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Ti fleur fane

19 décembre 2007, 00:00

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Ti fleur fane

Un tour dans les locaux de la ville des fleurs. C?est comme tomber sur une autre planète. Où les gens souffriraient d?une forme rare d?amnésie. Où les bulles sont soigneusement entretenues.

«Business as usual.» Une formule vieille comme le monde. Remise au goût d?hier pendant toute notre visite. La commission anti-corruption a arrêté le maire de Quatre-Bornes ainsi que deux conseillers lundi.

A la mairie, on reçoit tout juste la branche de sapin qui ornera les locaux. Il gît nu dans l?entrée menant à la bibliothèque.

L?ambiance est maussade comme le temps. Les sourires sont ravalés dès que vous posez la moindre question. Les fonctionnaires sont plus vrais que leurs caricatures. Les conseillers sont tous débordés. L??il rivé sur leurs portables ? jonglant avec deux téléphones à la fois. Leur phrase préférée : «No comments.»

«A bon, premie nouvel. Aster la ou pe dir mwa ine arive kitsoz minisipalite.» Le messenger au pas nonchalant, qui tout à l?heure se promenait dans la cour avec les mains derrière le dos, est tout à coup très pressé. «Ayo al get mo sef, li fek dir mwa pa tarde, al sers enn papie avek enn dimounn dan bazar, li pe atann mwa la.»

Il débarque dans la réalité à notre contact. «Ayo mo ti an konze mwa, mo fek arive. Ou kone mo pa ti res lakaz, mo ti vire tourne dans kanpman.» Façon imagée de dire «no comment».

C?est en substance ce que nous lancent fonctionnaires et élus. Refusant d?être cités. L?un d?entre eux lâchant laconique : «Si je vous parle, demain c?est l?ICAC qui viendra me parler.» Des sourires embarrassés, des doigts qui pointent toujours en direction des autres. «Al get intel, ayo al get sa misie la.» Un chauffeur de camion-benne poussera même le joke en nous envoyant voir un personnage qui a l?air d?être à mi-chemin entre le souffre-douleur et la cible des quolibets de certains employés de la municipalité.

Lui, même à cette heure de déjeuner, n?a pas quitté son poste. Il lit sagement un livre dont il dissimule les bords sous d?épais dossiers. Quand nous l?interrompons, il cache le livre derrière son dos et se contente d?un «business as usual». Méfiance palpable. Il évitera soigneusement de nous dire ne serait-ce que le titre de son livre de littérature anglaise.

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