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Sortir de la pauvreté

26 décembre 2007, 20:00

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Le temps ces derniers jours a été celui des solidarités. Et c?est le 25 décembre que nombre de familles ont pris conscience qu?il y a dans ce pays «des enfants qui ne mangent pas à leur faim». Grâce aux radios privées et publiques, à des entreprises qui ont procédé à des distribution de cadeaux et de nourriture et aux associations bénévoles ainsi que des mouvements associatifs. L?île Maurice serait-elle déjà devenue une société qui masque sa pauvreté ? Ou est-ce qu?un certain embourgeoisement nous a éloignés de ces réalités que nous ne tenons plus à voir ? Il y a sans doute des deux. Mais ce sentiment participe aussi d?un discours ambiant qui tend à faire croire que ne sont pauvres que ceux qui ne veulent pas faire d?efforts. Même s?il y a une part de vrai dans ce type d?affirmations, il n?en demeure pas moins que la paupérisation de certaines couches de la société est bien réelle. Autant que tous les chiffres présentés au vert par nos gouvernants ne profitent pas toujours à ceux qui sont dans le besoin.

Alors qu?il a beaucoup été question de partage de richesses, de démocratisation ou encore d?une économie qui prend en compte le social, il est un fait que le modèle de société de marché que nous tentons de mettre en place produit inexorablement des inégalités. Désormais, le choix s?offre aux décideurs et aux entreprises productrices de richesses. Ce choix consiste soit à laisser le marché dicter sa loi soit à définir une politique d?intégration. Une société ne réussit pas si elle laisse sur le trottoir de la misère des enfants et des adultes en difficulté d?adaptation. Ce n?est pas seulement à chaque Noël que nous ferons le constat d?une pauvreté qui interdit toute possibilité d?ouverture sociale et professionnelle à des familles entières.

Aujourd?hui, le monde des affaires est appelé à exercer pleinement le principe de la responsabilité collective. A Maurice, ce n?est pas toujours compris par tous. Il ne s?agit pas de verser dans l?assistanat. Il est question d?une mission sociale à accomplir. Cette fonction des entreprises est fondamentale dans le monde contemporain. Sans elle, l?Etat ne pourra plus garantir un environnement sain au secteur concurrentiel. Il y a différentes manières d?appréhender le concept de «corporate social responsibility». Au lieu de quelques actions «humanitaires» ponctuelles, il faudrait se demander si les entreprises ne devraient pas investir dans la recherche et la formation. C?est un investissement dans l?avenir. Une véritable étude scientifique sur la pauvreté sera un outil de travail sur lequel les politiques sociales pourront se fonder. La recherche procède à un audit mais elle apporte aussi des réponses. Ce sont ces réponses dont la société a besoin et non des cris d?indignation. L?Etat également est à un carrefour dans sa manière d?aborder la question de la misère.

A un moment où l?Etat-providence s?érode en faveur du concept d?«empowerment», un processus qu?appréhendent tous les tenants d?un ordre ancien qui se représentent l?Etat comme tuteur, une redéfinition philosophique sur la fonction même de l?Etat s?impose. Sa responsabilité à l?égard de tous ceux qui sombrent dans la fatalité de la misère est encore plus grande mais en même elle est plus indirecte. Le tout-Etat ne fonctionne plus.

Au lieu d?être nostalgiques d?un modèle inopérant, nous serions davantage avisés à consacrer notre effort à réinventer un Etat qui, à l?image des entreprises les plus responsables, définira de véritables politiques d?intégration. L?effort doit être collectif. Autrement, le haut-le-coeur de ces derniers jours ne serait que de la vaine hypocrisie.

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