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Le risque politique

12 décembre 2007, 00:00

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<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>

Les économistes, cambistes, agents de change, gestionnaires de portefeuille et conseillers financiers terminent l?année 2007 dans l?optimisme : dans le présent baromètre, deux analystes sur trois disent être «assez optimistes» sur les perspectives économiques d?ici à un an. Cependant, le pessimisme a gagné beaucoup de terrain depuis le mois d?août, passant de 7 % à 33 % aujourd?hui. Cette détérioration des sentiments des analystes économiques et financiers va-t-elle stopper maintenant que le gouvernement et l?industrie sucrière ont mis fin à leur conflit ? Rien n?est moins sûr.

Que les deux parties soient arrivées à un consensus était dans l?ordre des choses. La communauté des affaires n?en attendait pas moins, elle qui suivait surtout la manière dont ce consensus allait s?obtenir. Si le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, a fini par arracher des concessions substantielles au privé, c?est qu?il a fait peser tout le poids du pouvoir politique sur une décision qui obéit avant tout à la rationalité économique. Et cela en dit plus que le contenu de l?accord lui-même.

Un accord né d?un accouchement aux forceps est susceptible d?avoir des effets secondaires. Non pas sur l?état d?esprit des investisseurs concernés de près par la réforme sucrière, mais sur l?ensemble du climat des affaires. Désormais, avant de prendre la décision d?investir à Maurice, tout entrepreneur soucieux de ses droits de propriété ajoutera une prime au risque politique.

Certes, le risque politique n?est qu?un facteur parmi une multitude de risques qu?encourt une décision d?investissement. Il existe des risques personnels (propres au profil de l?investisseur), des risques d?entreprise (financiers et de gestion), des risques de marché (taux d?intérêt, taux de change, inflation) et des risques nationaux (économique, industriel, fiscal et politique). Mais justement, si l?actuel gouvernement a consacré beaucoup d?efforts à réduire les risques d?entreprendre, à la faveur des deux budgets qu?il a présentés, il ira à l?encontre de l?objectif recherché en faisant augmenter le risque politique.

D?aucuns diront que le risque politique est minime à Maurice. Nous sommes reconnus dans le monde comme une démocratie vivante, nous n?avons jamais subi de coup d?Etat, nous évitons des conflits interethniques, et nous ne sommes pas une société protestataire qui descend dans la rue pour paralyser le fonctionnement du pays. Reste que ce sont là des critères basiques que satisfont aussi de nombreux pays qui sont en compétition avec nous.

Le risque politique se mesure aujourd?hui à l?aune de la gouvernance. Celle-ci est un processus : la manière de gouverner une démocratie compte davantage que l?état démocratique du pays. Maurice a des institutions qui sont solides et qui fonctionnent en harmonie avec l?économie de marché. Le problème, c?est que les individus nommés à la tête de ces institutions appliquent des politiques qui interfèrent avec des initiatives d?investissement.

Le risque politique, c?est cela. Afin de le minimiser, un gouvernement doit se cantonner à son rôle de facilitateur. On n?attend pas de lui qu?il se pose en concurrent du secteur privé en créant une compagnie privée. L?Etat ne saurait être à la fois producteur, commerçant et régulateur. En s?impliquant dans la commercialisation de produits, il envoie un très mauvais signal.

Il y a une bonne et une mauvaise façon pour l?Etat d?ouvrir l?actionnariat des centrales thermiques, des raffineries ou des distilleries. Une participation directe du public ira dans le sens de la démocratisation de l?économie. Car c?est le citoyen qui en profitera. En revanche, il n?est pas sain qu?une entreprise étatique participe elle-même à l?actionnariat privé. Ici, c?est le pouvoir politique qui cherchera à dicter la conduite de l?entreprise.

Maurice a amélioré son rang sur le classement mondial de «Doing Business», étant première en Afrique. Il n?y a pas de doute que le climat des affaires s?est amélioré sur la base de critères objectifs : une fiscalité plus légère, des procédures d?investissement moins bureaucratiques et une monnaie relativement stable. Mais l?économie est aussi affaire de psychologie. Si la sérénité est revenue dans le milieu des affaires avec la conclusion de l?accord sucrier, elle n?est toutefois pas parfaite.

Le PM a remporté une bataille politique, mais n?a pas encore gagné la guerre économique. En particulier, il lui reste à gagner la bataille contre la perte du pouvoir d?achat. Les élections générales ne sont pas derrière la porte, et le peuple a la mémoire courte. L?enjeu électoral ne sera pas déterminé par la seule question des terres et de l?actionnariat, car les «bread and butter issues» occuperont les esprits. L?inflation reste l?ennemi public numéro un.

A ce titre, un gouvernement ne peut pas tout remettre sur le dos de la banque centrale. L?indépendance de celle-ci n?est pas un gage de succès contre l?inflation. La politique monétaire n?évolue pas dans le vide, étant souvent la conséquence des politiques gouvernementales.

Reste qu?il est impérieux que le Comité de politique monétaire se focalise sur l?inflation. Dans une unanimité factice, il a maintenu le taux d?intérêt pour ne pas pénaliser la croissance économique. Mais si jamais l?inflation ne baisse pas comme prévu l?année prochaine, il aura pris un risque politique inutile.

Combattre l?inflation est dans l?intérêt national, pas celui du parti au pouvoir. Plus la Banque de Maurice échoue, plus le gouvernement sera tenté de déstabiliser le secteur privé pour des gains politiques. Elle est patente, cette corrélation entre inflation et risque politique.

<I>(www.pluriconseil.com)

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