Publicité
Elle raconte la mort d?Anjalay
Elle aurait pu connaître le même sort que Anjalay Coopen ou être tuée à sa place. Doorputh Ramkissoon se souvient de ce qui s?est passé puisqu?elle trouvait juste à côté d?Anjalay. Cela fera 67 ans jeudi, qu?Anjalay et trois autres personnes trouvaient la mort dans une fusillade.
Doorputh Ramkissoon a aujourd?hui 89 ans, quelques difficultés pour marcher correctement après avoir eu un pied fracturé. Même si elle est peu dure d?oreille, elle raconte tantôt en bhojpuri tantôt en créole ce triste souvenir. Elle vit depuis 1976 à Le Hochet après le décès de son époux, qui habitait dans le camp sucrier de Belle-Vue-Harel.
Née à Lallmatie le 8 juin 1918, c?est dix-huit ans plus tard que la jeune Doorputh est venue habiter au camp sucrier de Belle-Vue-Harel . Elle venait d?épouser Sonnoa Ramkissoon, laboureur à l?établissement sucrier.
Comme la majorité des femmes de ce camp, Doorputh prend de l?emploi comme travailleuse agricole. C?est là qu?elle côtoie Anjalay et d?autres femmes laboureurs. Elles avaient l?habitude de travailler ensemble et de faire le chemin du retour à la maison ensemble aussi. Il y avait plus d?une centaine de femmes qui étaient affectées aux champs.
Le travail était dur. Parfois, elle devait enlever le chiendent des champs et parfois elle devait transporter des récipients de sirop sur leur tête. Elles recevaient entre 30 et 60 sous quotidiennement.
Une fusillade
Doorputh raconte que vers 15 heures (l?arrêt de travail était à 16 heures), le sirdar faisait sa tournée. S?il remarquait qu?il y avait encore du chiendent dans la partie nettoyée, la responsable était renvoyée à la maison et on déduisait cette journée de son salaire.
C?est pour cette raison que Hurryparsad Ramnarain, syndicaliste très respecté à cette époque, luttait pour de meilleures conditions de travail des employés. Mais le gouvernement colonial s?y opposait farouchement.
Le 27 septembre 1943 aura lieu la tragique fusillade. Comme tous les travailleurs (environ 500), Doorputh était parmi les manifestants. Elle raconte?
Des troupes de la force policière étaient présentes sur le site. La situation était très tendue. Elles reçoivent l?ordre de tirer. C?est le sauve-qui-peut général. Chacun fuit de son côté, cherche une cachette. Doorputh se trouve parmi une dizaine de femmes qui cherchent refuge dans un camp. Il est déjà rempli. Doorputh trouve une petite salle de bain, dont la porte est en sac de jute. Elle y pénètre. Anjalay est avec elle. Elles font face à l?entrée de la salle de bain.
Soudain, Doorputh entend un coup de feu. Elle n?a pas le temps de réagir : elle voit Anjalay en sang. Elle réalise qu?elle vient d?être touchée par une balle qui lui a transpercé sa poitrine. Anjalay s?écroule. Doorputh va se réfugier dans une maisonnette. C?est quand il y a une accalmie qu?elle va raconter à ses parents ce qu?elle a vu. Plus tard, elle apprendra qu?il y a eu trois morts : Kistnasamy Mooneesamy (29 ans), Moonsamy Moonien (12 ans) et Marday Ponapen (16 ans). Ce dernier décédera une semaine plus tard à l?hôpital.
Le jour de la fusillade, Doorputh, âgée de 25 ans, était enceinte de sa fille aînée. Anjalay (32 ans) était enceinte aussi.
Une semaine après, Doorputh, comme les autres laboureurs, retournaient aux champs. Mais elle n?oubliera jamais ce jour-là. Elle est sans doute une des rares personnes ou la seule, à avoir vu Anjalay encore en vie et assisté à ses derniers moments.
Publicité
Publicité
Les plus récents