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Droits de l?homme : Les Etats en accusation
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Droits de l?homme : Les Etats en accusation
L?Europe considère le respect des droits de l?homme comme l?une de ses valeurs fondamentales. Tout pays candidat doit prouver qu?il partage cette exigence. «Les droits de l?homme font partie de l?identité européenne», a affirmé, après d?autres, Nicolas Sarkozy dans son discours devant le Parlement européen, récemment. Dès 1950, le Conseil de l?Europe, la première institution pan-européenne, adoptait la Convention européenne de sauvegarde des droits de l?homme et des libertés fondamentales, avant de créer, en 1959, la Cour européenne des droits de l?homme, chargée d?en sanctionner la violation. Celle-ci est devenue, au fil des années, l?une des garantes de l?engagement européen.
Les Etats européens sont-ils toujours à la hauteur de leur ambition ? Rien n?est moins sûr. Le Conseil de l?Europe vient précisément de leur adresser un sévère avertissement, par la voix de son commissaire aux droits de l?homme, Thomas Hammarberg. Ce diplomate suédois a succédé, en 2006, à l?Espagnol Alvaro Gil-Robles, premier titulaire de la fonction. Il a été, dans les années 1980, secrétaire général d?Amnesty International, puis de l?association Save the Children. Il a été ambassadeur de son pays pour les affaires humanitaires et secrétaire général du Centre international Olof-Palme. Il n?a cessé, par son action, ses publications, ses conférences, de se battre pour les valeurs humanistes que revendique l?Europe.
Invité du Centre de politique européenne (European Policy Centre), M. Hammarberg a exprimé sa déception face aux défaillances de l?Union européenne dans le domaine des droits de l?homme. Ces manquements, dit-il, nuisent à son image à l?extérieur. «Lorsque nous montrons du doigt les problèmes qui se posent dans les autres régions du monde, notre crédibilité dépend bien évidemment de la manière dont les droits de l?homme sont respectés à l?intérieur de nos frontières», explique-t-il, en soulignant que «la politique du deux poids deux mesures» est perçue à juste titre comme une forme d?hypocrisie».
La liste des violations, passives ou actives, dressée par M. Hammarberg est éloquente. Le commissaire s?étonne d?abord du «demi-silence» de l?Union européenne sur les graves atteintes aux droits de l?homme commises par les Etats-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme». «Les détentions illégales qui se poursuivent pendant des années, les disparitions forcées et les actes de torture sont tout simplement inacceptables», affirme M. Hammarberg, qui se dit «profondément déçu» par l?attitude des gouvernements européens.
Ceux-ci ne se contentent pas de réagir faiblement, selon le commissaire, aux abus états-uniens. Ils ne sont pas eux-mêmes exempts de reproches. Ils tolèrent le racisme et la xénophobie dont se rendent coupables dans de nombreux pays des groupes extrémistes. Ils ne respectent pas les droits des immigrés clandestins. Ils ne luttent pas assez énergiquement contre les discriminations dont sont victimes les Roms. Ils se mobilisent trop rarement contre l?homophobie. Ils manquent de volonté pour combattre l?inégalité entre les hommes et les femmes, ainsi que les violences domestiques. Ils imposent aux prisonniers des conditions de détention souvent indignes d?Etats civilisés.
M. Hammarberg regrette aussi que l?Europe ferme quelquefois les yeux sur les atteintes aux libertés dans des pays comme la Chine. «Nous ne devrions pas avoir peur, dit-il, de dénoncer haut et fort, lorsque c?est nécessaire, la situation des droits de l?homme dans les pays qui ne font pas partie de l?Europe.» On comprend que les gouvernements européens acceptent mal les leçons du diplomate suédois. Mais l?Europe ne restera fidèle à elle-même que si elle consent à écouter celui qui veut être «une voix de la conscience».
Thomas FERENCZI
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
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