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Héros des uns, bourreau des autres

6 octobre 2007, 20:00

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Il menait ses enquêtes tambour battant. Prem Raddhoa était connu non seulement pour avoir élucidé des crimes tristement célèbres, mais aussi pour ses interrogatoires serrés. Adeptes de méthodes musclées et prêtant à controverses, le bouillant chef de la Major Crimes Investigation Team (MCIT) est décédé à deux ans de la retraite, en Afrique du Sud où il devait assister à une conférence internationale. Aussi bien adulé que détesté, le surintendant de police, n?aura laissé personne indifférent.

Prem Raddhoa était ce que l?on pouvait qualifier d?un flic de la vieille école. Doté d?un flair hors du commun, ce policier avait su s?entourer d?un réseau d?informateurs bien garni et d?une équipe dont les membres lui étaient totalement dévoués. Raddhoa était sur tous les fronts. Il ne se passait pas une semaine sans que son équipe procède à une arrestation dans une quelconque affaire criminelle.

<B>Il défiait ouvertement les hommes politiques</B>

Ses proches et ses détracteurs lui reconnaîtront au moins une chose : Hurrydeo Raddhoa a résolu de nombreuses affaires criminelles restées longtemps non élucidées, dont celle d?Ouma Ujoodha et de Nisha Veeranah. Ces succès, et quelques autres, lui ont valu de se bâtir une solide réputation de policier acharné. Le chef de la MCIT disait d?ailleurs à qui voulait l?entendre qu?il n?avait jamais arrêté un innocent.

Raddhoa était également sans conteste le défenseur des causes médiatiques. Affaire Bassin-Blanc, meurtre de Nadine Dantier, disparition d?Akmez Aumeer, plus que de simples enquêtes, c?était pour lui l?occasion de montrer qu?il était un flic hors pair. Cette obsession aura quelquefois mis en doute sa fiabilité quand, à trop vouloir faire parler de lui, il recourait aux effets d?annonces, déclarant qu?il procéderait à l?arrestation d?un ou de plusieurs suspects dans une enquête quelconque.

À vouloir toujours se mettre en avant, Prem Raddhoa ne s?est pas fait que des amis, tant dans l?opinion publique que dans les rangs de la police. Nombreux étaient ceux qui lui reprochaient de toujours attirer sur lui la couverture médiatique quand aboutissait une enquête. Ce dont il ne s?est jamais vraiment défendu.

L?on se souvient encore de ses déclarations tonitruantes sur les ondes des radios privées et dans les colonnes des journaux. Il n?hésitait pas à défier ouvertement les hommes politiques ou à parler librement de ses enquêtes. Il fut d?ailleurs l?un des seuls policiers mauriciens à ne jamais s?embarrasser de permissions pour s?adresser à l?opinion publique. « Ou bizin touzour dir ce ki ou penser », disait Raddhoa.

<B> « On préfère venir voir Dieu directement » </B>

C?est ce qui lui a sans doute valu beaucoup de problèmes. L?homme se savait populaire et en tirait une certaine légitimité. Quand on l?interrogeait sur ce succès populaire, il répondait, sûr de lui : « On préfère venir voir Dieu directement. » Les gens, quels que soient leurs problèmes, s?adressaient, en effet, directement à lui. Les allées et venues, dans son bureau de la CID de Curepipe ou encore au siège de la MCIT, aux Casernes centrales, ne s?arrêtaient pour ainsi dire jamais. Et à chacun d?entre eux, Raddhoa promettait de l?aide. Une promesse qui aura, selon ses proches, finalement eu raison de sa santé. Il incarnait pour de nombreux Mauriciens l?espoir de voir aboutir l?enquête sur la mort d?un de leurs proches. Et avec la mort de Prem Raddhoa, c?est un peu de cet espoir qui s?en est allé.

Même s?il était un policier aux résultats incontestables, Raddhoa a, tout au long de sa carrière, traîné une réputation de flic aux méthodes peu orthodoxes.

En témoignent les innombrables plaintes portées à son encontre par des suspects malchanceux ou des témoins qui ont eu le « malheur » d?être interrogés par lui ou son équipe. Ces entorses aux droits de l?homme lui ont valu d?être en conflit avec de nombreux hommes de loi avec qui les relations étaient très tendues.

Imperturbable, Raddhoa a toujours rejeté ces accusations, expliquant qu?il s?agissait de vulgaires ruses visant à le discréditer et à nuire à ses enquêtes. Rien n?est moins sûr. Bien que mis à l?index à de nombreuses reprises, le chef de la MCIT a toujours réussi à faire face. Du moins jusqu?au décès de Rajesh Ramlogun, alors placé en détention policière. Certains de ses proches collaborateurs diront plus tard que le décès de cet homme aura profondément marqué Prem Raddhoa.

Les méthodes musclées du chef de la MCIT, et de ses hommes, lui ont valu d?être craint par certains et détesté par d?autres. D?ailleurs, Prem Raddhoa avait à de multiples reprises reçu des menaces de mort et avait même, pendant un temps, bénéficié d?une protection rapprochée. Et quand l?un de ses frères avait été agressé, Raddhoa en avait fait une affaire personnelle, voyant dans cette agression « gratuite », un moyen de l?atteindre.

Raddhoa s?est attiré pendant longtemps l?animosité et la ranc?ur de gens qui ont eu affaire à lui. En témoignent les pétarades déclenchées en face de sa maison par des énergumènes, alors que son corps venait d?arriver pour la veillée mortuaire.

Les « frasques » du bouillant surintendant de police ont, par ailleurs, coûté cher au contribuable. L?État s?est ainsi vu contraint de payer la somme de Rs 400 000 au couple Desmarais parce que Raddhoa et son équipe avaient appréhendé à tort Martine Desmarais dans l?enquête sur le meurtre de Vanessa Lagesse. Prem Raddhoa, diront certains, aura perdu tout bon sens dans des enquêtes comme celle sur le meurtre de la styliste Vanessa Lagesse où il s?était juré de démontrer la culpabilité de Bernard Maigrot.

<B>Le mythe Raddhoa est né... </B>

Côté politique enfin, Prem Raddhoa ne cachait pas sa proximité avec Navin Ramgoolam qui lui avait d?ailleurs donné carte blanche pour mener ses enquêtes. Ainsi auréolé par la bénédiction du chef de l?État, Raddhoa avait toute latitude pour diriger son équipe comme il l?entendait.

Dans une de ses nombreuses interviews, le chef de la MCIT s?était même targué d?avoir été invité à rejoindre le Parti travailliste. Jamais un officier de police n?avait affiché aussi ouvertement sa couleur politique. Et cette posture, ce n?est un secret pour personne, était destinée à isoler encore un peu plus le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. Qui plus est, le surintendant de police ne cachait pas son souhait de prendre un jour la place de ce dernier et devenir ainsi commissaire de police. Ce conflit entre Prem Raddhoa et la hiérarchie n?était pas sans causer un malaise chez certains hauts gradés de la police qui y voyaient une justice de deux poids et deux mesures.

Mais maintenant que l?encombrant surintendant de police n?est plus, nombreux sont ceux à se bousculer aux portes en espérant se voir offrir une promotion. Une page de l?histoire de la police s?est donc refermée. Le mythe Raddhoa est né?

<B>Raddhoa en dates</B>

■ <B>12 novembre 1949 : </B>

Naissance de Prem Raddhoa

■ <B> 1972 : </B>

Il est employé comme gardien de prison.

■ <B> 1986 à 1991 : </B>

Après avoir intégré la force policière et pris du galon à la Police Riot Unit (PRU), il est affecté à l?Adsu.

■ <B> 1992 : </B>

Il est muté à la CID de Beau-Bassin où il travaille jusqu?en 1995. Son équipe et lui sont transférés à la CID de Curepipe par le commissaire de police Raj Dayal suite à plusieurs plaintes portées contre les méthodes « musclées » de l?équipe de Prem Raddhoa.

■ <B> 1997 : </B>

Après la démission de Raj Dayal, Raddhoa est transféré de la CID de Curepipe à la police régulière. Il travaillera notamment à Baie-du Tombeau, Terre-Rouge et Vallée-Pitot.

■ <B>2000 : </B>

Il retourne à la CID de Curepipe après les élections générales où il s?illustre dans de nombreux cas d?assassinat.

■ <B> 16 octobre 2001 : </B>

Il est transféré au garage de la Special Mobile Force.

■ <B> 2005 : </B>

Il revient sur le devant de la scène et est promu chef inspecteur avant de se voir offrir le titre de surintendant de police. Il est nommé à la tête de la MCIT, de la Police des jeux, de l?Anti Piracy et de l?Adsu.

■ <B> 2007 : </B>

Il succombe à un infarctus à sa descente d?avion à Pretoria, Afrique du Sud, alors qu?il se rendait à une conférence internationale sur le blanchiment d?argent.

Réactions

<B> Jean-Claude Bibi : </B>

« J?ai de la sympathie pour la famille de Prem Raddhoa mais ce n?est pas le moment d?être hypocrite. Je ne garde aucun bon souvenir du surintendant de police. J?ai entendu cette semaine beaucoup d?éloges à son égard, mais il m?est impossible de me joindre à ce cortège. Plusieurs collègues du barreau et moi avons plus que suffisamment de preuves pour démontrer que les méthodes de la MCIT sont violentes. Ce qui a fait beaucoup de torts à des détenus, des suspects et des témoins dans des affaires criminelles. Et s?il y a eu autant de violence, c?est également grâce à la lâcheté de la Commission des droits de l?Homme. »

<B> Nazlin Aumeer : </B>

« J?ai vraiment de la peine pour sa famille et je prierai pour lui. Prem Raddhoa a compris ma douleur et il a toujours fait de son mieux pour tenter de retrouver mon fils. C?était un homme qui avait beaucoup d?enquêtes en cours, mais il a toujours trouvé du temps pour essayer de faire avancer l?enquête sur la disparition de mon fils. Mais cinq ans se sont écoulés et je n?ai plus d?espoir de revoir mon fils un jour. »

<B> Bindu Ramlogun : </B>

« Je suis triste pour sa famille et je comprends la douleur de sa femme. Ceci dit, je ne pourrai jamais oublier que c?est à cause de son équipe et lui que je suis veuve aujourd?hui. La seule erreur de mon mari a été d?être interrogé par Prem Raddhoa et ses hommes. Ils ont pris la vie de mon époux et ça, je ne peux pas le leur pardonner. Tout ce que je peux dire, c?est que je vais prier pour sa femme et ses enfants qui se retrouvent aujourd?hui dans la même situation que moi. »

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