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«On ne peut pas avoir de paix sans justice»
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«On ne peut pas avoir de paix sans justice»
● De quelle manière les droits humains sont-ils liés au concept de la paix ?
Pour commencer, il est approprié de revenir sur le concept de droits humains. En anglais, les droits humains sont directement associés à ce qu?on appelle fairness. Dans un Etat où les droits humains ne sont point respectés et où il n?y a pas de justice, il est évident qu?il n?y a pas de paix. Dans un contexte familial, où il n?y a pas d?égalité foncière entre les deux individus du couple, on ne peut parler de paix. Il en est de même dans un Etat où il y a une dictature militaire. Sur le plan international, dans un Etat opprimé tel que la Palestine, il va sans dire qu?il n?y a pas de paix. C?est en cela que la notion de droits humains est centrale à la paix.
● Comment a évolué au fil du temps ce concept de la paix ?
L?espèce humaine a souvent conquis de nouveaux espaces pour établir la «paix» à leur façon, tant au plan historique qu?anthropologique. Un bref regard sur la civilisation romaine nous rappelle la fameuse pax romana. Cela impliquait que l?ordre et la paix étaient imposés par la force brute. Tout compte fait, c?est la raison du plus fort qui a tout le temps primé. Avec le temps, les droits humains et du citoyen ont vu le jour lors de la Révolution française. Depuis, on a beau dire «nous naissons tous égaux», mais on sait que dans la réalité, tel n?est pas le cas.
Bien sûr, on a vu la naissance de la notion d?Etat de droit et l?Organisation des Nations unies (ONU), entre autres. On peut toutefois se permettre de dire que l?ONU est inégale quand on considère Le droit de veto des plus grandes puissances du monde. Au sujet de l?ONU, je pense (et je ne suis pas le seul) que sa réforme est impérative. J?emprunterai un point de vue philosophique pour conclure ce chapitre en citant Einstein qui avait dit : «Aussi longtemps qu?il y aura le principe de souveraineté entre les Etats, la paix sera impossible sur terre et la guerre inévitable.»
● Est-ce qu?à Maurice, on a pleinement conscience du concept de la paix ?
A Maurice, en ce qui concerne ce concept, on peut dire beaucoup de choses. Sur un plan superficiel, c?est être «en bon terme avec son voisin». Notre coexistence pacifique repose sur une coexistence artificielle où nous ne prenons pas la peine de connaître la culture de notre prochain. D?autre part, il est vrai que nous ne sommes pas un pays où il y a vraiment la guerre. La question qu?il faudrait se poser, c?est : «Est-ce qu?on connaît une paix réelle ou artificielle?» Personnellement, je ne suis pas de ceux qui sont satisfaits de cette paix qui règne en ce moment. Je suis d?avis qu?on a le potentiel pour obtenir une paix bien meilleure que celle qu?on a actuellement.
● Sommes-nous suffisamment éveillés aux atteintes à la paix à travers le monde ?
Je ne pense pas que les Mauriciens soient suffisamment ouverts sur le monde. Ils n?ont pas assez de conscience internationale. Ils sont trop nombrilistes et il en va de même pour les jeunes de ce pays aussi. Mais pas tous ! Quand je regarde les jeunes de la branche mauricienne d?Amnesty, c?est autre chose. Ces derniers arrivent à s?exprimer sur des questions internationales. Nous sommes une civilisation un peu trop renfermée sur elle-même. Il nous faudrait avoir un «global picture».
● Lorsqu?on parle de paix, on pense souvent à la guerre. Aujourd?hui, elle a pris la forme de la guerre contre le terrorisme. Estimez-vous que c?est de cette façon qu?il faut aborder les choses ?
On entend souvent dire : «On veut combattre le terrorisme!» Cela n?est qu?un slogan pour ceux qui veulent s?en servir dans le but de pouvoir satisfaire leur propre volonté. L?histoire nous l?a montré. Certains Etats se servent de ce prétexte pour imposer ce qu?ils veulent. On peut dire que des Etats terroristes existent. Dans les pays où il y a de la brutalité policière, on peut dire que cela est destiné à combattre le terrorisme. Certains iront même jusqu?à dire qu?ils font du terrorisme pour combattre la paix. Ce slogan est trop édulcoré, il faudrait savoir ce qu?on est en train de dire.
● Dans les conflits régionaux et transfrontaliers, sur quoi se fonde-t-on pour négocier la paix ?
Souvent, c?est le rapport de force qui entre en jeu. C?est très souvent, pour ne pas dire tout le temps, le plus fort qui négocie la paix selon sa propre volonté. Il faut dire qu?il y a eu une évolution avec la création des droits humains et du citoyen. A partir de là, d?autres paramètres sont entrés en jeu, tels que les rapports de c?ur et d?intelligence par exemple. Aujourd?hui, contrairement à ce qui se passait avant, les femmes ont plus le droit de s?exprimer et de s?émanciper. Quoi qu?il en soit, pour en revenir à ce que je disais, c?est toujours le plus fort qui impose «sa» paix à sa manière. Cela ne devrait pas se passer ainsi. On ne peut pas avoir de paix sans justice.
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