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Participer au développement économique

8 novembre 2007, 00:00

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Mardi dernier à l?université de Maurice (UOM), avec simplicité et humour, Joël de Rosnay a initié un auditoire trop peu nombreux, il faut l?avouer, à l?impact des innovations technologiques. Maurice ambitionne de devenir une cyberîle. ?Je suis impressionné du chemin fait par le pays en ce qui concerne la téléphonie, l?internet?, confie Joël de Rosnay. Toutefois, de nombreux services de haute facture peuvent diversifier l?offre existante. Surtout, les innovations technologiques sont une aubaine pour l?entrepreneuriat mauricien. Le pays cherche de nouvelles voies pour poursuivre son développement économique. La recherche scientifique est à considérée dans cette perspective.

Bien entendu, le fossé entre les pays du Nord et du Sud en matière d?innovations, de recherches, est grand. La fracture technologique existe bel et bien. Maurice n?en reste pas moins l?un des oasis du désert technologique africain. ?La veille scientifique est un moyen efficace de se tenir informé des innovations?, rappelle Joël de Rosnay. De capter les brevets, les outils aussi. Sirkissoon Rughooputh, Pro-vice cancelier de l?UOM et responsable Research, Consultancy and Innovation, abonde dans le même sens : ?Pour être innovant, la veille est essentielle.? L?universitaire insiste sur le rôle de l?UOM en la matière. La culture scientifique doit donc être diffusée. C?est déjà là, un premier pas qu?il ne faut pas minimiser. L?UOM est un centre de connaissances et surtout de recherches. Cependant, les crédits pour la recherche sont encore ?trop faibles?, d?où la nécessité de lever des fonds ailleurs et l?importance des partenariats public-privé.

L?axe Ebène-Réduit-Moka devrait être un centre d?excellence de premier ordre en matière d?innovations. Or, la cybercité d?Ebène héberge essentiellement des entreprises (BPO et centres d?appels) plus que des centres de recherches, et l?UOM manque de moyens. Les moyens financiers sont le nerf de la guerre, serait-on tenter de dire. Mais pas seulement. ?Les synergies d?acteurs doivent être développées encore plus?, plaide Sirkissoon Rughooputh.

En fait, le professeur de Rosnay s?attendait plutôt à voir l?émergence d?une technopole. C?est-à-dire un espace polarisant la région alentour par sa capacité de développement et d?innovation. Pour l?instant, on peut davantage considérer la cybercité d?Ebène comme un technopôle. Autrement dit, un pôle d?activité économique, industriel et technologique. La différence est de taille?

Pour Maurice, la gageure est donc de s?inscrire sur la carte, sinon mondiale, au moins régionale, de l?innovation. Les compétences manquent. Les financements aussi. C?est pourquoi Sirkissoon Rughooputh souhaite que le secteur privé se nourrisse de l?innovation, de l?émulation qui naît de la recherche. Dans le même sens, pour Hootesh Ramburn, coordinateur à l?Empowerment Program (EP), ?les produits mauriciens pourront se démarquer s?il y a une interaction suffisante entre le monde de l?entreprise et la recherche universitaire.? Il s?agit d?identifier ne serait-ce qu?un ou deux projets commercialement viables sur la totalité des recherches ou services innovants proposés tant localement qu?internationalement.

Investir dans la recherche

Par ailleurs, Hootesh Ramburn pense que ?l?innovation technologique, à travers les outils qu?elle met à disposition, est un moyen d?aider à la professionnalisation des corps de métiers, notamment dans l?artisanat.? La formation est donc l?une des pierres angulaires de l?innovation. Par l?apprentissage de nouvelles techniques, par l?ouverture à la connaissance scientifique, chacun à son niveau, il est possible d?acquérir des compétences supplémentaires qui font la différence. ?On ne peut considérer la question de manière séquentielle mais globale. Tout est lié?, souligne Hootesh Ramburn. Essentielle, la formation se nourrit de la recherche qui développe de nouvelles connaissances, de nouveaux outils.

Pour le coordinateur de l?EP, il faut ?encourager les investissements dans la Recherche-Développement?. Il n?empêche que c?est ?aux entreprises aussi qu?il incombe de décider d?investir dans les innovations technologiques?, indique Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius (EM). L?économie de la prise de risque ne peut être faite. Elle participe à l?innovation au même titre que la mobilité, les nouvelles tendances managériales visant à créer les conditions permettant de faire naître ?l?intelligence collective?, la veille scientifique ou la prospective systémique ?envisager les scénari futurs en tenant compte des données disponibles.

Amédée Darga est d?avis qu?il n?y a pas eu à Maurice ?de mesures et de moyens volontaires, spécifiques pour soutenir le développement des produits de la recherche et de l?innovation.? Clairement, l?innovation technologique, la recherche doivent faire l?objet d?une politique publique claire et agressive. Si le président d?EM regrette ?le retard de l?innovation pouvant déboucher à la création de nouveaux produits ou techniques innovantes et de l?encadrement national?, il remarque néanmoins des signes positifs pour pallier cela. ?Dans le budget 2007-2008, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a doté EM d?un fonds de Rs 40 millions pour, entre autres choses, soutenir l?innovation.? Par ailleurs, le Mauritius Research Coucil, rattaché au Prime Minister?s Office, ?apporte un soutien considérable à la recherche apte à soutenir le développement économique ou ayant des débouchés commerciaux?.

Aussi bien en matière d?éducation et de formation, de diffusion de la connaissance scientifique et des nouvelles technologiques, de politique publique ou privée, l?innovation nécessite une approche globale et systémique, et surtout volontariste. EM fait partie des structures qui peuvent aider les entrepreneurs à acquérir certaines technologies innovantes pour une meilleure performance. La question de coût est centrale. ?EM peut aider une entreprise qui cherche à innover en apportant son expertise ou en agissant au niveau des ressources humaines ; par la suite pour l?acquisition des moyens physiques, des outils, l?entreprise peut bénéficier d?un apport à son capital jusqu?à Rs 3 millions grâce au Small and Medium Enterprise partnership fund?, nous apprend Amédée Darga. Des leviers existent. L?innovation technologique s?affirme comme le moyen le plus sûr de développer une entreprise.

L?approche en matière d?innovation doit être ?systémique? insiste Joël de Rosnay. On peut faire l?économie de la mise en réseau, des synergies pour aboutir aux ?effets leviers?. Le cercle vertueux, en somme. Pour Joël de Rosnay, ?Maurice doit avoir l?ambition des nouvelles technologies?. Il rappelle aussi que la Cité des Sciences et de l?Industrie, où il travaille à la porte de la Villette à Paris, est prête à s?investir dans une coopération via l?Ambassade de France pour la diffusion de la connaissance scientifique. Il va sans dire qu?une telle coopération est utile tant pour l?intérêt de la connaissance, elle-même, que pour son application pratique. Maurice pourrait ainsi véritablement repenser son parcours de développement, du moins l?écrire de manière innovante.

LA CROISSANCE DU FUTUR

Les quatre technologies

■ Pour la croissance d?un pays, Joël de Rosnay identifie quatre grands domaines d?innovations technologiques. Il s?agit des infotechnologies, des biotechnologies, des nanotechnologies et des écotechnologies.

Les infotechnologies regroupent l?ensemble des innovations liées à l?informatique. A ce titre l?internet est devenu un ?fédérateur mondial mettant en relation plus d?1,2 milliard d?internautes à travers le monde?. Ce qui fait dire à Joël de Rosnay que l?on est passé d?une technologie de l?information et des communications à une technologie de la relation. Le scientifique français d?origine mauricienne a présenté ce qu?il juge être une révolution technique: l?imprimante en trois dimensions, autrement dit la possibilité d?imprimer des objets ! Par la polymérisation du plastique liquide suite à la numérisation des données (dimensions, formes?) d?un objet telle qu?une brosse à dents, cette imprimante peut reproduire un objet aussi bien en plastique qu?en alliage métallique.

Le développement des biotechnologies qui s?attachent au vivant, aux cellules, a permis l?avancement de la médecine notamment. C?est grâce à la biotechnologie qu?il a été possible de décoder les 30 000 gènes humains. L?ingénierie tissulaire s?inscrit dans ces innovations technologiques. Elle permet de faire repousser des organes grâce à la culture de cellules embryonnaires évitant ainsi, dans certain cas, des greffes. Reste que dans ce domaine, des précautions éthiques ont du être prises. L?idée d?un ?medical hub? a un temps été évoquée. Les biotechnologies seraient nécessaires à l?émergence d?un tel secteur.

Joël de Rosnay a averti contre le ?double tranchant? des nanotechnologies. Discipline encore jeune et transversale, les scientifiques ne s?accordent pas encore totalement sur sa définition. Si le professeur de Rosnay cite l?exemple de nanopuces capables de dépister certains cancers ou celui des systèmes de sécurité à reconnaissance digitale ou occulaire, il rappelle le risque de la traçabilité. ?Big Brother peut se réveiller?, plaisante-t-il.

C?est surtout dans le domaine des écotechnologies que Maurice a une carte à jouer. Les énergies renouvelables ont le vent en poupe. L?écocitoyenneté s?affirme. Le but est aussi de trouver des alternatives aux ressources énergétiques traditionnelles, non-renouvelables et polluantes. Maurice peut développer l?énergie thermique solaire ou photovoltaïque, l?énergie hydroélectrique, éolienne et surtout une énergie propre utilisant l?une des richesses traditionnelles du pays, la canne. Il s?agit de la biomasse, l?ensemble des végétaux. Par des procédés physico-chimiques (le procédé inverse de l?électrolyse) il est possible de fournir de l?électricité (grâce à l?hydrogène, le gaz) et de l?eau. En bref, la petite île Maurice qui doit supporter une pression anthropique de plus en plus forte ? surtout si l?on tient compte des aspirations touristiques à 2015 ? a tout intérêt à développer cette énergie renouvelable. L?industrie sucrière peut trouver là, un créaneau de reconversion à creuser davantage. Les installations sont cependant coûteuses.

En bref, Joël de Rosnay a présenté les technologies du futur. Maurice a tout intérêt à parier dessus, dans les niches qui lui sont accessibles, pour soutenir sa croissance économique et poursuivre sa transition? en tenant compte de son environnement pour que ?l?écocitoyen prenne le pas sur l?égocitoyen?.

QUESTIONS A? INDUR FAGOONEE,

Professeur et vice-chancelier de l?UOM

Joël de Rosnay disait hier que l?UOM a un rôle important à jouer dans la diffusion de la culture scientifique. Comment répondre à cette invitation ?

L?UOM contribue déjà à la promotion de la culture scientifique à Maurice. La première édition de la Fête des sciences a été organisée par l?UoM en 1996. Plus récemment, avec le soutien du Mauritius Research Council, l?université a développé un portail de ressources scientifiques destinées aux écoles secondaires. De nombreux enseignants-chercheurs de l?UOM sont régulièrement sollicités par le Rajiv Gandhi Science Centre pour leur expertise et leur soutien actif. Ils contribuent aussi à la vulgarisation scientifique par le biais des médias (presse écrite et parlée). L?université est, bien sûr, partante pour s?associer avec d?autres partenaires pour accroître le rayonnement de la culture scientifique à Maurice.

Quelles sont les initiatives prises par l?UOM pour la promotion des nouvelles technologies ? S?affirmera-t-elle comme une pépinière de compétences sur lesquelles le pays peut compter ?

L?UOM est déjà très active dans le domaine des infotechnologies comme outils indispensables pour un enseignement moderne et de qualité à une population estudiantine croissante. Le Virtual Centre for Innovative Learning Technologies (VCILT), dans le contexte du Life Long Learning Cluster, oeuvre pour le développement des nouvelles technologies en partenariat avec des sociétés mauriciennes et étrangères implantées à la cybercité. En particulier, le VCILT a été impliqué, dès son origine, dans le mouvement des ressources éducatives ouvertes et en ligne en partenariat avec le Mauritius Institute of Technology. Il a été aussi un des moteurs avec le Commonwealth of Learning (COL) de la mise en oeuvre de l?université Virtuelle des petits Etats du Commonwealth. Sur le plan régional, le VCILT est mandaté par le Common Market for Eastern and Southern Africa pour développer une plate-forme d?enseignement en ligne.

Par ailleurs, l?UOM offre une gamme étendue de formation à différents niveaux (du diplôme au doctorat) pouvant répondre aux besoins nationaux dans les domaines émergents liés aux infotechnologies. En 2006, l?université a créé le premier pre-incubateur destiné à agir précisément comme pépinière de compétences dans le domaine des technologies émergentes.

Peut-on espérer l?émergence d?une véritable technopole à Maurice ?

La mise en place d?une technopole classique est difficile à envisager à Maurice pour l?heure dans la mesure où toutes les conditions ne sont pas nécessairement réunies. Toutefois, Maurice pourrait envisager de définir un modèle plus adapté au contexte local, hybride de parc scientifique et de parc technologique. Un tel parc est évidemment souhaitable à Maurice mais ne devrait pas se limiter aux seules infotechnologies mais s?étendre à d?autres technologies intéressantes pour Maurice. Il s?agit notamment de contribuer à aider le pays dans la reconversion de son économie.

Les innovations technologiques nécessitent des moyens. Les partenariats public-privé sont-ils une des clés pour la concrétisation de projets novateurs ?

Rappelons que Maurice est parmi les pays ou l?investissement privé dans le R&D est le plus faible (R&D expenditure : 0.3% of GDP, 13th out of 15th Upper Middle Income developing countries, World Bank report 2006). Par conséquent, il est crucial de renforcer les collaborations public-privé. A cet égard, l?UOM a mis en place récemment un certain nombre de formations en alternance et en partenariat entre l?Empowerment Programme et des sociétés de la cybercité.

Que pensez-vous de la co-éducation citoyenne participative ? Est-elle envisageable à Maurice dans l?état actuel des choses ou faudrait-il adopter une approche nouvelle ?

C?est souhaitable ; cependant nous n?y sommes pas préparés. Il nous faut d?ores et déjà sensibiliser les gens dans les écoles ? grasssroots ( bottom up approach).

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