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Banlieues : guérilla urbaine à Villiers-le-Bel

2 décembre 2007, 00:00

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Un accident mortel entre deux jeunes circulant sur une mini-moto et une voiture de police, et c?est l?embrasement. Des scènes dignes de Belfast à Villiers-le-Bel, et une situation délétère.

Une odeur de gaz lacrymogène, de plastique brûlé et de rage. Celle d?une centaine de garçons bien organisés, qui disent vouloir « buter » le moindre « Schtroumpf » ? le moindre policier. Le 26 novembre, entre 19 h 30 et 22 h 45, cinq rues de la ZAC et du Puy, à Villiers-le-Bel, dans le Val-d?Oise, là où, la veille, deux jeunes garçons de 16 et 15 ans, Larami et Mouhsin, sont morts dans le choc de leur mini-moto contre une voiture de police, ont rejoué des scènes d?une extrême violence.

Les policiers se sont postés en masse, en fin de journée, devant la gare du RER D, après l?incendie d?un camion poubelle.

À peine les premiers lampadaires allumés, les jeunes attaquent avec des pavés, des feux d?artifice et des pétards « mammouth » ? les plus gros.

Toute arme est bonne à prendre

Dès qu?un policier est touché, les garçons fêtent ça. Même cri de victoire quand ils reculent. Ils se hissent sur les toits des voitures, ils se prennent en photo avec les téléphones portables. « Attraper un flic », un « keuf », un « porc » : pendant trois heures, une poignée de meneurs répètent ces mots d?ordre : « Restons groupés ! », « Solidaires, les gars ! » Et les émeutiers, disciplinés, suivent les consignes.

« Anelka ! » Ils se donnent des surnoms de footballeurs, d?animaux (« chameau ») ou de héros de télé (« Frelon », alias Bruce Lee). Ils cachent aussi leurs visages. Écharpes haut sur le nez, capuches, et même, pour certains, tenues de CRS, avec matraque et bouclier. Un ami, caméra numérique montée sur pied, filme chaque pavé lancé, dans chaque voiture brûlée.

Au sol, toute arme est bonne à prendre : des multiprises, une épée, un fusil à pompe? Mais la plupart se battent avec des bâtons en bois ou des barres de fer chipées dans les chantiers. On s?approvisionne en bouteilles dans les silos de recyclage du verre. Panneaux d?affichage électoral ou de signalisation, poteaux, arbres servent d?arme ou de bouclier. Tas de pierres et de poubelles bloquent certaines routes, comme des check-points de fortune.

« La guerre, c?est ça mon pote. C?est faire tourner en rond l?ennemi », lance un meneur, s?improvisant général. Comme la veille, certains magasins, certaines concessions automobiles passent à travers les flammes : avant de mettre le feu, on discute.

Le même cri de ralliement

« Celui-là, il est à la famille », crie une jeune voix devant un pressing. La bibliothèque Louis-Jouvet, le supermarché Aldi, le salon de coiffure, l?auto-école ont moins de chance : pillés et incendiés.

La jeunesse de Villiers est dehors depuis longtemps. L?après-midi, on a photocopié à la hâte les portraits des deux adolescents « morts pour rien » : le même cri de ralliement qu?après le drame de Clichy-sous-Bois, en octobre 2005, lorsque deux jeunes gens avaient trouvé la mort dans un transformateur électrique. Les collèges et les lycées se sont donné le mot pour une « marche silencieuse » ? si l?on peut dire : dans cette ville proche de Roissy, c?est rare qu?un long-courrier laisse la ville tranquille. Élèves et grands frères, bonnets ou capuches, sacs à dos sur lesquels ils ont fièrement écrit, au Tipp-Ex, le nom de leur cité, entre trois « killer » et deux « fuck the cops », une masse défile.

Dans la foule tendue et sans larmes, on compte aussi quelques profs, bouleversés, mais un seul élu, sans écharpe, ? Rachid Adda, conseiller régional (MRC) d?Ile-de-France ? et des responsables associatifs, atterrés par ce nouvel épisode de guerre entre jeunes et police. « Moi j?ai vécu Charonne, le 17 avril 1961. Mais la police, ça restait quand même police secours, rumine ce fonctionnaire de mairie. Aujourd?hui, mes enfants je leur dis : quand tu vois la police, tu t?enfuis. »

@ 2 007 Le Monde- Ariane CHEMIN et Mustapha KESSOUS ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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