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Mieux comprendre la fluctuation des prix

11 janvier 2008, 00:00

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Fluctuant, mais actuellement cher. C?est ainsi que l?on peut qualifier, de manière simple, le prix des carburants. Le dernier exercice de l?Automatic Pricing Mechanism (APM) a, pour les carburants automobiles, entraîné une hausse de 12,84 % du prix du litre de diesel qui passe de Rs 31,55 à Rs 35,60 à compter du 4 janvier dernier. Le litre d?essence reste, quant à lui, inchangé à Rs 41,50.

L?APM est un exercice trimestriel de réévaluation du prix des produits pétroliers attendus par les industriels (huile lourde et diesel) et les automobilistes ou professionnels du transport. En clair, les décisions de l?APM concernent l?ensemble du pays et ont une répercussion directe sur le portefeuille de tout consommateur. Introduit le 3 avril 2004, l?APM se veut un exercice transparent de calcul et de définition des prix pétroliers.

Avant l?introduction de ce mécanisme de régulation, le prix des carburants était déterminés par l?Etat en tenant compte d?un ensemble de facteurs que l?on retrouve aujourd?hui dans l?exercice d?APM. Les prix n?étaient pas garantis sur une période donnée si bien qu?ils pouvaient être modifiés, suivant la conjoncture, à n?importe quel moment par le gouvernement.

Dépendance extérieure</B>

Maurice dépend de l?extérieur pour son approvisionnement en carburants. Le pays est donc soumis à un ensemble de conjonctures dont l?incidence est directement répercutée sur le consommateur : fluctuation des cours mondiaux du pétrole, instabilité géopolitique dans les zones productrices, évolution du taux de change avec le dollar américain (devise utilisée pour les transactions financières pour l?approvisionnement), changements des prix coûtants de la marchandise, d?assurance et de fret ? on parle du CIF, c?est-à-dire cost, insurance et freight.

L?augmentation du prix du baril de pétrole a donc eu une incidence directe sur Maurice. Pour autant, le prix à la pompe n?a changé que pour le diesel. Est-ce à dire que cela a permis de préserver le prix actuel de l?essence ? Nous n?avons pu avoir de réponse de la State Trading Corporation (STC) à ce sujet. Posée à Maurizio Libutti, directeur général de Total pour Maurice, la question ne trouve pas de réponse claire. «Cette question doit être posée à la STC pour qu?elle nous aide à bien comprendre les critères d?application de l?APM.» Il faut dire que les compagnies pétrolières ne sont pas «actrices dans la détermination de l?APM».

Cet exercice de réévaluation du prix en fonction de critères fluctuants ? selon la conjoncture ? est également utilisé en Inde sur une base bihebdomadaire et à Madagascar, mensuellement. Maurice n?a donc pas innové en la matière mais s?est inspirée de modèles existants ayant fait leurs preuves. L?APM est un exercice complexe. La facture pétrolière est sujette aux aléas extérieurs. A travers cet exercice trimestriel, les autorités ont misé sur la bonne gouvernance.

Les fluctuations étant régulières, il a été décidé de ne changer les prix qu?en fonction d?une fourchette comprise entre 2,5 % et 15 %. Au-delà de ces seuils, le prix ne pourra être modifié. De fait, les changements hors seuils sont transférés lors de l?APM suivant. De cette manière, le consommateur est à l?abri de modifications exagérées des prix. Une fois le nouveau prix fixé, c?est à un panel de trois experts, constituant le Certification Committee présidé par le directeur du Central Statistical Office, que revient sa validation.

<B>L?exercice de l?APM nécessaire</B>

Pour les compagnies pétrolières, l?exercice de l?APM est nécessaire. «Nous préconisons l?application d?un système de révision automatique des prix liés au marché international. Cela se fait partout ailleurs. Je crois qu?il y a aujourd?hui, un consensus pouvoir public ? industrie pétrolière sur l?application d?un mécanisme de révision automatique des divers composants de la structure de prix», confie Maurizio Libutti. Les compagnies pétrolières souhaiteraient que les marges soient revues afin de «faire face aux lourds investissements». «Nos résultats, qui sont par ailleurs publiés, demeurent très faibles. Ils sont de l?ordre de 1-2% du turnover. Aucun autre secteur d?activité ne présente des ratios si faibles. La moyenne du ratio Profit ? Turnover pour les Top 100 Companies mauriciennes est de l?ordre de 10 %. Nous aimerons bien avoir ce genre de performance», poursuit-il.

Clairement, l?APM est un système qui garantit une transparence quant à la fluctuation des prix des produits pétroliers. Les prix du diesel et de l?essence sans plomb sont structurés. Pour autant, les consommateurs ne comprennent pas toujours ce mécanisme. La communication autour de l?APM ne serait peut-être pas suffisamment large. En fait, la complexité de l?exercice rend difficilement compréhensible la distribution des revenus que génère le marché des produits pétroliers. C?est surtout une manne, notamment pour la STC, qui après avoir accumulé des pertes, est à présent profitable, ainsi que pour l?Etat ? financement des infrastructures routières ? et les compagnies pétrolières.

<B>Gilles RIBOUET</B>

Questions à?

<B>Kiran Juwaheer «Chief Executive Officer» de «Shell Mauritius Ltd»</B>

● <B>Quel rôle joue Shell sur le marché local des produits pétroliers : distributeur uniquement ou également raffineur ?</B>

Distributeur et marketer.

Quelles sont les attentes durant l?APM ? La ligne de crédits concernant les compagnies pétrolières peut-elle évoluer ou est-elle définie par les autorités ? </B>

Nous opérons dans un marché où tous les termes sont régis par les autorités. C?est-à-dire prix d?achat, prix de vente, terme de paiement. L?APM est, pour nous, un exercice d?ajustement de prix uniquement sur une base trimestrielle où souvent, nous devons travailler plus dur pour satisfaire les demandes spéculatives des clients directs ou indirects. Les sociétés pétrolières ne tirent aucun bénéfice de ces exercices, contrairement à la mauvaise perception des uns. Elles ne bénéficient d?aucun windfall gain.

● <B>La STC s?intéresse aux profits jugés «considérables» des compagnies pétrolières. Il est même question qu?elles «remboursent une partie des gains exceptionnels aux consommateurs au prochain APM». Pourquoi ? Qu?est-ce que cela signifie clairement : une baisse de la part des compagnies pétrolières dans la structure de prix ? </B>

Comme mentionné plus haut, il n?y a aucun windfall gain et ce, de tout temps. Après chaque APM, tout le stock physique est relevé et communiqué à la STC. Donc, la question de gains exceptionnels ne se pose même pas.

● <B>Comment expliquer que seul le prix de base du diesel (prix coûtant sur la marché mondial, donc auprès du fournisseur indien) ait augmenté dernièrement ? La hausse du diesel n?a-t-elle pas, en fait, permis, par son taux de progression, d?éviter une hausse également du prix de l?essence sans plomb à la pompe ?</B>

Le comité siégeant au sein de l?APM a déjà communiqué au grand public la logique des révisions des prix. Ce serait inapproprié de ma part de commenter là-dessus.

● <B>L?introduction de l?APM en 2004 a-t-elle été une bonne chose pour la régulation du marché des produits pétroliers à Maurice ? Qu?est-ce que cela a changé pour Shell ?</B>

Pas particulièrement pour Shell ou les sociétés pétrolières. Nous sommes dans un marché contrôlé. Ainsi, nous devons opérer selon les règles établies par les autorités. Auparavant, il n?y avait pas d?APM sur une base trimestrielle mais c?était plus sur une ad-hoc basis.

Cependant, les fluctuations ont été plus massives que dans le passé. Cela dit, j?ai passé cinq ans au Kenya, où les ajustements de prix se faisaient au quotidien. Donc, une révision trimestrielle est nettement meilleure qu?un ajustement annuel et massif.

<B>Un baril pas si cher?</B>

Interrogé par l?«Agence France Presse», le ministre algérien des Hydrocarbures, Chakib Khelil, président depuis le 1er janvier de l?Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), relativise la cherté du baril de brut. Le baril de pétrole est passé au-dessus de la barre symbolique des $100 le mercredi 2 janvier à New York. Depuis le mois de novembre 2007, il flirtait avec cette barre, atteignant les $99. Pour Chakib Khelil, le prix du baril n?est pas «nécessairement très élevé». Le ministre algérien du Pétrole rappelle que le prix du baril n?a pas encore atteint les tarifs records des années 80, qui correspondaient à une fourchette de prix actuels comprise «entre $102 et $110». Actuellement, la conjoncture internationale explique en grande partie le stress qui touche le marché pétrolier. Les nouvelles sources d?approvisionnement sont rares et surtout très coûteuses, notamment les gisements en eaux profondes. Par ailleurs, la demande pétrolière dans le monde est en hausse constante. A l?agenda de la prochaine réunion de l?OPEP le 1er février, la question de l?approvisionnement et des stocks sera posée. Dans cette perspective, l?OPEP pourrait décider d?augmenter la production et donc mettre sur le marché davantage de brut, comme cela a été fait dans le passé. Toutefois, Chakib Khelil rappelle que l?augmentation de la production de 500 000 barils/jour en septembre 2007 sans qu?il n?y ait baisse des cours mondiaux. Pour le président de l?OPEP, l?équation production ? stocks ? prix «n?est peut-être pas aussi forte que nous le pensons». La conjoncture géopolitique mondiale et la spéculation ont, semble-t-il, une incidence bien plus forte sur le prix du baril. Chakib Khelil doute que le prix baisse avant la fin du premier trimestre 2008, espérant néanmoins une stabilisation d?ici le second trimestre.

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