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Le mythe ?

8 décembre 2007, 20:00

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Dans ma jeunesse, en classe de philosophie où nous n?étions que quelques-uns, nous avions un professeur qui parfois, à l?occasion d?un cours, nous disait malicieusement : « Surtout ne tuons pas les mythes ! » Bien sûr, il fallait entendre ce jeu de mots ? mythe/mite ? dans son sens profond. Nous avions l?âge où l?on se plaît à faire des calembours, où le langage révèle ses multiples tiroirs.

Percevait-on la profondeur que notre cher prof mettait en ces quelques mots ? Il nous manquait d?avoir vécu pour s?interroger sur le sens de la vie. Nous avions alors trois heures de philo par jour. Le temps passant, les vérités demeurent, et les mythes dévoilent leur vérité éternelle dans les occasions de l?expérience.

Mais d?abord qu?est-ce qu?un mythe ? Je ne parle pas de l?usage actuel et dévalorisé que l?on en fait aujourd?hui où cent balivernes sont, paraît-il des mythes ? qui pullulent sous le projecteur des médias, autour du foot, du rock, du cinéma, toutes « gloires » confondues qui sont surtout de bonnes affaires commerciales? Remontons aux sources. Il faut toujours, comme le saumon, se souvenir de sa source ? (connaissez-vous cette très belle chanson de Serge Lama : « O comme les saumons » ?) De même qu?il n?y a pas de fumée sans feu, ni de légende sans histoire, il n?y a pas de mythe sans vérité. A l?origine des mythes, il y a une tentative d?explication du monde, des hommes et de leurs liens avec leurs dieux. Du grec « muthos », récit fabuleux, le mythe est en effet une histoire à contenu symbolique, destiné à frapper l?imagination populaire, pour clarifier les grands mystères du monde et proposer des modèles de héros. L?histoire des peuples a ainsi des recueils de ces modèles qui constituent les mythologies. La littérature, les arts ont puisé abondamment dans ces récits, fantastiques, merveilleux, dramatiques, et qui ont fixé dans la mémoire des générations des « types » de personnages hors du commun. Qui encouragent notre petitesse à se surpasser, à devenir ce « surhomme » que Nietzsche convoque dans « Ainsi parlait Zarathoustra »?

Jadis, alors que la science n?expliquait pas tout, (elle n?expliquera d?ailleurs jamais tout du TOUT), le mythe proposait ses légendes, son imagerie. Typiquement grecque, la mythologie recourt à l?épopée, c?est-à-dire au récit de prouesses, d?actions dramatiques, dont l?homme est l?exécutant du Destin. Les mythes mettent en cause les dieux, les « titans » (demi-dieux), les hommes soumis à des épreuves surhumaines : les Douze travaux d?Hercule, ou le supplice de Tantale, par exemple. Mais ils sont aussi des modèles d?espérance, des incitations au perfectionnement de soi? Prenons l?exemple du mythe d?Aphrodite déesse de l?Amour (la Venus des Romains). Belle, amoureuse, née du sang (ou du sperme) d?Ouranos tombé dans la mer, elle surgit ainsi de l?écume des flots, (« aphros » en grec). Sa fonction consiste à protéger les mariages, veiller sur l?entente des époux ; ce qui ne l?empêche pas de symboliser également la passion, l?amour fou. C?est d?ailleurs cet aspect qui donna le mot « aphrodisiaque » lié à l?amour-désir. Les fruits à nombreux pépins ? la papaye par exemple ? la pomme qui évoque de façon troublante l?anatomie féminine lui sont consacrés. On retrouve ce mythe grec dans celui d?Astarté, déesse phénicienne de la fécondité.

A la question primordiale que les hommes de tous temps se sont toujours posée : d?où vient l?univers ? chaque mythologie a proposé sa réponse. Chez les Égyptiens, le monde est issu d?un immense océan (le « noun ») d?où vint Amon-Rê qui s?est créé lui-même, inventant la vie sous le signe du soleil. Car toute la mythologie égyptienne est solaire. Chez les Grecs, à l?origine, nous trouvons les divinités primordiales : Chaos l?Abîme, Gaïa la Terre et Eros engendreur de toutes choses. Ouranos, le Ciel uni à Gaïa donne naissance à Kronos et Rhéa, de qui naîtront Zeus et Héra, de qui descendront les Titans jusqu?aux simples mortels.

La mythologie grecque est de loin la plus riche de figures exemplaires, qui de nos jours encore nous restent familières. Ce n?est pas par hasard si Albert Camus, théoricien de l?Absurde, reprend et modernise le « Mythe de Sisyphe ». Condamné, pour des raisons obscures, aux Enfers (séjour naturel des morts) à rouler une lourde pierre jusqu?au sommet d?une montagne, mais ne parvenant jamais jusqu?au bout de sa peine, l?énorme pierre retombant sans cesse, Sisyphe recommençait éternellement sa tâche? Aujourd?hui, quand nous disons : « C?est un travail de Sisyphe », chacun comprend. Citons ce passage de Camus :? « Il arrive que les décors s?écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d?usine, repas, quatre heures de travail, repas, sommeil, et lundi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi sur le même rythme? Un jour, le « pourquoi » s?élève? »

Ne tuons pas les mythes : ils expliquent une part de notre vie.

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