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Il faut sauver le soldat Bedacee
Tout commence par un bouclier anti-missile installé autour de la terre. De quoi nous protéger contre une invasion de méchants, qui ressemblent aux humains.
Sauf qu?ils ont traversé plusieurs années-lumière. Et que leurs yeux jaunes, leur voix rauque (ils vivent aussi jusqu?à deux siècles) trahit leur origine extraterrestre.
Avec pareil scénario, qu?aurait fait Christopher Pike, auteur de romans policiers et de science-fiction pour ados, idole absolue de Kevin Bedacee ?
?J?étais en manque quand ma collection préférée s?est arrêtée. Je l?ai lue en entier. Alors j?ai décidé d?écrire le prochain volume de la série?. C?était il y a sept ans. A l?époque, Kevin est en upper au Professor Basdeo Bissoondoyal SSS. C?est l?âge où on se lance des défis. Où l?on n?a pas peur de se prendre pour un auteur américain à succès.
A l?époque, l?ado timide, parlant peu, imagine son futur dans une faculté quelque part en Angleterre. Il a rangé sa bicyclette, sur laquelle il a fait tellement de virées avec ses copains d?enfance. Et beaucoup joué à kaskader plutôt qu?à police-voleur.
Oui mais voilà: son papa, ?ki antrepran travay konstriksyon? se retrouve en difficulté financière. Lui qui a toujours dit à l?aîné de ses trois fils qu?il lui paierait des études lot kote lamer doit revoir à la baisse ses ambitions.
?J?étais en manque quand ma collection préférée s?est arrêtée. Je l?ai lue en entier. Alors j?ai décidé d?écrire le prochain volume de la série?.
Kevin s?y fait. Cherche du travail. Passe des tests d?endurance physique et le voilà nouvelle recrue de la Special Mobile Force, en 2004.
?J?étais bien content quand on m?a pris dans la SMF. C?est mon premier job?. Lui, le jeune homme frêle, portant lunettes d?intello et appareil dentaire, adopte la coupe réglementaire. Ce qui accentue sa mâchoire carrée.
Il se fait des muscles à force de faire le tour de la colline Candos. Les patrouilles, les barrages routiers, le maniement des armes, les exercices de maintien de l?ordre, tout cela fait désormais partie du quotidien de ce Flacquois qui a eu 25 ans la semaine dernière. Il apprend aussi la discipline. A faire son lit au carré. Rien ne dépasse. Il n?y a pas un pli à sa chemise blanche.
?Dimoun dir nou dormi laba, se pa vre?, se défend le Private Bedacee (l?équivalent de constable) quand on le titille sur la routine de ses journées. Son ton devient sérieux au possible. On croirait presque entendre Lance, le héros de End of times, son roman de science-fiction, parler. ?Notre mission est d?assurer la sécurité du pays. De veiller sur les lieux sensibles, sur les VIP?.
En clair : réveil à cinq heures tapantes. S?arranger avec des copains pour le trajet Centre-de-Flacq-Vacoas. Et commencer la journée à sept heures du matin au quartier général.
Là, tours de piste pour tout le monde. Sur l?herbe du Gymkhana ou le bitume des rues de Vacoas. Les kilomètres s?enchaînent. Il faut mouiller son maillot kaki si l?on veut garder la forme.
Pour ensuite, à la nuit tombée, assurer les tours de garde. Sentinelle en alerte, avec des rotations toutes les trois heures. Depuis trois ans qu?il est rompu à la discipline militaire, Kevin n?a aucun doute : ?les meilleurs moments, c?était à l?époque de la formation?. Celle où l?on chahute les copains une fois rentrés à la caserne. Celle où chaque samedi, on rentre à la maison, avec son paquet de linge sale. Six mois qui ne reviendront plus. Un temps révolu qui a éveillé d?autres ambitions chez le soldat. Qui, en d?autres temps, se verrait bien rejoindre les rangs des services du Renseignement. Que sera sera.
Et si son boulot est d?obéir aux ordres, d?être paré à toute éventualité, dans la vie, Kevin sait aussi commander. Quand il ôte son uniforme, c?est pour devenir le général Maverick, chef des armées qui défendront la terre contre les extraterrestres. Militaire de carrière respecté et craint de ses hommes. Une projection de Kevin dans quelques années. Le jeune homme sourit. Gardant toutes les options ouvertes.
C?est son jardin qui n?est plus si secret. L?univers où il peut laisser libre cours à son imagination. Lui qui, ?kan rant lakaz bizin kone ki pa finn perdi letan? a pris sept ans pour écrire, puis publier son premier roman. End of times est sorti aux Editions Le Printemps. Sept ans de persévérance à attendre minuit, une heure du matin, le silence de la nuit pour écrire dans sa chambre. Des années à chercher le bon moment pour s?isoler ?dan enn plas trankil?, car au cadre convenu de l?ordinateur, le jeune auteur préfère le bon vieux stylo et ses carnets.
Le temps des quatre cent pages de End of times, Kevin revisite tous les classiques du genre. Le fan de Independence Day et curieusement pas de Star Trek, a crée un monde menacé par des extraterrestres à la technologie avancée. Aux armes sophistiquées.
Un seul homme est capable de sauver ce monde. Lance, le héros, capturé par les méchants. A lire entre les lignes, c?est par certains côtés, un Kevin bis. Justement, le clone de Lance sera renvoyé sur terre à sa place. Evidemment, l?auteur n?oublie pas d?épicer le tout en y ajoutant une histoire d?amour. Qui finit mal.
Aucun rapport avec la réalité. Car avec Varuna sa fiancée (qui l?a épaulé financièrement pour la publication du livre), ils ont prévu de se marier l?année prochaine. ?Si Bondie beni?.
Même bénédiction souhaitée pour le prochain roman que Kevin écrit déjà ? en français cette fois. Titre temporaire : La lance du destin. Saura-t-il transpercer notre imagination ?
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