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Derrière l?ouverture de l?actionnariat
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Derrière l?ouverture de l?actionnariat
<B>Par Nazim ESOOF</B>
C?est le propre d?un certain discours syndical. C?est le désengagement de l?Etat de certaines activités économiques. Le phénomène est immédiatement assimilé à la privatisation en cours. C?est l?Etat qui se retire, déclare-t-on, au profit du marché. D?une part, on met l?accent sur la nécessité du gouvernement d?intervenir afin de protéger les intérêts économiques des citoyens. D?autre part, on le fustige pour son incapacité à encourager une bureaucratie ambiante. Le discours est contradictoire. Et il illustre aujourd?hui, la difficulté de l?Etat à conjuguer sa mission régulatrice et sa fonction tutélaire.
Dans un contexte économique délétère, les attentes sont multiples. Les opérateurs et les acteurs du marché souhaitent voir un Etat moins interventionniste et plus facilitateur. Mais ce terme de facilitateur recouvre plusieurs acceptions. A Maurice, la reproche souvent faite à ce chapitre est celle qui pose l?Etat comme une manne qui sert à donner des incitations et à assainir les difficultés. C?est un discours qui a un fondement. L?Etat, après l?indépendance, a soutenu les efforts de la communauté des affaires. Même s?il est vrai que ce soutien n?avait rien d?idéologique, voire raciale, il n?en demeure pas moins qu?il a surtout profité à une classe d?affaires issue de la bourgeoisie historique, celle-là même qui avait assis son pouvoir à l?ère coloniale. Les donnes ont pris du temps à changer. Et c?est un fait, aujourd?hui, que cette réalité socio-historique continue à poser problème. L?Etat, que ce soit à cause des visées populistes ou des intentionnalités de social-démocratie, met en scène un discours résolument social.
L?économie a ses impératifs mais le social aussi. L?action sociale, aujourd?hui, est largement desservie par un Etat ? providence qui fonctionne à rebours de ses objectifs. Les premières remises en cause du système sous l?ancien gouvernement avaient provoqué un tôlée. Le ciblage est revenu dans l?actualité avec un ministre des Finances convaincu que les aides de l?Etat ne doivent aller qu?à ceux qui le méritent vraiment. Mais on peut comprendre qu?il rencontre une forte résistance au sein de sa propre majorité. Un discours si difficile à réconcilier avec des précédentes initiatives surtout lorsqu?on sait que la première action de ce gouvernement a été d?octroyer le transport gratuit aux collégiens et aux personnes âgées?
Désormais, il y a une réelle difficulté à matérialiser le discours sur l?ouverture de l?actionnariat. Entre les efforts pour une représentation du ?peuple? au sein des conseils d?administration, l?actionnariat salarié et une ouverture du capital des entreprises publiques, il y a un ?culbuto? dont l?Etat arrive difficilement à s?en faire l?apôtre. Il y a un double objectif à atteindre. D?une part, préserver les intérêts des citoyens ? consommateurs et, d?autre part, assurer une redistribution plus efficace des bénéfices des entreprises.
Dans un entretien accordé à l?express en date du 17 octobre dernier, Marcello Leung, partenaire chez Ernst & Young expliquait bien la situation mauricienne. ?A Maurice, les grands groupes appartiennent, historiquement, à certaines familles. Il y a eu un début d?ouverture de l?actionnariat avec l?entrée en opération de la Bourse. Pour obtenir une cotation, une société doit mettre au moins 25 % de ses actions sur le marché boursier et avoir au minimum 200 actionnaires. Il faudrait élargir ces critères et démocratiser davantage l?actionnariat?, déclarait-il à cet effet.
L?actionnariat familial a constitué pendant des années un patrimoine colossal. L?actionnariat managérial, pour sa part, prend son temps avant de se mettre en place. C?est, en fait, un processus de changement qui a touché le capitalisme à travers le monde. Mais, on est à Maurice. Et ici, la modernisation prend un peu plus de temps pour se réaliser.
C?est donc une question de culture mais aussi de génération. Faute de compétences avérées, le capitalisme, celui qui est soutenu par des clans familiaux, est appelé à se renouveler. C?est à cet exercice que le pouvoir politique s?est attelé durant ces dernières années. Alors qu?au sein du secteur concurrentiel, toute une nouvelle terminologie s?est développée afin d?accélérer le processus. Tout le discours sur l?éthique, la bonne gouvernance, la responsabilité sociale et la transparence, entre autres, tend en ce sens. Ce sont autant de défis auxquels est confronté le monde des affaires mauricien. L?ouverture de l?actionnariat n?est qu?une problématique. Centrale sans doute mais pas la seule.
Dans cette ambition de faire émerger une nouvelle classe moyenne, voire de renforcer l?existante, qui elle-même périclite, la hiérarchie politique est entrée dans un rapport de force avec la hiérarchie économique. A ce jour, malgré les bonnes intentions, ce sont les salariés qui sont toujours les plus menacés. Derrière les politiques sociales, regroupées sous le chapeau de l??Empowerment programme?, et la détermination de l?Etat d?être moins tutélaire, se dessine une nouvelle ambition. D?une part, celle de sortir les salariés de la fatalité de la dépendance. Et, d?autre part, celle de créer les conditions pour qu?émerge une nouvelle classe d?entrepreneurs. Les objectifs sont nobles, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de les atteindre.
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