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Quand le touriste doute

7 octobre 2007, 00:00

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Chaque année, parmi le flot de touriste regagnant leur pays, conquis par la beauté du pays, se cachent quelques-uns qui emportent des souvenirs mitigés. Ici ce sera un couple choqué par le corail mort dans le lagon de Grand Baie. Là deux Belges, s?offusqueront de la propension des Mauriciens à salir leurs plages. Un Italien pensera ailleurs que Maurice n?a décidément pas compris l?importance de pourvoir ses plages en aménités convenables. Vu l?état pitoyable des toilettes et douches de nos plages publiques.

Malheureusement, le souvenir pourra être autrement plus douloureux quand c?est celui d?une agression ou d?un vol qu?un couple ramène dans ses bagages. Nous avons donné la parole aux touristes. Pour qu?ils nous disent eux-mêmes ce que la destination Mauice doit améliorer dans son offre.

Au moment où le pays ambitionne d?accueillir 2 millions de visiteurs d?ici quelques années et de se parer d?un label de Green Island, les doutes du touriste éclairent. Et permettent aux autorités d?expliquer comment elles comptent procéder pour que l?île préserve son cachet et sa réputation de paradis.

Elisabeth et Frank Chauprade, deux touristes français, ont connu d?autres destinations telles que la Thaïlande, le Sénégal, Chypre, ou encore la Malaisie, et en sont à leur première visite à Mau-rice. Ce soir-là, ils regagnent leur appartement en marchant le long de la route côtière. Un homme les interpelle, en insistant pour qu?ils lui achètent un collier car il a besoin de l?argent pour rentrer chez lui. Puis, l?individu devient menaçant et agressif.

<B>Avoir une île à 100 % sûre</B>

Les Chauprade n?ont alors pour seule défense que leur silence, espérant que la raison l?emportera sur les caprices de cet énergumène. Ce dernier finit par les laisser. Imaginez un instant que cet individu en soit venu à agresser ce couple. Quelle image de Maurice auraient-ils gardée ?

La sécurité du touriste sur les plages et ailleurs est un des défis auxquels l?industrie doit s?attaquer. Même si, à la base, la protection des touristes est la prérogative de la police, Subash Seeruttun, directeur général de la Beach Authority (BA), organisme chargé depuis 2002 de la gestion de nos plages publiques, estime que la question de la sécurité doit être à la mesure de nos ambitions touristiques.

« Je suis convaincu que la présence d?une police des plages, appelons-la comme ça, serait d?un apport considérable. On pourrait avoir recours à des agents en civil qui se mêleraient à la population et veilleraient au grain. La sécurité du touriste ne relève pas seulement de la police ou de la Beach Authority. C?est l?affaire de tous les Mauriciens. »

Pour Patrice Legris, directeur de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim), il est nécessaire d?investir pour se donner les moyens d?avoir une île à 100 % sûre pour les visiteurs étrangers. « Nous travaillons en collaboration avec la police du tourisme et la Tourism Authority. Il existe aussi un comité de sécurité placé sous l?égide du bureau du Premier ministre. »

<B>La sonnette d?alarme</B>

Pour de nombreux touristes, les plaisirs de la plage s?arrêtent avec la tombée de la nuit. S?ils veulent aller au-delà, c?est souvent à leurs risques et périls. Nombreux sont, en effet, les cas d?agression qui surviennent une fois l?obscurité installée. Des policiers qui patrouillent en 4x4, c?est bien, mais des agents de proximité en civil qui circulent à pied ou, pourquoi pas, utilisent des chevaux pour se déplacer, c?est certainement mieux.

Autre raison qui laisse planer des doutes sur la réalisation de nos ambitions, c?est l?incapacité à protéger nos plages et nos lagons de la pollution, résultant souvent de la négligence de nos concitoyens. Ce ne sont pas là les autorités qui sont en cause, quand on voit l?état de certaines poubelles et toilettes, mais bien l?incivisme des Mauriciens.

« La plage de Flic-en-Flac, un dimanche après-midi, est une honte. La présence d?ordures témoigne du peu d?intérêt que nombre de Mauriciens accordent au respect des plages », soutient Elisabeth Chauprade. Jean-Louis Bernardeau, qui est aussi Parisien, tire également la sonnette d?alarme quant à la nécessité de sensibiliser la population. « J?ai visité plusieurs pays et je fais de la plongée sous-marine. La présence de sacs en plastique et d?autres types d?ordures dans les fonds marins va tuer votre lagon à petit feu. Et on peut parier que l?amateur de plongée y réfléchira à deux fois avant de revenir chez vous. Je crains qu?en voulant développer votre industrie, vous ne faites que transposer la formule Grand-Baie ailleurs. Et pourtant, la première fois que je suis venu dans votre pays, j?en suis tombé amoureux. Je me demande si je ne vais pas y rester. »

Pour Robert Desvaux, président de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), nos plages constituent le principal attrait de l?industrie touristique.

« Leur protection et leur conservation sont primordiales », affirme-t-il.

<B>Ne pas faireles choses à moitié</B>

Subash Seeruttun admet, quant à lui, que sensibiliser les gens, comme cela se fait ailleurs, va prendre du temps.

« L?installation de poubelles sur les plages ne suffit pas. La participation de la population au combat contre l?insalubrité des plages relève en grande partie de son éducation. Il faut donner un sens du civisme à la population et surtout, agir au niveau des jeunes. »

Avec l?aide des ONG et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la Beach Authority a lancé un projet pilote à Péreybère. Le but de ce Beach Resource Centre est de sensibiliser en particulier les jeunes à la nécessité de protéger les plages. Le centre est équipé d?un aquarium qui sert de support pour l?instruction. Le projet vient de démarrer. Si les résultats sont concluants, la BA se propose d?étendre l?expérience à d?autres endroits de l?île.

Et il faut bien souligner les efforts de l?Ahrim et de la BA en ce sens. Ainsi, l?Ahrim planche actuellement sur un plan axé sur la responsabilité sociale et citoyenne de ses membres. Le volet environnemental constitue une partie intégrante de ce plan. Son im-portance est significative. Avec les répercussions du réchauffement climatique sur nos côtes, l?érosion marine et la pollution, la BA ne veut pas faire les choses à moitié. Cet organisme a mis sur pied une Beach Task Force, composée, dans un premier temps, de membres de l?université de Mau-rice, du Mauritius Ocea-nography Institute et du Mauritius Research Council.

Le but de cette unité, est d?effectuer des études scientifiques sur le développement et la préservation des plages.

Outre la pollution, la prolifération de chiens errants est un fléau qui risque aussi de nuire à la réputation de Mau-rice. Heureusement, des dispositions ont été prises pour remédier à la situation. « Nous y pensons sérieusement », explique Xavier-Luc Duval, le ministre du Tourisme. « Une somme de Rs 1,5 million, puisée du Tourism Fund, vient d?être allouée pour la capture des chiens d?ici trois mois. L?association Paws se chargera de stériliser quelque 4 000 autres animaux. »

De bons exemples existent. La création par la BA d?une plage à St-Félix, avec la contribution financière des hôtels limitrophes, permet d?imaginer que le pays a la capacité de faire de nos 90 plages publiques des lieux sûrs, propres, vierges de chiens errants, et avec des aménagements comparables à ceux que le touriste trouvera ailleurs. Mais pour cela, il faut non seulement des moyens, mais aussi une volonté pour que nos plages soient le véritable reflet du niveau de développement que vise l?industrie touristique.

A.C

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