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Lait : l?autosuffisance, sinon rien
Un survol du secteur de la production laitière à Maurice a des allures de mauvais rêve. Celui de la pénurie de lait en poudre, un produit auquel presque la totalité de la population s?est accoutumée, à laquelle nous venons d?échapper. Mais au fond, c?est là l?un des aspects de notre trop grande dépendance de sources étrangères d?approvisionnement et qui nous jouera d?autres mauvais tours à l?avenir. Si on ne réagit pas?
Les faits parlent d?eux-mêmes. Depuis 40 ans, le secteur de la production laitière a fait l?objet de nombreuses études, dont Dairying in Mauritius, réalisée par le Dr Milliken au début des années 60. Le processus de développement de ce secteur à court et moyen termes, comme en témoigne Milk Sector Development, do-cument rédigé par les chercheurs du Food and Agricultural Research Council (Farc), a été caractérisé par un souci de le préserver du déclin.
Si Maurice s?oriente vers son auto-suffisance partielle ou totale en lait, ce n?est que dans huit ans, soit en 2015, qu?elle parviendra à satisfaire 10 % seulement de sa consommation. Le reste sui-vra dans 80 ans !
« Il existe des opportunités pour nous permettre de réduire notre dépendance des sour-ces d?approvisionnement étrangères », devait indiquer Arvin Boolell, ministre de l?Agro-industrie, lors d?une fonction organisée en août au Farmers?Service Centre de St- Pierre par la Hindu Business Chamber.
L?intérêt des gros investisseurs
Comme quoi, à quelque chose malheur est bon, comme dit le proverbe. En effet, la pénurie de lait en poudre a contribué, dans une certaine mesure, à rapprocher, ou à réconcilier bon nombre de consommateurs avec le lait frais. Et vu l?intérêt grandissant que portent certains opérateurs, dont des grandes surfaces et des directeurs d?hôtels pour ce produit, ce marché est en pleine expansion.
Il faut savoir que ce lait est vendu à Rs 25 ou Rs 30 le litre aux opérateurs privés, contre le prix garanti de Rs 12,50 de l?AMB. Cet organisme envisage de ne plus collecter le lait des petits éleveurs.
Toutefois, Prakash Buckhory, lui-même éleveur et membre de la Cow Breeders? Cooperative Society Ltd à Nouvelle-Découverte, et Tejsingh Bhagwan, qui est dans le même secteur et qui est président de la Northern Livestock Cooperative Society, sont d?avis que les petits éleveurs auront encore besoin de l?appui de l?AMB.
Le développement de ce secteur reposera donc en grande partie sur l?intérêt que lui portent des gros investisseurs. Au moins cinq opérateurs ont exprimé le désir d?y investir. « Une des leçons que nous pourront tirer de la récente pénurie de lait en poudre, c?est le fait que la disponibilité des devises n?est pas une garantie contre l?insécurité alimentaire. D?où la nécessité de tout mettre en ?uvre pour s?assurer que les projets susceptibles d?amener à l?autosuffisance aboutissent », soutient Jairaj Ramkissoon, directeur général du Farc.
QUELQUES CHIFFRES?
En 2000, il y avait 2 500 agriculteurs pour 9 600 têtes de bétail. Ce chiffre est passé à 1 700 pour 5 800 en 2006. La production laitière est passée de 5 millions à 3,5 millions de litres. Pour produire 20 millions de litres de lait en 2015, le cheptel devrait passer à 6 000 têtes.
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