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La voix du bonheur

1 janvier 2008, 00:00

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Toujours à la même place. Dans le studio d?enregistrement jadis utilisé par ses enfants. Aujourd?hui, l?antre de Serge Lebrasse. Sa «caverne d?Ali Baba», où il ne faut pas déranger sa réflexion. Pas toucher à l?ordinateur. Et où, après sa mort, il ne faudra pas que Gisèle, sa femme vienne à minuit, au risque de le voir assis là.

Aux murs, les photos de sa vie. Le noir et blanc du souvenir côtoie les couleurs vives du passé récent. Il y a là l?orchestre Les Colombins en 1956. Le groupe Kanasuc en 1964, aux côtés de Serge, un Jean Claude Gaspard encore tout jeune homme. Il y a l?instant où Serge est présenté par sir Seewoosagur Ramgoolam à la reine Elizabeth II, en visite à Maurice.

«On a dérangé le musée pour le livre», glisse Yvan Martial, venu quitter un exemplaire tout chaud de Serge Lebrasse figure de proue de notre séga. Ce livre, écrit par Jean Claude Antoine et édité par les Editions Le Printemps, a été lancé jeudi. Il est le premier numéro de la collection Figures de proue confiée à Yvan Martial.

Les honneurs, Serge Lebrasse connaît. Il en est très fier. Surtout de sa royale décoration - Ordinary member of the Order of the British Empire en 1976, puis citoyen d?honneur de Beau-Bassin-Rose-Hill en l?an 2000.

De sa biographie, il se dit «bien content». Avant de confier qu?il a refusé qu?on baptise de son nom la rue de Plaisance, Rose-Hill, où il vit depuis un demi-siècle. En tout cas, «pas de mon vivant». Tout comme il a refusé que l?on donne son nom au petit rond-point juste devant sa porte. «Pa bizin donn li mo nom, tou dimoun deza dir sa ronpoin Serge Lebrasse, sofer taxi tou dir sa kan zot fer kours dan Plaisance.»

«Il a refusé qu?on baptise de son nom la rue de Plaisance, Rose-Hill, où il vit depuis un demi- siècle. Tout comme il a refusé que l?on donne son nom au petit rond-point juste devant sa porte.»

Les gens dans la rue, Serge est de cette race de chanteurs qui prend le temps de leur parler. De les écouter. Quand il prend le bus, il n?est pas rare que le receveur s?asseye à ses côtés, «met enn ti dialog, dir moi mo roul lerin bien». Serge rigole encore de ces enfants qui de temps à autre crient en le voyant : «Ala Michel Legris !». Il ne s?en offusque pas.

Mais il n?aime pas non plus qu?on lui donne du «Monsieur». En disant à ses fans, «gramatin monn get dan mo lak denesans, mo pann trouve inn mark misie lebrasse». «Monsieur» pourtant, il l?a été. Instituteur posté pour la première fois à Olivia en 1953.

Emploi stable après avoir connu le rationnement de la guerre, «enn ledoi koupe» alors qu?il travaillait dans une usine de sacs de goni. Il aura aussi vécu les déboires d?apprenti garde -forestier et la vie militaire au sein des Royal Signals en Egypte. Recruté dans l?armée britannique avec une fausse autorisation de sa mère ? il était mineur - Serge Lebrasse y passera trois ans.

A son retour, Serge dira oui à Gisèle. Pour le meilleur et pour le pire. C?est elle qui s?occupe des quatre enfants quand il chante le soir dans des mariages et des fêtes. Avant que ce passe-temps ne connaisse un tournant, quand sa route croise celle de Philippe Oh-San, auprès de qui il est envoyé pour suivre une formation de professeur de musique.

C?est lui qui rassure Serge Lebrasse quand sa passion de ségatier fait jaser les gens bien. Une collègue institutrice, bien intentionnée lui dira même qu?il n?aurait pas dû. Qu?il est un instituteur. Que c?est s?abaisser que de chanter du séga, affaire de tcholo à l?époque.

Un peu tremblant, Serge Lebrasse s?avancera sur la scène du Plaza ce soir-là ? pour la finale de Mr Mauritius ? et entame What you?ve done to me de Paul Anka. «Mo pa donn letan, mo sant Madame Eugène». Derrière lui, l?orchestre de la police. Silence dans la salle. Avant un tonnerre d?applaudissements. La carrière de Serge Lebrasse est lancée.

Dans la salle ce soir-là, se trouve Philippe Venpin, propriétaire d?un magasin d?instruments de musique, de sonorisation, de radio. Il deviendra le producteur de Madame Eugène. Les tubes s?enchaînent : «Moris mo zoli pei, Mama zordi mo ale, Si to kontan moi, Moi mo enn ti kreol, Père Laval.» A l?époque, les séances d?enregistrement sont épiques. «Ena disk ou ekoute ou tande la voi la fatigue». Mais les tubes eux n?ont pas pris une ride.

Des chansons qui aujourd?hui figurent dans le double disque des titres que Serge Lebrasse vient de sortir. Son rêve, regrouper les 110 chansons qu?il a composées au cours de sa carrière. C?est le projet qu?il caresse depuis longtemps. Qu?il souhaite ardemment réaliser, «avan ki mo ferm lizie». il l?a fait en partie avec Linzy Bacbotte qu?il considère comme «mo ti zenfan, parceque nous avons le même caractère».

Serge Lebrasse, qui fut une sorte de papa sévère avec ses danseuses, s?est pris d?affection pour cette petite qu?il a vu débuter à l?âge de 9 ans. Très au courant de l?actualité musicale, Serge siège aussi au sein du Complaints Committee de la Mauritius Society of Authors. Un rôle qu?il prend très à coeur. Persuadé que non... le séga n?est pas mort.

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