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Gros poissons en cage

12 septembre 2007, 20:00

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Les aquaculteurs ne rentrent jamais bredouilles, après chaque partie de pêche les filets, sont remplis, avec une tonne d?ombrines et de gueules pavées ? poissons venus du Golfe du Mexique principalement pour l?élevage. A ce rythme la ferme marine de Mahébourg produit 350 tonnes de poissons annuellement. Pour l?instant, ces jolis poissons argentés de 9 kg finissent dans les cuisines des hôtels mauriciens chaque jour. L?objectif est de tripler la production, soit de passer à 1 000 tonnes, dont 80 % est destinée au marché européen.

La ferme marine pratique l?aquaculture depuis quatre ans et surfe sur les vagues houleuses que provoquent les environnementalistes ou autres océanographes. Ce projet divise l?opinion publique. Certes les discours sur le seafood hub promettent un autre avenir à notre économie mais de l?autre côté, les écolos grincent des dents. Pour voir plus clair et entendre l?autre son de cloche, rien de mieux que d?aller sur place. La ferme marine de Mahébourg se trouve plus précisément à Pointe-aux-Feuilles. Un projet qui s?est matérialisé il y a quatre ans avec un investissement massif de quelque Rs 450 m en vue de faire de Maurice un seafood hub, pour répondre aux besoins locaux et pour booster l?exportation. On laisse entendre du côté des aquaculteurs que nos lagons connaissent une régression alarmante en ressources marines depuis les dix dernières années. Est-ce dans l?aquaculture que Maurice trouvera une des ses réponses face aux enjeux économiques ?

Les environnementalistes, eux, ont tiré la sonnette d?alarme. Entre peurs et appréhensions, il y a le développement. Ce qui est surtout redouté, c?est qu?on solutionne, par exemple, un problème d?ordre économique en créant dix autres ailleurs. Du côté des protecteurs de la nature, on parle de perturbation de notre écosystème marin qui affecterait notre réputation de destination touristique.

Olivier Daguin, l?écloseur de la ferme reconnaît qu?il faut à tout prix faire un développement durable mais tout en protégeant l?environnement. ?Il nous faut une législation dans ce nouveau secteur où nous sommes des pionniers, pour qu?il y ait plus tard une exploitation raisonnable?.

Les experts de la ferme marine de Mahébourg offrent des éléments de réponse face aux critiques envers le secteur de l?aquaculture. ?On est effectivement des pollueurs, on a emmené quelque chose dans un endroit où il n?y avait rien. Mais c?est une pollution positive?, dit Olivier Daguin. Selon lui, le site où sont situées les cages des poissons est sur un canal avec fond de sable. Donc loin des coraux.

Une pollution positive

D?autre part, en apportant de la biomasse présente dans les granulés, un milieu de vie est créé - petits poissons, crabes et crevettes s?accrochent aux filets des cages et apportent de la vie dans cet endroit, selon l?expert français.

Fabrice Zarour, responsable du grossissement des poissons, affirme que le coût des granulés importés de France est élevé. ?Quand on les nourrit, on s?assure que les pellets seront consommés par les poissons, on ne dépasse pas les quotas. Les coraux ne seront ainsi pas atteints. Les cages sont placées à l?intérieur du lagon et le courant prend ces résidus et les ramènent vers la terre, donc les coraux sont hors de portée. Les précautions sont doublées pour qu?il n?y ait pas de dégradation du lagon.D?ailleurs le Mauritius Research Council fait régulièrement des tests à proximité des coraux en face, à une centaine de mètres environ des cages. Il n?y a rien d?anormal qui nous a été signalé depuis qu?on est là?.

Il se trouve aussi que ce projet d?aquaculture génère de l?emploi pour 70 habitants des régions avoisinantes - tous des enfants de pêcheurs. Mahabeer Ramnathsing, 29 ans, a rejoint ce projet, comme nourrisseur, depuis quatre ans. Il s?est recyclé dans ce secteur faute de mieux. Il était pêcheur et travaillait aussi dans l?extraction de sable. ?Ce projet crée de l?emploi pour les gens d?ici et les conditions de travail sont bonnes?, dit-il. Selon Fabrice Zarour, cet endroit est idéal pour l?aquaculture et ne gène personne. ?Il y a très peu de sites où l?on pourrait développer convenablement cette méthode d?élevage de poissons?.

Koomaren VADEEVALOO

AQUACULTURE

Dans les normes

■ Olivier Daguin, un des managers et écloseurs à la ferme marine, supervise la reproduction des géniteurs pour l'obtention de jeunes larves. ?Un géniteur prend quatre ans avant d?être capable de reproduire. Ces géniteurs sont importés du Golfe du Mexique. Des conditions climatiques artificielles sont créées afin que les géniteurs reproduisent à intervalles réguliers ? les poissons sont placés dans des bacs. A tout moment de l?année les aquaculteurs obtiennent des ?ufs : 200 000 par géniteur. La larvaire accueille les minuscules poissons dès l?éclosion. Ils sont nourris de rotifères ? des crevettes microscopiques, importées en petites quantités de grands laboratoires et multipliées en les nourrissant d?algues traitées produites par la ferme. ?C?est l?étape la plus dure et il faut des experts pour ce délicat travail, sans les rotifères pas d?aquaculture marine?, dit Fabrice Zarour, responsable du ?grossissement?. Les petits poissons arrivent à la nursery. Comme les bébés ... Ils sont nourris par d?autres aliments biologiques, les Artemias, à partir de 10 jours. Deux mois après l?éclosion, les ombrines prennent le chemin de la mer. A environ trois kilomètres des côtes et hors de portée des coraux, leur destination ultime ? les cages. Elles sont constituées principalement de tuyaux flottants, de filets et de bouées. Les filets font e 8 mètres de profondeur dans des eaux de 30 mètres. ?Le site de Pointe-aux-Feuilles, est approprié pour l?aquaculture, et en plus, quand les cyclones se présentent, on couvre les cages d?un filet et on les coule?, dit Fabrice Zarour. Les douze cages sont de trois tailles différentes. Les plus petits poissons sont dans des cages de 300m3 et la taille des cages augmente jusqu'à 2 500 m3. Les petits poissons sont nourris de granulés complets, six fois le matin et six fois l?après- midi. Pour les gros, c?est trois fois le matin et trois fois l?après-midi. ?Si on fait mal son travail, on risque de créer des problèmes pour l?environnement, ça s?est passé dans d?autres pays. Il faut être professionnel?, insiste Fabrice Zarour.

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