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V?ux pieux
Pour cette dernière chronique 2007, parlons des effets d?annonce et autres prédictions de politiciens, lancés, à tout vent, ces dernières semaines, pour annoncer leurs couleurs 2008. Et formulons nos v?ux, même s?ils paraissent irréalisables?
À vrai dire, les virage, cyclone et autre tsunami politiques, on n?y croit pas trop, du moins pas dans un futur immédiat. C?est de la rhétorique. Peut-être des discours d?intentions, des souhaits personnels de survie politique, mais, dans le fond, ils ne valent pas grand-chose, d?un point de vue national. On a d?autres priorités.
Peu nous chaut que Paul Bérenger arrive à convaincre l?un ou l?autre Jugnauth de cohabiter avec Raj Dayal au sein d?une alliance imaginée par lui seul. C?est pathétique, et même déplacé sur le plan de l?éthique, d?écouter l?épouse du président de la République se lamenter publiquement parce que le MMM ne souhaite pas « travailler » avec le MSM de son fils qu?elle voit déjà dans le fauteuil longtemps occupé par son mari. Et c?est lassant d?entendre Pravind Jugnauth, le seul leader extra-parlementaire, se vanter d?être le seul à pouvoir remplacer Navin Ramgoolam. Il serait réconfortant qu?à la place de ces man?uvres personnelles on ?uvre pour un discours fédérateur pour le pays. Du moins le temps qu?on réussisse cette période de transition.
Au sommet de notre pyramide politique, nous avons affaire à trois pharaons qui sont incontestés au sein de leur clan respectif. Chacun fait, dit, agit, comme bon lui semble. Pratiquement tous les autres essaient de combiner avec l?un ou l?autre, sauf quelques irréductibles qui ne sont pas élus. C?est ainsi.
Si, au nom d?un accord qui les arrange, le petit prince du « Sun Trust » entend s?allier avec l?actuel Premier ministre, ses suiveurs vont applaudir le régime travailliste du jour au lendemain. Il en est de même pour les mauves. Quant aux rouges, ils sont tous suspendus (on ne parle pas du trésorier du parti) aux décisions de Navin Ramgoolam qui a fait clairement comprendre aux plus ambitieux de ses lieutenants qu?il ne leur accorde aucun crédit de confiance.
Dans pareille conjoncture, le positionnement de ces hommes, pour se maintenir ou accéder au pouvoir, pèse plus lourd que les idées et projets de société portés par certains avec patriotisme et conviction. On aura beau débattre par exemple de la démocratisation de l?économie, de la lutte des classes, de l?égalité des chances, de la réforme électorale, mais au final c?est le jeu de telle ou telle alliance stratégique qui l?emportera sur ces belles paroles. C?est ce qui s?est passé depuis que Maurice a accédé à l?indépendance.
Certes on peut arguer que notre pays a quand même réussi son pari de se tenir sur ses pieds sans recourir à une loi martiale, que Maurice a démenti les avis des experts internationaux qui nous prédisaient un avenir des plus sombres dans les années 60. Et que le jeu des alliances, disons plutôt alternance pour être politiquement correct, a finalement donné une certaine stabilité et un développement certain.
Les pouvoirs politique et économique ont, malgré toutes leurs différences fondamentales, su conjuguer leurs efforts pour qu?on en soit là. Il importe aujourd?hui qu?on arrête de focaliser sur le rétroviseur des satisfecit car on peut définitivement mieux faire?
Il suffit pour cela qu?on fasse sauter les pseudo-clivages politiques. C?est inconcevable qu?aujourd?hui des compétences soit mises de côté uniquement en raison de leurs affinités politiques du jour. Par exemple, ceux qui n?ont pas soutenu l?Alliance sociale sont tous mis dans le même panier à ostraciser. Ils sont étiquetés avant d?être voués aux gémonies par les seigneurs du jour. C?est dommage car on a besoin de mobiliser toutes les ressources afin de forger un nouveau destin mieux adapté aux donnes d?aujourd?hui. La stricte appartenance politique ne tient pas la route car tous les partis ont, avec quelques variantes stylistiques, la même mission : éradiquer la pauvreté, assurer le développement infrastructurel avec le soutien des capitaux étrangers et s?organiser pour résister aux chocs économiques mondiaux qui ébranlent les économies vulnérables comme la nôtre. Le parti unique est un danger pour une démocratie, mais balayer du champ public des hommes soutenus par quelque 40 % des électeurs est une perversion du système.
Pour réunir au mieux les compétences, il s?agit de reformer le système électoral. Tous les partis en sont conscients, on en parle souvent et puis c?est tout. Bientôt pour le recensement des électeurs on nous demandera une nouvelle fois de nous distinguer sur la base de nos origines ancestrales, religion ou autre catégorisation ethnique. C?est un mauvais service qu?on rend à la République puisqu?il contribue à perpétuer les divisions politiques et les morcellements sociaux. Le combat de Resistanz ek Alternativ, rejoint par le Parti action libérale, pour qu?on enlève la discrimination ethno-religieuse de notre Constitution mérite d?être soutenu par tous ceux qui se considèrent comme des Mauriciens à part entière. La diversité culturelle et ethnique au Parlement, garantie par la Constitution à travers le
« Best Loser System », a bien fonctionné hier. Les temps ont changé, le métissage est d?actualité. Aujourd?hui pour réussir il faut ouvrir les cases dans lesquelles certains se plaisent toujours à conserver traditionnellement comme dépôts fixes. Le jour où chaque Mauricien se considère, aux yeux de la loi et de la politique, d?abord comme Mauricien, puis membre de telle ou telle appartenance, sonnera la fin des pratiques politiques aujourd?hui dépassées par les événements mondiaux.
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