Publicité

Un passionné de communication

13 décembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Allonge dans un cercueil réfrigéré, Kenneth Noyau, 72 ans, semble apaisé après avoir lutté contre une forme de myopathie musculaire diagnostiquée voilà 14 ans en Grande-Bretagne et pour laquelle, il n?y a pas de remède. L?homme a eu une vie bien remplie comme le témoigne ce qui suit.

Kenneth voit le jour le 8 juillet 1935 à Port-Louis. Sa mère Lucia, qui aura une grande influence sur son développement, est maîtresse d?école, son père, Emilien, lui, est inspecteur municipal. De son oncle, René Noyau, qui est poète et écrivain, il tient son amour pour l?écriture.

Très tôt, Kenneth fait montre d?un goût prononcé pour la lecture. Il fait des études classiques au collège Royal de Port-Louis où il découvre le cinéma au contact de son enseignant d?alors, Antoine Domaingue. Le premier film qu?il voit et qui le marque est «Peaks of Lemuria» qu?il fera restaurer quand il sera directeur du collège des Ondes. Mais nous n?en sommes pas encore là.

Kenneth est aussi très actif dans les activités de la paroisse de l?Immaculée Conception où il côtoie notamment la belle Maud Ducasse. Très complices, Kenneth et Maud suivent des cours par correspondance, lui pour décrocher un Bachelor of Arts (B.A.) en anglais, français et latin et Maud un B.A. en latin et mathématiques. Ils obtiennent leur licence en juin 1958. Le 7 août de la même année, Kenneth qui enseigne les langues au collège Royal de Port-Louis, épouse Maud, qui est, elle, enseignante au Queen Elizabeth College. Maud lui donnera par la suite trois enfants : Gilles, Hugues et Pascale.

Kenneth qui passe son temps à se documenter sur le cinéma, poursuit l?enseignement au collège John Kennedy. Il anime des émissions radiophoniques sur le 7e art et démarre une collaboration en tant que critique de cinéma et de télévision auprès du journal l?express. Cette collaboration durera de longues années. En 1969, il obtient une bourse d?études en Ecosse sur l?enseignement de l?anglais comme langue étrangère et Maud l?y accompagne. Le couple passe deux ans dans ce pays avant de regagner Maurice.

Kenneth qui s?intéresse aussi à l?audiovisuel, montre des films à ses élèves comme point de départ aux travaux d?écriture. L?éducation à distance le fascine également. Lui et son ami d?enfance Michael Atchia rencontrent Michael Young, fondateur de la première Open University en Grande -Bretagne. Les trois et Tony Dodds fondent le collège des Ondes à la fin des années 60. En 1969, Kenneth obtient une autre bourse de formation en télévision scolaire à Londres. A son retour au pays, et toujours aussi mordu de cinéma, il forme un Club de 7e Art, avec entre autres feu Hervé Masson et Gérard Cateaux.

Il quitte l?enseignement pour travailler comme Senior Tutor au collège des Ondes. Il conçoit les cours et ne compte pas les heures qu?il passe au travail tant il est passionné. Et lorsque Tony Dodds se retire comme directeur, c?est lui qui est chargé de le remplacer. Sur demande des Nations unies, Kenneth voyage beaucoup dans les pays d?Afrique pour promouvoir l?éducation à distance. Il préside aussi le conseil d?administration de la MBC.

Au début des années 80, l?UNESCO l?envoie à Haïti comme consultant en éducation à distance. Il y reste deux ans. Lorsqu?il rentre au pays, Kenneth enseigne la «Mass Communication» à l?université, donne des cours sur la publicité dans une école privée et se met à son compte en ouvrant sa propre compagnie qu?il nomme «Art et Lettres». Lui et l?équipe en free-lance avec laquelle il collabore, réalisent plusieurs documentaires dont «Rencontres sous Capricorne » axé sur les Jeux des îles de 1985, «Les Chemins de Lumière » autour du cardinal Margéot et «Voices of Women» basé sur la conférence mondiale des femmes à Beijing. Films dont il n?a conservé aucune copie, regrettent Maud et Pascale.

Il agit aussi comme consultant pour bon nombre de journaux d?entreprise. Ces derniers temps, Kenneth travaillait à partir de son domicile car la myopathie avait attaqué ses jambes. Depuis un an, raconte Maud, son état empirait. «Il ne sortait plus. Mais il restait accroché à son ordinateur. Le week-end dernier, il a pris le lit. J?ai senti la mort venir mais j?espérais toujours que la fin ne serait pas pour bientôt.» Kenneth disparu, Maud perd non seulement l?homme qu?elle aimait mais aussi «un roc» sur lequel elle s?appuyait.

«Il croyait fermement à l?éducation à distance. C?était un intellectuel honnête etinnovateur.»

Pour Pascale, sa fille, c?est un «mentor et guide, un exemple d?honnêteté, de droiture, d?intégrité et d?ouverture sur d?autres cultures» qui disparaît. Hugues, son cadet qui vit en Grande-Bretagne et qui lui a donné deux petits enfants, Patrick, huit ans et Michael, six ans, est rentré au pays dans la matinée d?hier. «C?était ma source d?inspiration. Il m?avait appris le sens des mots responsabilité et leadership.» Gilles, son aîné, pense avoir pris de lui «son bon goût et son honnêteté ». Il ajoute que son père ne courait pas après les honneurs. «Il n?était pas sollicité notamment lors des réformes sur l?éducation alors qu?il avait beaucoup à dire. Heureusement qu?à la fin de sa vie, soit en mars dernier, la République a reconnu sa contribution à l?éducation en lui offrant l?order of the Star and Key of the Indian Ocean.»

Contacté hier pour un commentaire, Michaël Atchia déclare que c?est Kenneth qui a développé le collège des Ondes. «Il croyait fermement à l?éducation à distance. C?était un intellectuel honnête etinnovateur .» Meena Seetulsing, qui lui a succédé à la tête du collège des Ondes, a aussi de très bons souvenirs de lui. Elle dit avoir apprécié son «dévouement exceptionnel au travail, sa gentillesse et sa grande courtoisie. Il a marqué les premières années du collège des Ondes».

Yvan Martial, ancien rédacteur en chef de l?express qui l?a côtoyé au journal mais aussi lorsque Kenneth présidait le mouvement Action Civique, soutient qu?un des mots-clés sa vie est l?engagement. «Kenneth s?est engagé à tous les niveaux, éducatif, culturel, politique, civique, social. Et en tant que collaborateur de l?express, il était LA référence en matière cinématographique. Aujourd?hui, Internet supplée à cette masse de culture générale qu?il avait mais autant le langage de la toile est froid, autant Kenneth avait une façon d?écrire, une touche bien mauricienne et il faisait de son lecteur un complice.»

Les funérailles de Kenneth Noyau ont eu lieu hier après-midi en l?église de St- Patrick et sa dépouille a été inhumée au cimetière de l?Ouest.

Publicité