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L?adieu d?un policier contesté
? Je ne peux pas dire ce qui va se passer en 2007 parce qu?il faut vivre le moment présent.? Propos du surintendant de police, Prem Raddhoa le 6 janvier dernier. Dix mois après, le 1er octobre, quelques heures avant sa mort, Prem Raddhoa, juste avant de prendre l?avion répond à un de ses officiers qui l?accompagne à l?aéroport et qui lui souhaite un bon voyage : ?Ki bon voyaz ! Travay la bizin kontinie li.? Mais le travail n?a pas continué. Prem Raddhoa est mort lundi soir à 22 h 40, heure sud africaine, à l?aéroport de Pretoria.
C?est vers 22 h 20, lorsqu?il débarque de son vol MK847 à Pretoria que le surintendant de police a été pris de malaise. C?était juste d?arriver aux comptoirs d?immigration. Les tentatives de le ressusciter ont été vaines.
Lundi matin, le SP Raddhoa avait confié à ses officiers qu?il ne se sentait pas en forme. Il a ainsi raconté à l?un d?eux qu?alors qu?il montait les escaliers pour aller voir le commissaire de police, il a ressenti des ?palpitations?. C?est ?peut-être parce qu?il a mal dormi la veille?, a-t-il cependant conclu.
En fait, la famille Raddhoa est allée au restaurant pour fêter l?anniversaire de l?épouse du surintendant. Et Raddhoa pense peut-être avoir pris ?quelques verres de trop?. Mais il n? a pas de temps à perdre. Il a un avion à prendre.
Une semaine avant ? soit mardi dernier ? Prem Raddhoa était allé visiter un terrain. Il avait l?intention de se construire une maison après avoir vécu toute sa carrière durant dans les police quarters. Derrière le terrain sont enterrés ses parents : ?Be li bon, kan mo mor, va zet mwa lamem?, aurait dit le surintendant de police. Il aurait ajouté que s?il ne réussissait pas à construire sa maison, ?be mo va al ress dan container !? Il y avait effectivement un conteneur bleu à côté de sa maison, hier.
L?annonce de la mort de Prem Raddhoa aura choqué plus d?un hier. A sa résidence, à l?arrière de la station de police de Quatre-Bornes, aux Police Quarters, c?est l?incompréhension. L?épouse de Prem Raddhoa essaie d?être forte et accepte les condoléances des proches avec stoïcisme. La fille du policier, âgée de 25 ans, se fait discrète et fuit les photographes de presse. Les autres enfants, un fils et une fille, arrivent de France et d?Australie aujourd?hui.
Les proches collaborateurs du défunt policier sont aussi tous présents à la résidence des Raddhoa mais assistent impuissants à la scène. Ceux que l?on surnomme les ?Raddhoa boys? ? ces hommes, craints par beaucoup ? se sentent orphelins.
Ils le sont en quelque sorte. Leur avenir professionnel est incertain. Prem Raddhoa, malgré les nombreux signes de condoléances, n?avait pas que des amis au sein de la force policière. La plupart d?entre eux étaient aussi au ?garage? de la Special Mobile Force quand Prem Raddhoa y avait été envoyé. Que se passera-t-il maintenant, se demandent ces officiers. Car la carrière de Prem Raddhoa était aussi immensément liée à la politique.
?Si pa contan guete ki pou fer?
Mais le SP a aussi beaucoup osé. Oser par exemple dire haut et fort que ?je suis l?homme le plus populaire de ce pays?, que ?je sais que Navin Ramgoolam est un fan de Raddhoa?, qu?il est le seul qui peut résoudre les affaires criminelles, ou à défier l?autorité de son chef hiérarchique. Car ?si pa kontan gete ki pou fer?, disait-il. D?autres ajouteront : oser ?battre? les témoins et les suspects. Car le nom Raddhoa était également synonyme d?allégations de brutalité policière. Mais la majorité des allégations n?ont pas été prouvées en cour.
Raddhoa était pour beaucoup de gens, ?l?autorité?. Beaucoup de gens le respectaient, beaucoup d?autres avaient peur de lui mais ils avaient surtout confiance qu?il pouvait résoudre leur problème. Il y a ceux qui étaient désemparés hier à l?annonce de la mort de Prem Raddhoa ? il était leur seul espoir de résoudre le meurtre de leurs proches.
Ce qui expliquerait peut-être la ?tolérance ? de ceux au pouvoir envers cet homme de tous les excès, cet homme qui n?hésitait pas à ?maltret dimounn? et qui n?avait pas peur des mots.
Mais aussi un homme qui se disait profondément ?blessé? par les critiques. Et qui jurait sur tout ce qu?il y avait de sacré qu?il ne battait personne et qu?il n?avait jamais arrêté un innocent bien qu?il avait sa façon de ?cuisiner? les suspects.
Prem Raddhoa s?estimait aussi persécuté. Notamment par ceux qui dénonçaient ses ?méthodes?. Il se disait innocent des allégations et n?avait qu?une explication à ces critiques : ?Bann la na pa kontan mwa sa?, disait-il souvent.
Prem Raddhoa, né le 12 novembre 1949, est décédé à la suite d?un infarctus. Une autopsie a été pratiquée par des médecins légistes sud-africains hier après-midi et les résultats officiels seront dépêchés avec le corps du défunt dans l?après-midi d?aujourd?hui. Les funérailles sont prévues jeudi.
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