Publicité
« Fier d?être créole »
Une fois par an, Maurice se fait le chantre de la culture créole. À l?image de la Journée de la femme ou de la fête des Grands-mères, n?est-on pas en train de se donner bonne conscience à bon compte ?</B>
À chacun d?amener sa pierre à l?édifice. Nous, au Tourisme, on pense qu?un tel festival est nécessaire. Après, à d?autres de se mobiliser aussi, car je pense comme vous qu?il faut faire beaucoup plus.
Un festival créole, pour quoi faire ? Pour dire quoi ?</B>
Pour mettre en valeur cette culture. Je suis moi-même créole et fier de l?être. Cette culture est belle, elle est grande, mais on ne le dit pas souvent.
C?est ça le festival : révéler aux yeux du monde la culture créole et dire combien nous sommes fiers de ce que nous sommes.
<B>Vous avez placé l?édition 2007 sous le signe du « Réveil ». Parlez-moi de la sieste qui l?a précédée. Sur quoi s?est-on endormi ?</B>
Je vous l?ai dit, sur la fierté d?être créole.
À Maurice, certains pensent ? à tort ? qu?il s?agit d?une culture de seconde classe. L?absence de référence ancestrale, son aspect bigarré, tout cela en ferait une culture mineure. C?est tout le contraire : la créolité, en tant que métissage, se nourrit de ce qu?il y a de meilleur dans les autres cultures. Voilà pourquoi je suis fier d?être créole. Le réveil, c?est aussi celui de la conscience internationale. Quinze festivals créoles existent aujourd?hui dans le monde, c?est bien la preuve d?un regain d?intérêt.
<B>Pourquoi avoir choisi un animal trépassé comme mascotte du festival ? Le dodo, reconnaissez-le, c?est une faute de goût.</B>
Pas du tout. Nous avions besoin d?une icône pour Maurice. Les plages, les arbres, les montagnes ; toutes les îles créoles ont ça. Par contre, le dodo, seul Maurice peut le revendiquer. Le dodo deviendra d?ailleurs la mascotte du tourisme mauricien.
<B>La créolité comme outil de marketing touristique, ça aussi c?est voulu ?</B>
Tout à fait. Maintenant, à d?autres d?agir, de proposer des événements, que ce soit les municipalités, les conseils de districts, les ONG, etc. Le ministère du Tourisme et des Loisirs, lui, assume son rôle.
Pour la plupart des touristes que nous accueillons ici, l?identité est un concept vertical, qui renvoie au sol, à l?enracinement familial. Pour vous, Mauricien, créole, l?identité se conçoit comment ?</B>
Le grand problème est justement de définir ce qu?est un créole. D?où la conférence d?hier pour essayer d?identifier les points communs des peuples créoles. Toutes ces questions m?intéressent, mais j?avoue que je n?ai pas de réponse toute faite.
Si c?était le cas, j?aurais moi-même animé la conférence !
<B>Vous n?avez pas une intuition personnelle ?</B>
Je crois que le maître-mot est celui de métissage.
<B>Ce serait donc ça, le socle commun de l?identité créole ?</B>
Non, trop restrictif. La langue est quelque chose d?important. C?est quand même in-croyable de pouvoir se comprendre avec un Haïtien. Il faut aussi considérer la culture créole au sens large, comme la cuisine ou l?architecture. En fait, il n?y a pas un, mais plusieurs socles communs. C?est comme si vous réduisiez les Français au camembert?
<B>C?est vrai, sans pain, ça ne rime à rien. Quitte à mettre les pieds dans le plat, est-ce que vous pourriez devenir, comme votre père l?a été, le porte-drapeau de la cause créole ?</B>
Non, ce n?est pas mon rôle? Je suis là pour promouvoir un festival, pas pour mettre en avant Xavier Duval.
<B>« King Kreol Junior », vous prenez ?</B>
<B>Permettez-moi de reformuler : vous entez-vous prisonnier de cette image de votre père ?</B>
Je le répète, cette question est hors con-texte, je n?y répondrai pas. Je ne veux pas répondre à n?importe quelle bêtise non plus.
<B>Est-ce une bêtise de dire que l?identité créole est une identité souffrante ?</B>
Elle est souffrante à Maurice, c?est vrai. Mais elle est gaie aux Seychelles et peut-être plus affirmative à la Réunion. La poésie est un bon révélateur, or j?entends une souffrance dans la poésie mauricienne.
<B>La douleur d?une identité mal clarifiée ?</B>
Oui, c?est le problème. Si on ne sait pas qui on est, on n?avance pas. C?est une des raisons pour lesquelles j?organise ce festival.
Difficile de savoir qui on est lorsqu?on a été en butte à toutes les dénégations identitaires possibles. Au commencement de l?esclavage, on hésitait à reconnaître à ces populations le statut d?homme?</B>
? Tout à fait, oui.
<B>... on se posait même la question de savoir si les « nègres » avaient une âme. Et quand bien même cette question est résolue, on se refuse à considérer les créoles mauriciens comme faisant partie d?une communauté à part entière. Êtes-vous oui ou non favorable à une identité constitutionnelle plus digne que celle de « population générale » ?</B>
Le gouvernement n?est pas contre cette idée, nous étudierons sérieusement la proposition du père Grégoire (remplacer dans la Constitution l?expression « population générale » par celle de « Créoles et autres chrétiens », NdlR). C?est une idée valable, ça aidera. Toute-fois, elle ne réglera pas tout, c?est plus compliqué que ça.
<B>Et en parlant de casse-tête, où doit-on vous si-tuer dans ce gouvernement. Toujours sur la branche progressiste et libérale ?</B>
C?est ça.
<B>Cette branche ? que vous partagez avec vos collègues Sithanen et Boolell ? a-t-elle été sciée ? On ne vous entend plus sur les dossiers importants.</B>
Je ne sais pas si ceux que vous citez se retrouveront dans vos propos. Tous les trois, dans nos ministères respectifs, nous nous impliquons dans la vie économique du pays. Ce n?est pas parce que ça cloche sur certains dossiers que l?on doit oublier toutes les mesures prises en faveur des entreprises. Prenez la réduction de la corporate tax à 15 %. Très peu de pays ont un taux aussi faible. Malheureusement, à cause des conflits actuels, ce genre de décision est reléguée au second plan.
<B>Peut-être y a-t-il un effort de communication à faire. Pourquoi l?ardent défenseur de la réforme que vous êtes se cantonne-t-il à une solidarité silencieuse ?</B>
C?est une question de personnalité je suppose : j?estime que les actes sont plus importants que les paroles.
Un mot sur le désaccord États-sucriers. Est-ce que la surenchère du gouvernement heurte vos convictions de libéral ?</B>
Je ne fais pas partie du comité sur la réforme sucrière, je n?ai donc pas tous les détails. Demandez-moi de m?exprimer sur des dossiers que je connais.
<B>Vous l?aurez cherché. On va parler coq et cheval, êtes-vous?</B>
? Cheval !
<B>Attendez ! je n?ai pas encore commencé. Êtes-vous à cheval sur les principes ?</B>
À cheval, mais pas sur les principes?
<B>Au Tourisme, vous êtes comme un coq en pâte, n?est-ce pas ?</B>
Je suis à l?aise, en effet.
<B>Vous ne trouvez pas que les politiciens sont comme les chevaux : ils ne peuvent pas marcher droit sans ?illères ?</B>
Ne vous inquiétez pas pour ma vue.
On dit qu?un coq suffit à dix poules, mais pensez-vous que dix hommes suffisent à une femme ?</B>
N?est-ce pas plutôt le contraire ?
Propos recueillis par <B> Fabrice ACQUILINA</B>
<B>Bio express</B>
● Né le 28 janvier 1958 à Rose-Hill.
● Marié, père de trois enfants.
● Ministre du Tourisme et des Loisirs, député et leader du PMXD.
● Expert-comptable de profession.
● Formé à Leeds (Angleterre).
● Péchés mignons : amateur de bon vin et de peinture, il se laisse facilement tenter par une escapade en bateau ou une virée en voiture de sport.
● Surnom : « zaza ».
<B>Ses 5 dates</B>
■ 1958. Naissance à Rose-Hill.
■ 1987. Élu député à 29 ans.
■ 1992. Succède à son père à la direction du PMSD.
■ 1994. Devient ministre de l?Industrie et du Tourisme.
■ 1998. Crée le PMXD.
Publicité
Publicité
Les plus récents