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La mythologie cosmique de Stina Bécherel
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La mythologie cosmique de Stina Bécherel
Ceux, qui n?ont pas encore vu l?exposition de Stina Bécherel au Moulin Cassé, à Péreybère, ont jusqu?à demain 18 heures pour s?imprégner de sa mythologie cosmique, faite essentiellement d?esquisses et d?insinuations. Toute infidélité à ce rendez-vous artistique, coûtera à son auteur de passer à côté d?un temps fort de notre année esthétique 2007.
Cette artiste inspirée domine de la tête et des épaules notre peinture mauricienne non figurative, depuis près de trois décennies, mais rares sont les occasions de pouvoir admirer ses chefs-d??uvre. Ils exigent, de plus, une lecture attentive de leurs moindres détails si l?on veut s?imprégner d?un message à la fois transparent et opaque. Raison de plus pour regretter davantage l?absence de toute galerie nationale d?art, nous permettant, au jour et à l?heure qui nous conviennent le mieux, de nous ressourcer aux meilleurs produits de nos peintres les plus talentueux.
Des colorations dominantes
La transparence, chez Stina Bécherel, est, en effet, un maître-mot de l?exposition de la vingtaine de toiles qu?elle expose jusqu?à demain 18 heures à la galerie du Moulin Cassé. Elles se présentent à nous comme autant d?inflorescences de couleurs, pastel de préférence. Il y a certes, ici et là, des colorations dominantes. Il serait plus exact de parler de fusion.
Avec le recul, la mémoire nous signale davantage une harmonie de nuances différentes et de fondues des teintes principales (le jaune Turner si lumineux, la blancheur laiteuse tirant sur le verdâtre, le rose délavé, un bleu blême et blafard que n?aurait pas dédaigné Verlaine et tous leurs mélanges, mais de juxtaposition et d?heureux enchevêtrement).
Sur ce fond de rêve et de mystère, se détachent des sujets principaux, pas forcément des êtres humains encore qu?ils sont présents même si leur discrétion volontaire veut masquer une prépondérance indiscutable. Nous avons ainsi droit à des portiques romans. Ils évoquent aussi un possible aqueduc. Mais une autre toile similaire laisse entrevoir un plafond cintré, des salles voûtées. L?aqueduc se métamorphose alors en cloître, autre lieu où court l?eau vive que chante si bien Guy Béart.
Un possible palmier géant peut servir de trait d?union entre ciel et terre. On comprend mieux alors l?irrésistible volonté d?une silhouette humaine, s?accrochant à des racines en forme de perche messianique. Le palmier se transforme pourtant en une sorte de peau de reptile. Le trait d?union entre ciel et terre demeure sauf, en dépit de cette insinuation de péché originel. Il y a, à droite, l?esquisse d?un boyau. Allez savoir s?il s?agit de l?entrée ou du bout du tunnel. Louis Ferdinand Céline nous invite à aller au bout de notre nuit.
D?Eden, nous sommes transposés en mer mélanésienne, reconnaissable à ses pirogues effilées, s?équilibrant mystérieusement sur l?onde tumultueuse. Des figures de proue émergent. Leur masque facial, polynésien à souhait, est plus long que le corps qui le supporte. Elles se détachent de cercles lumineux. Au spectateur d?en trouver la signification.
Nous n?avons droit parfois qu?à une sorte de défilé rocheux inaccessible. Une sorte de tour de Babel pour alpinistes imprudents et téméraires. Mais comme le dit si bien Camus, nous « devons imaginer Sisyphe heureux ».
D?autres thèmes paraissent plus abordables : une partie de dominos, une femme possiblement enceinte, s?abritant sous une ombrelle vert délavé, une Maya allongée, l?homme d?une nouvelle cosmogonie, saluant l?homme ancien qu?il n?est plus.
Le monde mystérieux des filaments
Le recours plus fréquent à l?ocre nous oriente vers des infinies sahariennes. Elles nous rappellent que le désert est temps d?épreuve, d?ascèse, de purification, mais aussi de salut. L?on peut y trouver un message pharaonique. La découverte d?un Moïse, un dictateur léonin, mais tout puissant. Le gestuel fait songer à la divine vallée du Nil, ce présent des dieux à la terre égyptienne. L?artiste s?en défend pourtant et se prévaut d?une inspiration latino-américaine, pour ne pas dire andine.
Il faudrait encore signaler la multiplicité des liens invisibles ou presque attachant ces êtres et objets centraux, qu?on voudrait revêtir de liberté, à la nature, à l?espace, aux éternités qui les entourent. Stina Bécherel nous entraîne alors dans le monde mystérieux des filaments et autres traînées lumineuses, liant nos consciences à des transcendances inconnues. Des fils d?Arianne imperceptibles sillonnent ses toiles. Il nous faut les suivre pour sortir du labyrinthe de nos limites et imperfections et aller jusqu?au bout de nos rêves.
Le message est là. Divin ou presque. Mais forcément mystérieux. Il ne se livre pas tout de go. Il se mérite. Nous devons nous armer de patience et de volonté. Se tenir devant la toile jusqu?advienne l?instant d?illumination. Se dire que celle d?aujourd?hui diffère de celle d?hier. Celle de demain nous révèle d?autres surprises.
Demeure une artiste sensible jusqu?au bout des ongles, jusqu?à l?extrémité d?un pinceau qu?elle maîtrise parfaitement afin de pouvoir confier ses pensées les plus intimes, les plus confidentielles, à ses toiles, sachant qu?elles peuvent mieux que nos propos malhabiles, dire l?indicible.
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