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Les causes de la pénurie d?eau
«Ne trouvez-vous pas cela anormal qu?année après année, on demande à la population d?économiser l?eau et on la prive d?une fourniture normale aussitôt qu?on entre en été ? Nous vivons dangereusement et les investissements pour augmenter nos capacités de stockage se font toujours attendre.» Cette constatation vient de Rajen Kauppaymuthoo, ex-haut cadre de la Central Water Authority (CWA) et qui est aujourd?hui, un consultant indépendant très respecté.
Il va plus loin. Ajoutant : «Si on avait fait à temps les investissements nécessaires, le pays ne connaîtrait pas ce que l?on vit aujourd?hui.»
En fait, un des gros problèmes réside dans le fait que les infrastructures mises en place ne permettent pas de capter la quantité d?eau qu?il serait possible de capter. De fait, aucun pays n?arrive à conserver 100% de l?eau de pluie. Le but visé est de capter et de stoker 35 % de cette eau. Maurice est loin du compte.
Avec tous les barrages et les réservoirs dont dispose le pays, nous ne captons que 490 millimètres des 2 000 millimètres de pluie qui tombent sur l?île chaque année, explique Lomesh Juggoo, haut responsable de la Water Resources Unit, organisme responsable de la planification, des études de la construction et de la maintenance, et tout ce qui touche au captage et au stockage d?eau. Si les normes internationales étaient appliquées, Maurice aurait dû capter facilement 700 millimètres d?eau de pluie, au lieu des 490 millimètres actuels.
Pour être à l?abri des pénuries chroniques, il faut investir dans la construction de barrages et de réservoirs. Ce qui aurait dû être effectué depuis longtemps. Les différents ministres des Services publics ont trop tergiversé. «Maurice ne capte que 70 % des 700 millimètres de pluie qu?il est techniquement possible de capter avec facilité. Nous avons donc un potentiel non-exploité de 30 %. Dans un premier temps, nous allons augmenter notre capacité de stockage de 10 % pour passer à 80 %», a confié à l?express Lomesh Juggoo.
«Or, pour augmenter cette capacité de seulement 10 %, le pays aura besoin d?un investissement de Rs 2,5 milliards pour construire un barrage à Bagatelle et une somme aussi importante pour un autre barrage pour desservir la région sud, probablement à Chamarel. Il nous faudra 30 ans pour compléter ces deux barrages. Ce n?est que maintenant qu?une étude à été initiée pour savoir où se situera le barrage qui va desservir le Sud du pays», poursuit-il.
Coût élevé
Avec les récentes augmentations du prix de l?acier et du béton sur le marché mondial ? la demande chinoise pour ces matières étant très forte ?, les deux barrages que le pays est condamné à construire coûteront encore plus cher. Selon Rajen Kauppaymuthoo, le gouvernement est en possession d?un rapport fait en 1965 par la Food and Agricultural Organisation (FAO), organisme spécialisé de l?Organisation des Nations unies. Elle recommandait la construction de deux barrages, à Calebasses et à Chamarel. Sites identifiés par les experts de cet organisme. Ces recommandations n?ont jamais été suivies. Il est catégorique. Si ces deux barrages avaient été construits, le pays n?aurait pas été dans la situation où il se trouve aujourd?hui.
Mais il n?y a pas que la construction des barrages pour tirer le pays du bord de la catastrophe. A commencer par une exploitation optimale des nappes phréatiques. Le pays ne tire pas toute la quantité d?eau possible de certaines nappes. Le traitement d?un plus gros volume d?eaux usées pour l?irrigation, la réduction des pertes d?eau à travers les fuites dans le réseau de distribution de la CWA et une obligation aux hôtels (de gros consommateurs d?eau) de dessaler l?eau de mer pour leur consommation, sont trois autres solutions à la disposition de l?Etat. «Malheureusement, vous ne pouvez pas parler, vous ne pouvez pas faire des suggestions, vous ne pouvez pas aider à améliorer la situation. Car à chaque fois que vous parlez, on vous accuse d?être anti-gouvernement. Les oreilles et les portes se ferment alors. C?est, malheureusement, cela, l?île Maurice», affirme Rajen Kauppaymuthoo.
A la CWA, on indique que les factures des hôtels du littoral varient entre Rs 800 000 à Rs 1,2 million par an. Et plusieurs de ces hôtels doivent, en sus de la fourniture, avoir recours à des camions-citernes. Certains établissements hôteliers du Sud-Ouest et du Nord-Ouest n?ont pratiquement pas de fourniture d?eau en ce moment.
«Je ne vois pas pourquoi les hôtels hésiteront à investir dans des unités de dessalement de l?eau de mer. L?eau que dessalent certains hôtels coûte moins cher que l?eau de la CWA malgré la hausse de l?électricité utilisée pour le dessalement», explique un ingénieur de la CWA. Le groupe Naïade a, d?ailleurs, donné l?exemple en installant la première unité de dessalement d?eau de mer à l?hôtel Les Pavillons, au Morne. Une autre unité a été installée à l?hôtel Tamassa à Bel Ombre. Et le groupe compte en installer dans tous ses autres établissements.
Si tous les hôtels de plage du pays et certaines usines se trouvant sur le littoral passaient à l?eau dessalée, la CWA disposerait d?un énorme volume d?eau pour être canalisé vers les usines et les besoins domestiques, estime-t-on. «Mais cela impliquerait aussi que la CWA verrait ses profits se réduire comme peau de chagrin», affirme un responsable de cet organisme.
Quoi qu?il en soit, la construction d?autres barrages s?avèrent être une nécessité, même si la CWA arrive à éliminer ce qu?on croit être des pertes à travers des fuites. Le changement climatique pourrait nous amener beaucoup moins de pluie dans les années à venir. Suresh Boodhoo, directeur par intérim des services de la météorologie, souligne qu?une étude faite par ses services indique que le pays a connu une baisse de pluviosité de 15 % depuis 1950.
Cette tendance se poursuivra, selon lui. Mais il y a également pire. La pluie ne tombe pas comme par le passé. «On a observé une autre tendance. Au lieu d?avoir de la pluie, petit à petit, sur une longue période, on a maintenant une très grosse quantité de pluie pendant un court laps de temps. Ce qui donne lieu au phénomène de flash flood», explique Suresh Boodhoo. Or, cette nouvelle tendance est catastrophique pour notre infrastructure de captage et de stockage. Les canaux et autres conduits qui canalisent cette eau vers les réservoirs sont vite débordés et en perdent une bonne partie.
Maurice se trouve ainsi devant la nécessité de construire de nouveaux barrages, mais également de revoir une bonne partie de son réseau d?acheminement de l?eau de pluie vers ses barrages et réservoirs.
LA PERTE DE PRESQUE LA MOITIE DES EAUX DISTRIBUEES
Quand la CWA fait ses comptes, elle se rend compte qu?elle n?est payée que pour un peu plus de la moitié des eaux qu?elle distribue mensuellement. «Nous arrivons à la conclusion que nous perdons presque la moitié des eaux que nous traitons et distribuons en comparant les volumes d?eau que nous pompons chaque mois et pour lesquels nous sommes payés au volume. Or, il est évident qu?avec un tel calcul, on ne sait pas si cette eau est volée ou se perd dans des fuites dans notre réseau tuyau souterrain», explique-t-on à la CWA. Pour en avoir le coeur net, cet organisme a deux options qu?elle tarde à implémenter. Une étude approfondie des fuites et l?installation chez ses gros consommateurs de compteurs pouvant être lus à distance. «Mais si jamais le gros de la perte est dû à des fuites, nous aurons des problèmes. Car du moment que vous réparez une fuite, vous augmentez la pression dans le tuyau, ce qui provoque d?autres fuites plus loin. Nos tuyaux sont vieux et ne résistent pas à une forte pression», explique un ingénieur qui n?a pas voulu que son nom soit divulgué.
DEUX SOUS UN LITRE D?EAU DESSALEE
Les hôtels payent environ trois sous le litre d?eau qu?ils achètent à la CWA. Cette eau leur coûte environ deux sous le litre. Mais pour arriver à dessaler l?eau de mer, il faut un investissement important. «Nous avons investi Rs 38 millions pour avoir une unité de dessalement d?une capacité de 800 000 litres d?eau par jour pour alimenter les hôtels «Le Paradis» et «Dinarobin» au Morne», indique Mathieu Rivet, ingénieur du groupe Beachcomber. Ces deux hôtels ne consomment pas beaucoup plus de 800 000 litres d?eau par jour. Ils achètent, en fait, 500 000 litres d?eau chaque jour de la CWA. Ces derniers temps, l?eau de cet organisme s?est faite de plus en plus rare au Morne et les deux hôtels du groupe ont dû avoir recours à l?eau que vendent certains particuliers dans des camions-citernes. Une eau qui coûte beaucoup plus cher et dont la provenance est toujours inconnue. Beachcomber n?a pas voulu se passer entièrement de l?eau de la CWA. Histoire de ne pas mettre tous les oeufs dans un même panier. «On ne sait jamais. En cas de panne de l?unité de dessalement, il faut que nous ayons une source alternative», explique l?ingénieur Mathieu Rivet. Tel n?est pas le cas du groupe Naïade. En effet, pionnier dans le secteur du dessalement de l?eau de mer à Maurice, ce groupe a installé une première unité à l?hôtel «Les Pavillons» en 2005. Cet hôtel est autosuffisant en eau potable depuis cette date. Le «Tamassa», nouvellement construit à Bel Ombre, est également doté d?une unité de dessalement d?eau de mer. «Nous comptons doter bientôt tous nos six hôtels d?une unité de dessalement d?eau de mer. Ils seront tous autosuffisants.» En sus de l?utilisation de l?eau dessalée, les hôtels ont normalement recours à l?eau qu?ils sont obligés de retraiter pour les besoins d?irrigation.
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