Publicité
Sida : mieux informer pour prévenir
Dernierement l?association Prévention information et lutte contre le sida (PILS) a communiqué un chiffre au ministère de la Santé : 1,8 %. C?est le taux de prévalence du VIH-Sida à Maurice. Ce qui signifie que 1,8 % de la population adulte mauricienne (15-49 ans) vit avec le virus. Pour rappel, la moyenne mondiale est de 1 %.
Est-ce à dire que les programmes de sensibilisation font défaut ? Des organisations, des associations et les pouvoirs publics luttent contre ce fléau. Pourquoi donc le virus se propage-t-il autant ? Pour Nicolas Ritter de PILS, «les tabous contribuent à la propagation du virus». Le sujet peut parfois gêner le public. Surtout s?il touche à des thématiques telles que la drogue ou la sexualité. «Les programmes d?éducation sexuelle meurent dans l??uf, le ministère de l?Education se rétracte sous la pression des associations de professeurs et de parents d?élèves», se désole Nicolas Ritter.
Selon Stéphane Jauffret-Rezannah, du mouvement de jeunes artistes Les Zarbiens, il y a «un tabou culturel pesant». Le poids de la famille, le regard de l?autre, la stigmatisation dont souffrent les personnes vivant avec le virus, contribuent de manière pernicieuse à entretenir le fléau. Il souligne que Les Zarbiens utilisent leur outil, leur savoir-faire artistique, pour sensibiliser la population. «Nous essayons de mettre l?art au service du social, c?est pourquoi nous avons lancé la campagne Sidatansyon.» Elle est principalement destinée à «la population sexuellement active, les 15-39 ans, celle qui est la plus touchée par le virus».
<B>SENSIBILISATION</B>
Guffran Rostom, avec d?autres étudiants de l?université de Maurice, s?est lancé dans le combat en créant Keep It Safe Society (KISS). Initiative louable mais qui a buté contre la frilosité de la direction universitaire et celle du ministère de l?Education. Pour rappel, interdiction a été faite à l?association de distribuer des préservatifs lors du premier rassemblement. Guffran Rostom regrette «le côté sensationnel de l?affaire car la distribution de préservatif n?était qu?un aspect du message». L?université est un lieu élitiste, qui regroupe 8 000 jeunes d?horizons divers. Pour le fondateur de KISS, «il ne faut pas négliger l?information, la prévention sur le Sida sous prétexte que les étudiants ont un accès plus aisé à l?information».
«La catégorie des 15-24 ans représente un réservoir à surveiller de près. Sexuellement actifs, portés sur les expérimentations (drogues), les jeunes représentent une cible de choix pour le virus».
L?ensemble de la population est concerné par le problème. Il existe cependant, des populations à risque : toxicomanes (la drogue est le mode de transmission dans plus de 75 % des cas), prostituées et prisonniers. Des programmes spécifiques ciblent ces groupes. Nicolas Ritter rappelle qu?un intense lobbying de la société civile a permis d?amender la loi, avec l?adoption d?un HIV Act, pour lutter efficacement contre le virus, chez les toxicomanes notamment. Ainsi, la distribution de seringues propres est actuellement permise. Cependant, Stéphane Jauffret-Rezannah déplore l?interdiction faite aux moins de 18 ans d?obtenir des seringues stériles. «La toxicomanie touche les adolescents, c?est ainsi qu?il y a quelques mois, nous avons pris connaissance de cas chez des collégiens des Plaines-Wilhems», relève Nicolas Ritter.
Concernant les prostituées, il y a, par contre, un réel déficit de sensibilisation. On estime leur nombre à 6 000. Par ailleurs, nombreuses sont aussi toxicomanes. Clairement, il s?agit d?une population où le risque de propagation du virus est considérable. «Les programmes à l?intention des prostituées restent, malheureusement, marginaux», soutien Nicolas Ritter. Seuls l?Aids Unit du ministère de la Santé et PILS ont un petit réseau dans ce milieu. La prévention, la distribution de préservatifs pour les prostituées ne semblent donc pas suffisantes.
Les différents interlocuteurs constatent une féminisation, et surtout, une augmentation des cas chez les jeunes de la maladie. La catégorie des 15-24 ans représente un réservoir à surveiller de près. Sexuellement actifs, portés sur les expérimentations (notamment de drogues), les jeunes représentent une cible de choix pour le virus. Surtout s?il y a un manque d?information.
<B>Evolution des mentalites</B>
Les jeunes représentent une catégorie vulnérable et «peu testée». D?ailleurs, le nombre de tests volontaires est de... 1 000 par an ! La conscientisation des adolescents et des jeunes adultes est un nouveau cheval de bataille. Les Zarbiens visent particulièrement cette tranche de la population à travers une campagne de sensibilisation qui utilise un langage choc et proche des jeunes. Le groupe Rogers, dans le cadre de sa politique de responsabilité sociale, a annoncé son intention de financer des projets de lutte contre le sida, surtout à destination des jeunes à hauteur de Rs 20 millions sur trois ans.
La sensibilisation sur le VIH-Sida est essentielle, d?autant qu?il s?agit de l?un des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Outre les populations «traditionnellement à risque», les programmes mettent l?accent sur les jeunes. Pour les Zarbiens, «le discours est volontairement alarmiste». L?objectif n?est pas de verser dans le sensationnalisme mais de choquer pour conscientiser. Nicolas Ritter corrobore : «On ne peut pas attendre que les mentalités évoluent. Il faut un message fort et une volonté politique plus affirmée.»
<B>Séroprévalence et incidence à Maurice</B>
Le taux de prévalence du VIH-Sida, ou séroprévalence, désigne la proportion d?adultes âgés de 15 à 49 ans vivant avec le virus, sans distinction entre les nouveaux et anciens cas. Le taux de prévalence se cantonne à la population adulte bien que l?Onusida souhaite élargir ce taux à l?ensemble de la population. La séroprévalence est aujourd?hui de 1,8 %.
Ne pas confondre la prévalence avec l?incidence du VIH-Sida, qui est le nombre de nouvelles infections au VIH par an. Le premier cas a été détecté en 1987. Depuis, le virus s?est propagé. On compte actuellement 3 069 porteurs du virus. 215 personnes sont décédées des suites de la maladie. Entre dimanche dernier et jeudi 29 novembre, cinq personnes sont mortes du Sida.
Publicité
Publicité
Les plus récents