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Enfants battus :Prévenir le pire

7 octobre 2007, 00:00

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Enfants battus :Prévenir le pire

Cela fait froid dans le dos? Depuis un an, ce médecin de la santé publique a vu défiler dans son service trois enfants en bas âge, vraisemblablement maltraités par des pro-ches. Fractures, ecchymoses sur le corps, et traumatismes crâniens sont le lot de ces petits à peine venus au monde et déjà victimes de mauvais traitements.

« Je suppose, et je suis bien triste de le dire, que ce n?est que la partie visible de l?iceberg. Mes collègues spécialistes doivent en voir tout autant », soupire-t-il.

Le médecin se dit révolté par cette situation, surtout qu?il a l?impression que les autorités font preuve d?un manque de discernement total. « Après le décès de Nischaye Buddea, un bébé de 16 mois et admis dans un état comateux au service de neurologie de l?hôpital Victoria en avril, on se serait dit que plus jamais cela ne devrait se reproduire. Or, nous sommes loin du compte. »

Il y a ce petit bonhomme de deux ou trois ans qui a attiré son attention il y a quelque temps. « Il a été vu par un de mes collègues pédiatres une première fois. Il souffrait de fractures multiples et présentait des symptômes d?un enfant battu. La Child Development Unit (CDU) a alors été alertée? » Mais l?enfant sera emmené de nouveau à l?hôpital par sa famille des mois plus tard, avec d?autres problèmes de santé. Cette fois, un neurochirurgien examine l?enfant qui présente des blessures à la tête.

« Lorsque je l?ai vu à mon tour, j?ai constaté d?après son dossier qu?il a dû être admis à l?hôpital à plusieurs reprises. On mentionnait aussi qu?il avait été référé à la CDU. Je me demande ce qu?on attend pour le mettre dans un abri. Je ne sais dans quel état il sera la prochaine fois », fulmine-t-il.

<B>Des failles dans le système</B>

Allusion faite encore une fois au petit Nischaye Buddea, enfant maltraité qui n?a pu être protégé parce que « le département concerné n?a pas fait son travail comme il faut », souligne Karuna Chooramun, la responsable de la CDU. Il faut alors se rendre à l?évidence. « Les lois existent pour protéger les plus faibles. Pourquoi n?y parvient-on pas ? », demande le médecin.

Rita Venkatasamy, responsable de la Cedem, tente d?y répondre. Elle explique que les échecs sont le résultat de failles qui existent dans le système à différents niveaux. « Lorsque c?est un des parents qui est l?auteur de l?abus, il faut que ce soit une tierce personne qui le dénonce. Or, de peur de subir les foudres de la famille, personne ne prend l?initiative de rapporter le cas. Les gens ignorent encore de nos jours que personne ne saura qui a dénoncé, puisqu?ils ne sont pas tenus de révéler leur identité à la CDU. »

La tendance, à l?étranger, penche vers la réconciliation. Suivant les cas, on donne une seconde chance à la famille biologique de se rattraper. Et pour s?assurer qu?elle ne dérape pas, on lui con-seille de se faire encadrer par un psychologue payé des deniers de l?État.

Mais parfois, la réconciliation tant escomptée n?arrive pas. Et c?est l?escalade. « Les autorités ne peuvent alors qu?émettre un Emergency Protection Order. » Il est souvent trop tard, puisque l?enfant gardera des séquelles psychologiques tout au long de sa vie. Placé dans un shelter, il est alors loin d?être tiré d?affaire. Si la cour n?a pas les informations qu?il faut à son sujet, elle risque alors de prendre la décision de le replacer au sein de sa famille, tout en recommandant que l?enfant soit suivi régulièrement par des officiers de la CDU.

<B>Faire face à leur comportement</B>

Tous ceux qui connaissent les réalités du terrain diront le manque flagrant d?accompagnateurs et de travailleurs sociaux, si essentiels dans ce genre de situation.

« Pour le moment, nous faisons du management by crisis. On attend que le feu éclate pour agir. Or, la prévention est cruciale quand il s?agit d?enfants maltraités », poursuit Rita Venkatasamy. En France, ajoute cette dernière, des enfants soupçonnés d?avoir été battus mais qui ont été replacés dans leur famille, sont régulièrement suivis par l?assistance sociale. « Les parents sont amenés à regarder en face leur comportement violent. Les assistantes sociales les encadrent et leur apprennent à gérer leur condition de parents. Ils apprennent qu?il y a d?autres moyens à part la violence pour discipliner un enfant. »

C?est ce que le Parenting Programme tente d?inculquer aux parents des quartiers difficiles actuellement. L?année prochaine, un Parenting Guide, manuel qui aidera les parents à assumer leur rôle, viendra compléter cette initiative qui, on le souhaite, mettra un frein à la maltraitance des enfants.

<B>La parole à la CDU</B>

Karuna Chooramun, responsable de la Child Development Unit (CDU), explique le fonctionnement des lois et institutions chargées de protéger les enfants victimes de maltraitance et d?abus divers. Pour elle, la garde d?un enfant est retirée à ses parents dans des conditions spécifiques. « On le fait si nous soupçonnons que l?enfant subit le moindre mauvais traitement. Et il existe des signes qui ne trompent pas. À l?apparence physique, on sait si un enfant est battu, mal nourri ou négligé. Nous regardonssi l?environnement où il évolue est propice à son développement physique et psychique. » Ainsi, des parents qui se droguent ou qui sont alcooliques, des personnes qui mènent une vie de débauche ne peuvent pas s?occuper d?un enfant, selon elle.

« Nous emmenons alors ce dernier dans un des shelters. » Mais il peut arriver que la CDU choisisse de laisser l?enfant auprès de ses parents. « Nous nous basons alors sur les conclusions d?un psychologue qui, après s?être entretenu avec eux, pourra dire quelle est la meilleure solution pour l?enfant. Il arrive aussi que les parents regrettent leur geste. Il leur faut tout de même un encadrement. C?est pour cela que nous leur demandons de venir à un Family Support Bureau pour des conseils. »

Malheureusement, il arrive que des parents, connus pour être violents, obtiennent à nouveau la garde de leurs enfants après décision judiciaire.

Et ce malgré l?avis défavorable de la CDU. C?était le cas de Nischaye Buddea. « La CDU avait recommandé au magistrat que cet enfant ne devrait pas être renvoyé auprès de ses parents, mais placé dans un shelter et l?enquête policière n?était pas terminée. Mais la cour n?a pas pris en compte l?avis de la CDU. Et il n?était pas de notre ressort de contester cet ordre. La cour a quand même demandé à ce que des visites soient faites au domicile du petit. » Mais ces visites n?allaient pas être régulières. « Nous ne pouvions y aller tous les jours. Nous manquions de ressources humaines, mais nous avons fait de notre mieux. Je reconnais toutefois que ce n?est pas normal comme policy. C?était au département concerné de bien faire son travail? »

Pour essayer de sensibiliser les parents en amont, le ministère des droits de la Femme a lancé un Parenting Programme en mai.

« Nous avons déjà fait cinq consultations dans l?île pour développer un manuel de formation pour les community leaders, qui sera lancé l?année prochaine. Ils seront alors formés pour aider les gens à gérer les problèmes liés à leur condition de parent. Les temps ont changé, et les enfants ont évolué, d?où les nombreuses frictions entre parents et enfants. Le Parenting Programme devrait les aider à s?adapter? »

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