Publicité
Célibataire ?
On cite souvent ce mot de Sacha Guitry, prince de l?humour et du paradoxe : « Les femmes sont faites pour être mariées et les hommes pour rester célibataires. » Position difficilement conciliable, et pourtant? Aujourd?hui, Sacha Guitry constaterait que son propos n?est plus guère pertinent, puisque M. Gondrant épouse son voisin de palier, Melle Pitibato convole avec Mme de La Fezplate, sans que personne n?y trouve à redire. Nous vivons l?ère du « pourquoi pas ? »
Mais revenons à notre propos, celui qui sous-entend le « couple ». Rappelons que, selon les manuels de physique, la dynamique met en opposition complémentaire le + et le -, deux forces qui s?équilibrent, et que dans le langage technique des électriciens, une prise « mâle » est conçue pour pénétrer une prise « femelle ». Qui dit célibat, pense également mariage. Si l?on veut se dégoûter du mariage avant de l?avoir contracté, il suffit de lire Schopenhauer, philosophe plutôt pessimiste sur la question.
À le lire, on sent que l?obsession sexuelle revient souvent dans ses propos, instinct dont l?âge ne l?a guère libéré. Ses liaisons sont gâchées par la jalousie, entrecoupées de rupture (il n?était pas facile à vivre). Lui-même déplore cette violence du désir qu?il maîtrise mal. Pourtant, l?enfermement du mariage lui fait horreur : « Se marier, c?est faire son possible pour se faire prendre en horreur par quelqu?un. » Nombreux inconvénients : c?est coûteux, ça amène des enfants qui accaparent et enlaidissent l?épouse, etc. « Les femmes se départagent en femmes trompées et femmes trompeuses. » Le mariage est un piège par lequel la propagation de l?espèce nous asservit.
Reste le recours aux prostituées. Avantage : aucune responsabilité. Inconvénients : risque de maladies redoutables? Alors, que reste-t-il ? le ménage à trois, mais? (Chez Schopenhauer, il y a toujours des « mais »?)
Dans les années 50-60, le couple Sartre-Beauvoir illustre la nouveauté de l?amour libre. « La Grande Sartreuse », comme l?appelait Boris Vian, eut alors de nombreux partisans, tout en scandalisant la bourgeoisie. De son côté, J.P.Sartre compte bien des conquêtes parmi ses admiratrices, séduites par son intelligence exceptionnelle. La théorie du ménage à trois fut exposée et défendue, très sérieusement, par un auteur à succès, un certain Anquetil qui publia en 1935 un livre que le hasard d?un bouquiniste parisien me mit sous les yeux, « La Maîtresse légitime ». Il y propose une réorganisation du mariage, permettant à l?homme, selon son besoin naturel, d?avoir droit à plusieurs femmes (d?ailleurs renouvelables, l?âge aidant) tout ceci au sein de la famille. Cette polygamie existe d?ailleurs dans bien des pays? Anquetil n?hésite pas à prescrire, pour l?homme vieillissant, la fréquentation de jeunes filles ? le déclin mâle ayant besoin de vitalité jeune? On constate cela de nos jours, sans grand étonnement.
Ces temps-ci, un jeune philosophe brillant, Michel Onfray, s?inspirant des sages grecs et latins, Epicure, Lucrèce, Ovide, Diogène de Sinope, etc. défend « l?heureuse volupté de libidos joyeuses », dans une logique du plaisir qui s?insère dans une « théorie des agencements ». Quelques propos choisis?
« Maternité et famille désamorcent toute velléité libertaire en inscrivant le destin du corps individuel dans la nécessité sociale communautaire. Assignée à résidence, sédentaire, domiciliée, fixée, figée, une femme devenue mère renonce de fait à l?expression de son caprice, de son vouloir et de sa liberté. Privée de monde ouvert, elle triomphe dans l?univers fermé du foyer conjugal : jamais prison ne fut plus perfidement efficace. » À la fois contre « la solitude glacée du célibat contraint » et contre « le mariage nauséabond du couple familialiste, son propos se résume à « savoir exactement ce que l?on veut ». La question se pose donc ainsi : « De quelle façon aimer sans renoncer à sa liberté, son autonomie, son indépendance ? et en tâchant de préserver les mêmes valeurs chez l?autre ? » Et Michel Onfray poursuit en précisant les termes du contrat :? « Je n?imagine le contrat possible qu?entre gens de loyauté et de capacités éthiques semblables? Il faut que les deux contractants sachent à quoi ils s?engagent pour produire de la jubilation à deux et écarter toutes les occasions de peines? Quiconque a souscrit doit impérativement tenir parole. » Libre à chacun de choisir le mariage, la famille, la fidélité, etc. Ou bien le célibat avec sa liberté et des rapports convenus. « Mais quand on a opté, choisi, voulu, le contrat oblige. » Puis, abordant le chapitre des enfants, il affirme : « Il faut effectivement ne pas vraiment aimer sa progéniture pour la destiner au monde tel qu?il fonctionne avec ses fourberies, ses mensonges, son cortège de douleurs et de peines? »
Et, à la fin du compte, la maladie, la vieillesse et la mort.
N.B. Michel Onfray, « Théorie du corps amoureux » Biblio essais.
Publicité
Publicité
Les plus récents