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La 25e heure
Je me demande si l?on ne devrait pas instituer une 25e heure à Maurice ? On la glisserait entre la poire et le fromage, ou bien entre hier et aujourd?hui. Imaginez une heure de plus. Elle nous permettrait enfin de boucler ce qu?on n?arrive pas à faire en temps normal. Comme trouver le temps de se réunir pour parler sucre,par exemple. Vous savez, ce truc qui vous file le diabète et que l?on veut rendre plus diététique, en le dégraissant. Déjà, avoir conscience qu?il y a un « deadline » (voyons, voyons, « deadline », ça veut bien dire date limite, non ?), ça a pris du temps. Alors, se retrouver pour en parler, tout le monde veut bien, mais quand ? D?où l?intérêt de cette 25e heure, sorte d?espace-temps de la dernière chance qui pourrait se révéler idéal pour une rencontre de ce type.
Après tout, depuis que les peuples peuvent disposer d?eux-mêmes, je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas aussi disposer de leur temps. D?autant que tout le monde n?en a pas la même notion : le temps des politiques n?est pas le même que celui des hommes d?affaires. Pour les premiers, le temps, c?est des votes, pour les seconds, c?est de l?argent. Du coup, forcément, l?agenda et les priorités sont différents.
Même chose pour l?Union européenne. Si elle a sa propre notion du temps, bien bon pour elle, mais je ne vois pas pourquoi nous devrions forcément avoir la même. Au nom du respect de la diversité culturelle, Convention ratifiée, je le rappelle, par l?UE et Maurice ? à ce propos, on aurait pu y ajouter aussi le respect de la diversité temporelle, ça n?aurait pas coûté plus cher et aurait évité bien des problèmes ! Ce n?est pas parce qu?elle donne des dates limites qu?on doit obligatoirement les respecter. Est-ce qu?on lui en donne des « deadlines », nous ? Comme disent les Suisses, y a pas le feu au lac ! Tout le monde a bien attendu dix ans avant de réagir, alors, ce n?est pas quelques mois de plus ou de moins qui vont changer quelque chose à l?affaire. De toutes les manières, le sucre, lui, a déjà fondu. Et puis, on sait bien que les décisions prises dans l?urgence, c?est mauvais. Non, il vaut mieux prendre son temps, réfléchir, tergiverser, peser le pour et le contre, est-ce qu?on va demander 2 000 ou 2 500 morceaux de sucre, est-ce qu?il vaut mieux un saupoudrage ou des sucres spéciaux pour nous donner un coup de fouet énergétique ? Ces messieurs de Bruxelles doivent bien comprendre que toutes ces questions méritent bien un certain temps de réflexion. Il faut laisser du temps au temps, disait Mitterrand. Cela dit, à leur décharge, il semblerait qu?ils aient fini par l?admettre puisqu?ils nous auraient, chuchote-t-on, accordé quelques semaines supplémentaires. Les millions sont là ? Ils ont des coffres ? Bon, et bien ils peuvent bien les garder au chaud en attendant? Ce n?est pas parce que Godot n?est jamais venu, que Ramgoolam jouera, lui, aux abonnés absents. Le sucre, c?est un sujet qui poisse. Mieux vaut le prendre avec des pincettes.
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