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Vingt ans au service de l?éducation
Ricarl Pierre-Louis, ex-habitant de la Pipe et très engagé dans le social, a communiqué le virus à son épouse, Sybille. Cela depuis que le jour où elle l?a épousé et qu?elle est partie vivre sous son toit à La Pipe. Le couple habite maintenant à Anoska ou les habitants de La Pipe ont été déplacés pour permettre la construction du Midlands Dam.
Éloignés des bruits de la ville de Curepipe, les habitants de la Pipe - la plupart sont des laboureurs - menaient une vie paisible même si parfois certains éprouvaient de grandes difficultés pour envoyer leurs enfants à l?école.
Ayant fréquenté le couvent de Lorette après avoir réussi aux examens du Certificate of Primary Education à l?école Saint Jean Bosco, Sybille veut partager ses connaissances avec les enfants de La Pipe. Elle fait part à Ricarl de son projet d?ouvrir une école maternelle et une garderie. Le couple frappe à la porte des firmes privées pour qu?elles leur viennent en aide. Le Rotary Club de Curepipe et d?autres organisations non gouvernementales ne tardent pas à réagir en leur offrant des matériaux et des fournitures scolaires. Sybille et son époux veulent aller plus vite pour accueillir les enfants à la prochaine rentrée des classes.
C?était le 1er janvier 1988. Alors que beaucoup de Mauriciens font la tête, Sybille et Ricarl choisissent de jeter les premières bases pour la construction de cette école. «Nous étions tellement emballés que nous n?avions pas pu résister même le jour du nouvel an. En le faisant, nous avions voulu que les voisins participent eux aussi au projet», rappelle la jeune femme qui est originaire de Curepipe.
Consciente de ses limites, Sybille cherche de l?aide pour améliorer ses méthodes de travail de façon à offrir une éducation plus adaptée aux réalités des enfants de la localité. Elle sollicite donc les organisations spécialisées dans la méthode d?enseignement pour enfants.
Concernés par l?avenir des enfants
L?Organisation Mondiale pour l?Éducation Préscolaire (OMEP) lui ouvre ses portes. Sybille s?accroche malgré les difficultés financières pour se déplacer. Nous sommes en janvier 1988. L?école maternelle accueille 25 enfants. «Pa ti kapav faire narien nou ti ape reklame Rs 25 par zenfant pou kapav kouver ban frais. Malgré sa, nu pas ti exigeant avec ce ki pas ti kapav », précise Sybille sous le regard de son époux qui l?écoute attentivement retracer leur passé.
S?il y une chose qui a beaucoup marqué la vie du couple à La Pipe, c?est bien la naissance de leur fille aînée, Murphine, dans des conditions extrêmement difficiles faute de moyens de transport et d?électricité à l?époque à La Pipe. «Sa grand-mère avait dû se servir d?un couteau pour couper le cordon ombilical à la maison pour sauver notre enfant.»
Malgré ce moment difficile, Sybille n?a pas hésité à reprendre le chemin de l?école. «Lontan boukou fam ti oblize faire li, pas couma zordi», se souvient Sybille.
Parents de deux enfants et d?une petite-fille, Sybille et son époux se sentent très concernés par l?avenir de leurs enfants et de ceux de la localité. «Nous sommes prêts à consentir à de gros sacrifices pour nos enfants qui vont au collège. Nous ne voulons pas qu?ils connaissent le même sort que nous», insiste Ricarl.
D?où ce projet de réunir les jeunes du village d?Anoska en janvier pour les inviter à participer activement au développement du village. «Je suis fier de voir un bon nombre des jeunes qui font des efforts dans le domaine de l?éducation. Ils ont la volonté mais il faut les encadrer», reconnaît Ricarl.
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