Publicité
Deco se mettre au vert
«Oh la la ! A Port-Louis, vous ne trouverez pas grand-chose. Aucun bureau n?est à la hauteur dans le domaine des plantes d?intérieur, décoratives et ornementales. Elles commencent à peine à prendre racine dans nos m?urs. Mais ça viendra.»
Devant l?énorme composition florale qu?il met en place pour un hôtel du littoral pour les fêtes de fin d?année, Ashok Sungkur, paysagiste autodidacte, se désole. Il a tout appris là-bas, en France. De retour au pays, il a été tant sollicité qu?il y est resté. Il n?a presque pas de temps libre. Il travaille principalement pour les hôtels du littoral et n?est sollicité que par un petit groupe de Mauriciens ou de bureaux. Des connaisseurs, en somme. «Et pourtant, cela ne coûte pas cher de donner une bonne atmosphère, d?insuffler de la vie, de la beauté dans un bureau», explique-t-il.
Pays de paradoxes
Sa pépinière, la Paradenia de Terre-Rouge, a aménagé tout un niveau d?un bâtiment de Port-Louis avec une soixantaine de plantes d?intérieur pour environ Rs 16 000. Une somme bien dépensée par rapport aux bienfaits de ces arbres décoratifs sur la santé et la productivité des employés (voir encadré).
Mais Maurice reste un pays de paradoxes. Des chefs d?entreprises qui laissent leurs locaux de travail dans un désert de béton n?hésitent pas à investir gros pour verdir l?intérieur et l?extérieur de leurs résidences. «Il y a des Mauriciens qui font appel à des spécialistes pour décorer leur intérieur et extérieur de plantes. Nous avons même des demandes pour des jardins instantanés, avec des plantes matures en fleur, des arbres en fruits, notamment des cocotiers», explique Ashok Sungkur.
De tels arbres sont vendus normalement avec garantie et coûtent Rs 6 000 à Rs 10 000, la transplantation et le transport coûtant souvent plus cher que l?arbre, explique le paysagiste. Les jardins instantanés viennent, la plupart du temps, des architectes, des hôtels et quelques particuliers. De fait, la quasi-absence des plantes vertes dans les maisons, et par ricochet dans les bureaux, est imputable à la disparition d?une partie de la culture créole d?antan. Quand l?intérieur des maisons était surtout agrémenté par des fougères plantées dans des troncs de ces arbres qu?on appelle fandia. Ils retenaient l?humidité et la fraîcheur pour permettre aux fougères de croître en intérieur.
«On n?a pas le droit de commercialiser les fandia, c?est une plante protégée. Mais on commercialise aujourd?hui, des fougères qui poussent très bien dans les régions chaudes, sur le littoral», explique Nazir Monubhal, de la pépinière de Grand-Baie. Queue de poisson, Prince des Galles, Fougère Plume, Fougère Mètre, sont autant de variétés qui sont les plus demandées, explique Nazir.
Les pépinières de Maurice sont très courues par cette minorité de Mauriciens qui ont un engouement pour les plantes d?intérieur. Les plantes les plus demandées sont les palmistes multipliant et les différentes variétés de dracéna. Certaines plantes, très rares, sont aussi en demande par les connaisseurs. Le latanier bleu ou des orchidées. «Seuls de rares hôtels arrivent à se payer des orchidées. Ils placent les orchidées fleuries dans les chambres d?hôtels. Ils les louent auprès des particuliers», explique Serge Lecluse de la Mauritius Orchid Society.
«Il y a un créneau à exploiter dans la vente ou la location des orchidées en fleurs aux hôtels cinq-étoiles. Mais, malheureusement, très peu de Mauriciens ont maîtrisé la technique de culture de cette plante. Nous faisons un maximum pour vulgariser cette culture. Je crois qu?il est grand temps que les autorités aident à cet effort», dit Serge Lecluse.
De fait, il y a un certain nombre de passionnés du pays qui investissent du temps et de l?argent pour décorer leur intérieur de plantes d?orchidée, qui ne fleurissent en général qu?une fois par an. La fleur peut durer entre une semaine et trois mois. Certaines sont d?une beauté époustouflante et ces arbres sont, en fait, un trésor. L?Orchid Society (http://orchid-mauritius.intnet.mu) a pour ambition de préserver le peu de plantes d?orchidée endémique qui ont échappé à la destruction et de répandre leur culture et leur hybridation sur une grande échelle. «Placées dans la maison, ces plantes donnent une certaine atmosphère et contribuent au bien-être des occupants des maisons ou bureau. Quand ces fleurs arrêtent votre regard, l?évasion est assurée», dit Serge Lecluse.
Pour le moment, seuls les passionnés et les hôtels cinq-étoiles peuvent se payer ce luxe.
POUR UNE MEILLEURE PRODUCTIVITE
■ Nombre de travaux de recherche universitaire ont été menés, démontrant que les plantes amélioreraient la santé et la productivité sur le lieu de travail. Une des premières études a été menée par la «Washington State University» dans des bureaux pour déterminer si la présence des plantes pouvait améliorer la productivité des employés. Cette étude devait conclure positivement.
D?autres études européennes montrent que les plantes décoratives permettent de réduire les plaintes des employés portant sur des troubles mineurs, d?améliorer l?impression générale de bien-être et de diminuer le niveau de stress.
Ces enquêtes ont mené, en juin 2004, à une campagne qui vise les entreprises de 50 employés et plus dans quatre pays européens, notamment la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l?Italie. Cette campagne «Plantes et Bien-être sur le lieu de Travail» a été pensée par le NIGZ (l?institut pour l?amélioration de la santé et la prévention des maladies).
Des recherches scientifiques indiquent que ce sont surtout les employés qui travaillent devant l?écran plus de quatre heures par jour qui se sentent mieux et sont plus efficaces en ayant des plantes près de leur écran. En effet, elles diminuent les troubles de santé et le stress dus aux mauvaises conditions de travail et font augmenter les prestations et la productivité. Autant d?arguments pour rendre son lieu de travail plus sain, plus vert.
Les entreprises sont encouragées à utiliser activement des plantes au bureau. Les responsables doivent non seulement être convaincus du fait que les plantes sur le lieu de travail influencent directement les performances des employés, mais ils doivent également être incités à agir.
LE SYNDROME DES BATIMENTS
Les termes de «Sick Building Syndrome» (SBS) et «Building Related Illness» (BRI) sont apparus aux Etats-Unis dès les années 70. Ils ont ensuite gagné l?Europe et des terminologies françaises ont été avancées telles que : «syndrome des bâtiments malades», «maladie liée aux bâtiments», «syndrome des bâtiments malsains», etc.
Dès le début des années 80, la corrélation entre l?exposition aux polluants de l?air intérieur et des problèmes de santé du type irritation des yeux, entre autres, a été démontrée. La qualité de l?air peut également être influencée par de mauvaises conditions de température, d?éclairage et d?acoustique des bâtiments hermétiques. Si les critères minimums de bonne santé dans un tiers des intérieurs de bureau des bâtiments modernes en Europe, principalement les bâtiments fermés, ne sont pas respectés et occasionnent divers maux, dont des vertiges,des plantes sur le lieu de travail peuvent diminuer ces symptômes. En effet, elles dégagent de l?humidité dans l?air, absorbent la chaleur, diminuent le bruit et sont capables d?assimiler des substances nuisibles, dont la fumée des cigarettes, et de renouveler l?oxygène si elles sont bien éclairées pendant la journée.
Elles ont aussi un effet bénéfique sur le stress et la tension artérielle.
A Maurice, ce syndrome est presque inconnu, et est largement sous-estimé. Si le secteur tertiaire est beaucoup plus concerné par le SBS, notamment le travail bancaire, il a des effets sur la population estudiantine.
Ainsi, au Danemark, des études ont été effectuées d?urgence sur l?influence de l?architecture intérieure de certaines écoles sur les étudiants. Dans plusieurs cas, ces bâtiments ont été réaménagés et des plantes décoratives introduites à profusion.
Quoi qu?il en soit, l?amélioration de l?environnement intérieur des bureaux devient de plus en plus une spécialité et exige une approche multidisciplinaire et intégrée, souvent incorporée dès la conception des locaux.
Cela, dans l?optique d?assurer des conditions de travail salubres et confortables aux occupants, dans les limites acceptables de coût et d?énergie. Et de veiller à ce que ces conditions puissent être maintenues fonctionnellement.
C?est souvent le département des ressources humaines qui prend en main cet aspect . Pour ce département, les plantes décoratives sont de plus en plus un outil d?amélioration de la productivité au lieu d?un gadget esthétique.
Publicité
Publicité
Les plus récents