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Patrick Ferrat raconte l?histoire de Balaclava

9 décembre 2007, 20:00

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De nombreux lecteurs de nos réminiscences d?il y a un quart de siècle manifestent le désir de mieux connaître l?histoire du domaine de Balaclava. L?express accède à leur requête, en s?inspirant d?une causerie faite par M. Patrick Ferrat, le 22 mai 1999, à l?intention des membres de la Société de l?Histoire de Maurice.

La baie aux Tortues est connue des navigateurs, avant même la colonisation française. Ils apprécient sa sûreté et la facilité avec laquelle ils peuvent se ravitailler en eau potable et en nourritures fraîches (viande, fruits, légumes). Nul besoin de retirer les tonneaux des canots pour les remplir d?eau potable. C?est dire la qualité du self-service de l?époque. Les Hollandais connaissent suffisamment ce mouillage pour lui donner deux noms : baie aux Tortues ou aux Ebéniers. On vous laisse deviner le massacre qui s?ensuit, dans les deux cas.

La tortue de terre a ceci d?intéressant qu?elle peut vivre longtemps à bord d?un navire. La rattraper est une affaire de minute, même pour les plus paresseux d?entre nous, lièvres non compris. L?on peut donc programmer son abattage. De plus, cette viande fraîche à volonté, guérirait même le scorbut.

Les Anglais connaissent aussi ce mouillage. Ferrat fait état de l?escale du HMS Discovery (12.7.1636) et celle du HMS Unicorn (31.7.1638). Les canons du nouvel arsenal de Labourdonnais repoussent heureusement la tentative de débarquement, du 8 mai 1748, de l?amiral Boscawen et de ses 23 navires anglais.

Entre-temps, la paisible baie des défunts ébéniers et tortures de terre, devient celle de l?Arsenal, ce que rappellent martialement les habitants de cette localité, vénérant le nom d?Arsène Wenger. On se venge comme on peut. Labourdonnais y construit d?abord, en 1739, un hôpital pour marins atteints du scorbut. Suivent, l?année suivante, un arsenal, une fonderie, un moulin à poudre. L?eau commence à manquer. Il construit, dès 1743, une digue au travers de la rivière Citron. Elle y est toujours. L?eau vient à manquer, on construit une digue... Si seulement cela pouvait faire tilt du côté de notre CWA... Autant espérer que notre ministère des Travaux publics comprenne qu?un pont permet à un chemin ou une route d?enjamber une rivière. Même les colonialistes savaient cela.

Labourdonnais construit une batterie de défense de chaque côté de la baie. Boscawen la baptise et n?y insiste pas. Nul n?osera s?y frotter ensuite. La végétation toujours envahissante aura raison de ces défenses côtières, mal défendues par les nominees politiques du National Heritage.

La situation y devient explosive après la déflagration meurtrière du 21 septembre 1774. Le Moulin à Poudre trouve asile dans la forêt du même nom. S?y transportent également toutes les activités connexes, employant alors 790 esclaves.

Au début du XIXe siècle, Joseph Dioré transfère à la baie de l?Arsenal son moulin de blé de Port Louis qui n?obtient plus l?eau requise pour son bon fonctionnement. L?endroit retrouve un peu d?animation.

En 1856, Georges Courson de la Villeneuve, maire de Port Louis de 1860 à 62, Auguste Toussaint dixit, acquiert la propriété de la baie de l?Arsenal et la baptise Ville Vallio. Nom aussi donné à la pointe séparant les baies du Tombeau (Le Goulet) et aux Tortues. Il y mène belle vie, grand train et y donne de brillantes réceptions. Sa spécialité : placer des porteurs de flambeau de sa résidence, le long d?une interminable allée jusqu?à son embranchement avec la route menant au port. Il fait faillite en 1863. Cela se comprend.

Pierre Adolphe Wiehe, négociant portlouisien achète Ville Vallio mais la surnomme Balaclava, haut lieu de la guerre de Crimée. Celle-ci est une péninsule ukrainienne 12 fois plus grande que Maurice. Les Russes l?annexe en 1783 aux dépens des Ottomans. En 1854, Français, Anglais, Piémontais aident les Turcs à résister aux velléités hégémonistes de Nicolas 1er, Tsar de Russie. Les alliés bousculent les Russes à Alma, assiègent et s?emparent de Sébastopol, après la prise de la tour Malakoff. Ils résistent aux attaques russes à Inkerman et à Balaclava. Le traité de Paris du 30 mars 1856 entérine la défaite russe et l?intégrité de l?Empire ottoman.

Pour la visite de Nicholas Pike, en 1868, de Balaclava, voir l?express de vendredi dernier. La malaria chasse ensuite les derniers habitants de ce lieu pourtant enchanteur. La propriété change de mains à plusieurs reprises. En 1970, la Swazi Mauritius Holdings rachète la propriété à Massilia Ltd des Duclerc des Rauches. En mars 1971, Lord Louis Mountbatten la visite. En 1973, la chaîne hôtelière Maritim acquiert Balaclava et y construit, en 1989, un hôtel sous la supervision de Karl Braunecker. Il ouvre ses portes le 8 décembre 1990. Balaclava revit.

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