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L?art, la manière?
Navin Ramgoolam, politicien accompli ? Il maîtrise assurément l?art de dire. Dans ses dernières interventions publiques se devinent d?habiles stratégies de discours politique. Les tactiques, les perversions de langage qui servent à toucher les foules y sont. Aidé par certaines prédispositions que d?aucuns appellent « charme », il a développé des facultés qui, il faut le reconnaître, en ont fait un véritable orateur politique.
D?abord, Navin Ramgoolam sait que l?orateur doit simplifier son message.
Ce qu?on a appelé « atteinte à l?unité nationale », dans la diatribe contre un groupe, ou « atteinte à la démocratie » dans l?accusation contre les journalistes, est le résultat sans doute de cette simplification. Quand il s?adresse à une masse, disparate, l?orateur politique simplifie des faits complexes, et les transmet par un langage et des valeurs qui sont dénominateur commun à cette foule. Il ne dit pas ce qui est, mais ce qu?il croit vrai et qu?il veut que les gens croient vrai. Il abandonne la rigueur de la raison, de la démonstration, les détails de l?histoire, au profit de la force, expliquent les analystes. Mais le risque de la simplification est d?aboutir à une fausse vérité. Ce n?est pas vrai que tel groupe agit de telle manière au détriment de tel autre.
On découvre aussi que Navin Ramgoolam sait qu?on ne recule pas quand on « dérape ». Après la sortie d?Union Park, s?excuser aurait été meurtrier. Il était obligé de justifier sa parole, de confirmer son bien-fondé, de la présenter comme une astuce visant à réveiller les consciences. Ce faisant,il a cherché à passer d?un statut de « coupable » à un statut de bienfaiteur qui assume son action, décidé d?ailleurs à la poursuivre dans le sens d?une « rupture des habitudes discriminatoires ». Est-ce le fait de ses conseillers maîtres en « damage control » ? Toujours est-il que ça a marché :la constance de son positionnement a presque fait dire à certains, d?abord outrés de l?irresponsabilité de ses paroles, qu?elles contenaient peut-être du courage.
Navin Ramgoolam essaime encore ses propos d?expressions dramatiques (« discrimination », « manipulation »), qui font mouche, qui mettent en scène l?argument et qui servent à positionner l?orateur comme celui qui ramènera les choses dans leur normalité. Il fait appel à une tournure classique, le « tous ceux qui connaissent ma famille savent que? » qui sert à asseoir sa crédibilité, sa vertu pour donner de la véracité à ses propos. Ce sont autant de tactiques qui traduisent l?aguerrissement de l?homme.
Cependant, savoir comment interpeller est une chose. Choisir de quoi parler en est une autre. Navin Ramgoolam estime que parler spontanément de ce qui le concerne intimement, parce que cela lui donne de l?authenticité, est un de ses atouts. Il dit « ce qu?il a à dire ». Ce comportement, parce qu?il exprime des convictions idéologiques, une vision pour la nation, aura été souvent excusé. Mais un Premier ministre ne peut pas dire ce qui lui passe par la tête. Parce que son statut, la scène publique donnent force de vérité à ses paroles.
Il ne peut pas sur un coup de tête, parce qu?il est soudain « inspiré », évoquer un sujet que la complexité de la société mauricienne, ses a priori, ses inhibitions, ses susceptibilités commandent que l?on prenne certaines précautions en l?abordant. Était-ce la bonne circonstance pour passer un tel message ? Avait-il la légitimité de le faire, sachant qu?un discours de gouvernance n?a pas la même teneur qu?un discours d?un partisan en campagne, le contrat social n?étant pas le même ? Quel ton adopter pour garantir la retenue et le respect qui convient à cette question particulière ? Certaines questions, une préparation préalables se justifiaient.
Avec la même promptitude, sans prendre le temps de mesurer la portée de ses paroles, d?analyser ce qu?il en est véritablement, il condamne, insulte, décrédibilise « l?express » et « l?express-dimanche ». Navin Ramgoolam savait pertinemment qu?il y avait peut-être erreur, mais pas faute. Il savait que la première obligation du journaliste, être fidèle au principe d?honnêteté intellectuelle, avait été respectée dans les deux cas. Il a quand même laissé parler ses vieilles ranc?urs pour dénigrer et adresser des reproches outranciers. Il s?est laissé aller?
Face aux secousses que provoquent sur son régime les difficultés économiques, la popularité de Navin Ramgoolam est une force. Il maîtrise l?art et la manière. Ce serait une garantie supplémentaire pour son parti s?il se maîtrisait lui-même.
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