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La réforme des corps parapublics, priorité de Sithanen pour 2008

20 décembre 2007, 00:00

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Le grand argentier fait ses comptes. «2007 a été une bonne année», dit Rama Sithanen. Il soutient que la plupart des indicateurs macroéconomiques s?améliorent, même si l?inflation préoccupe toujours. 2008 s?annonce sous de meilleurs aupices. Mais il faut s?attaquer aux «unfinished business» de la réforme économique. A l?agenda, la mise en ordre dans les organismes parapublics, le démantèlement des tarifs douaniers et la réforme des lois du travail.

Le ministre des Finances a présenté hier à Port-Louis un état des lieux de l?économie. Un bilan positif à ses yeux avec, en prime, des signes d?une croissance soutenue à terme. Mais il faudra compléter les réformes. D?abord, les organismes parapublics. «Nous sommes en train de finaliser le programme. Ce plan comprendra une liste des organismes qu?il faudra restructurer ainsi que la feuille de route du processus», indique Rama Sithanen.

Le gouvernement est en pourparlers avec les institutions financières internationales dans le cadre de cette réforme. Plusieurs organisations parapubliques sont sources d?inefficience et de gaspillage. Une politique de remise en ordre est vitale pour assainir les finances de l?Etat et faire baisser la dette publique.

L?investissement privé repart

Sur le plan des recettes, les taxes douanières représentent un enjeu de taille pour 2008. Le ministère des Finances se penchera sur la politique de réduction des droits de douane. Le processus est en cours. Faut-il l?accélérer ? «Nous voulons voir plus clair dans le profil des revenus de l?Etat avant d?accélérer le démantèlement des tarifs. Il nous faut attendre deux ou trois ans pour connaître l?impact de la croissance économique sur les recettes fiscales.»

Le processus de réduction tarifaire douanière dépendra de l?état de la trésorerie. Si la situation financière le permet, le gouvernement va accentuer les baisses de tarifs. Au cas échéant, le processus sera quelque peu différé, le temps pour les autres sources de revenus non douanières de s?installer plus solidement dans le budget.

La réforme des lois du travail est un chantier que le gouvernement veut achever au plus vite. L?allégement des règles sur l?emploi permettra aux entreprises de recruter et de licencier plus facilement selon les conditions économiques. Les discussions se poursuivent sur les deux projets de loi sur le travail (Employment Relations Bill et Employment Rights Bill) que le gouvernement a fait circuler.

«Il nous faut consolider notre early harvest (récolte précoce) et accélérer les réformes économiques. En même temps, il nous faudra donner une impulsion au démarrage des nouveaux secteurs de croissance dont la land-based oceanic industry, la zone économique de Tianli, le projet de nouvelle ville à Highlands. Il y aura un accent plus fort mis sur l?Empowerment Programme afin d?accompagner nos citoyens en difficulté.»

Rama Sithanen se réjouit d?avoir pu «continuer à renverser la tendance baissière de la croissance économique» en 2007. L?activité économique affiche aujourd?hui un certain dynamisme avec un boom dans cinq secteurs, souligne-t-il. Le produit intérieur brut (PIB) pour l?année a connu une progression de 5,8 % contre 5 % en 2006. «La croissance est plus équilibrée et plus diversifiée tant sur le plan des agrégats macroéconomiques que celui des secteurs.»

L?investissement privé et les exportations repartent. Au niveau des secteurs, le tourisme, les services financiers et le bâtiment sont très animés. Il faut ajouter à cela le retour en forme confirmé du textile-habillement.

L?investissement reflète lui aussi cette diversité. De nouveaux capitaux locaux et étrangers affluent dans plusieurs pôles de croissance. Le taux d?investissement (montant investi par rapport au PIB) passe de 16,6 % à 18,1 %.

Selon le ministre des Finances, le pays devrait recevoir Rs 15 milliards d?investissements directs étrangers (IDE) l?année prochaine. Déjà, cette année, les choses se sont beaucoup améliorées. Grâce en grande partie au flot croissant des IDE, la balance des paiements affiche un surplus après deux années de déficit. Les réserves étrangères du pays sont solides et se chiffrent à Rs 88 milliards, soit une couverture de 41 semaines d?importations. Les réserves internationales ont progressé par 26 % sur l?année.

Cette dynamique a une répercussion positive sur la création d?emplois. L?économie génère, en 2007, 9 600 nouveaux postes contre une moyenne annuelle de 4 200 jobs pour la période 2000 à 2005. Le ministre des Finances se plaint toutefois qu?il n?y ait pas suffisamment de Mauriciens pour prendre les nouveaux postes créés, en raison, notamment, d?une inadéquation entre l?offre et la demande sur le marché de l?emploi.

«Faible productivité»

Le grand argentier avance, d?autre part, que le déficit budgétaire et la dette publique s?amenuisent en pourcentage du PIB. Les dépenses sont sous contrôle tandis que le gouvernement est en train de gagner la bataille de la consolidation fiscale, laisse-t-il entendre.

La dette publique, qui représentait 85 % du PIB en 2005, compte aujourd?hui pour 64 % du PIB.

L?inflation est le point noir au tableau, concède Rama Sithanen. «Malgré les efforts au niveau de la politique monétaire, nous nous retrouvons face à une situation extrêmement difficile sur le plan international, tant au niveau des produits pétroliers qu?au niveau des produits alimentaires. (?) Nous sommes en train d?encourager la diversification des sources d?approvisionnement avec la nouvelle loi sur la concurrence. Il faut en même temps promouvoir la croissance pour que les revenus des gens progressent plus vite que l?inflation.»

Pour Pierre Dinan, observateur économique, 2007 aura certes été une bonne année, mais il y a encore du chemin à parcourir, tant par rapport aux réformes enclenchées et annoncées que sur la vision même de l?économie. «Il a fallu parer au plus pressé. La consolidation fiscale est en marche, la croissance est repartie et les emplois sont créés. En gros, les tendances sont bonnes, mais il reste beaucoup à faire pour asseoir ces réformes.»

Il faut mettre plus d?accent sur la formation pour résoudre le problème d?inadéquation entre l?offre et la demande d?emploi sur le marché du travail, affirme l?économiste.

Il plaide aussi pour un plus grand engagement dans la modernisation de l?infrastructure routière pour solutionner l?épineux problème de congestion. Le port doit également devenir plus productif et compétitif pour soutenir le développement économique.

«Un gros effort est à entreprendre au niveau de la productivité. La faible productivité est une des faiblesses de l?économie. C?est la raison pour laquelle il faut amener les réformes des lois du travail au plus vite. Il faut aussi faire attention au prochain rapport du Pay Research Bureau sur les salaires. C?est très dangereux lorsque les salaires augmentent plus vite que la productivité», commente Sameer Sharma, analyste financier chez Investment Professionals.

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