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Deux temps, trois mouvements

24 septembre 2007, 00:00

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Vous ressortez de là avec une sorte de malaise. Comme si une spirale s?était mise à tourner quelque part du côté de l?estomac. Et curieusement, il vous a été difficile de revenir. Difficile de détacher vos yeux des plaies béantes que Laetitia Lor a ouvert sur la toile. Et vous repartez un peu penaud, sans trop savoir quoi penser.

Elle, égale à elle-même, totalement dans son personnage aux mystères bien gardé, est consciente des réactions que suscitent ses tableaux. Soit on est interpellé, on s?arrête, voir plus si affinité. Soit c?est le repoussoir assuré, l?aversion instantané. Nous dirons que l?un n?exclut pas irrémédiablement l?autre. Que l?un peut suivre l?autre. Dans un ordre que nous ne maîtrisons pas toujours. A vous d?essayer du 28 septembre au lundi 1er octobre à la galerie du Moulin Cassé à Pereybère, qui accueille les Landscape de Laetitia Lor.

Peintures de voyages

Originaire d?Auvergne, avec sous ses souliers de la terre d?Australie, des poussières d?Afrique du Sud et de la Réunion, Laetitia Lor propose trois séries (or, organique et paysages), qui se réclament de la théorie surréaliste de l?automatisme. Nous ouvrant ainsi les portes de l?instinct, du mécanique, de la mathématique du mouvement. Car qu?est-ce que cet amoncellement de lignes, ces formes comme éparpillées dans tous les sens, jetées sur la toile au hasard des impulsions, que propose Laetitia Lor, sinon une séquence de gestes ?

Qu?elle explique en ces termes : ?Chaque réalisation suit la même procédure : le gros oeuvre, la sculpture du plâtre à la spatule d?ouvrier pour finir par le couteau à peindre.?

Expérience physique menée avec des pigments, des vernis, de la résine de bateau, ?à l?odeur plus que nauséabonde qui rend laborieuse l?exécution, me plongeant toute entière dans l?univers des matières?.

Libre alors aux regards des autres d?y voir des cohérences, quand ce n?est pas carrément des paysages ; des projections de notre réalité. Laetitia Lor qui jusque là partait du mouvement, pour éventuellement arriver à nos paysages a voulu cette fois faire le chemin inverse.

N?exagérons pas. Pas une transcription de la réalité. Non. Loin de là. N?allez surtout pas chercher dans ses tableaux une quelconque volonté de faire du figuratif. Bien que, comme elle le dit, elle y reviendra un jour.

Cherchez plutôt le détail. Le mouvement qui a tracé les lignes parfois pures et fines, parfois enroulées, emmêlées, torturées même, pour construire votre propre voyage. Choisissez face aux ? Fissures ?, à la coulée de lave de l??Ile volcanique?, de voir des vilaines blessures couchées sur la toile. Pour les guérir ? Si Laetitia Lor entretien le flou artistique sur son parcours académique par exemple, elle affirme : ?Les séries correspondent à des périodes de vie?.

Elle même en a connu plusieurs depuis l?époque où elle était ? incapable de vendre ses toiles, parce que c?était un travail trop intime?. Parce qu?elle était trop ?attachée? aux pièces et, elle l?avoue, ?pas capable d?assumer la critique, ce qui remettait en question mon univers?. Depuis, Laetita a appris la distanciation. Avec difficulté. Creusant à la petite cuillère la tranchée entre le travail et le moi. Apprenant à repousser consciemment l?influence de la critique sur son travail. Pour ne pas le modifier. Pour trouver l?apaisement.

Petite piste : chaque tableau a sa partie ?mouillée?. Sa partie à l?aspect de peinture fraîche, pas encore séchée sur la toile. La marque de fabrique de Laetitia Lor. Tout comme sa recherche de l?équilibre entre les parties vides et les parties sculptées.

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