtout, le spectateur se retrouve au c?ur des scènes de combats qui sont très efficaces, étant plus brutales et sanglantes qu?avec des images réelles.
On imagine que tout cela doit être encore plus impressionnant projeté en 3-D (giclées de sang, bras, jambes, entrailles, etc. «voltigeant» autour du spectateur), une autre version du film existant à cet effet. Dommage que le récit, lui, soit uni-dimensionnel. Ce n?est pas que l?histoire manque d?intérêt : elle est bien imaginée, bien développée et le spectateur y trouvera quelques propos pertinents sur la naissance des mythes et la manière dont ils sont colportés. Toutefois, les personnages manquent singulièrement de relief et il n?y a entre eux ni courant ni tension véritable. Ce qui fait que le film reste assez pauvre sur le plan humain. Cela dit, on ne s?ennuie pas. La Légende de Beowulf est un film qui tient sa promesse de nous divertir et on aurait tort de bouder son plaisir.
Publicité
Publicité
Les plus récents