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Passer à l?acte contre le sida
Guffran Rostom a assurément du style. Cela tient non seulement à sa coupe de cheveux en dégradé, qu?il porte longs sur la nuque, au choix de son denim, de son t-shirt et sweat shirt à capuche et de son collier-lacet à pendentif en forme d?O. Outre ces caractéristiques physiques, il a également l?idéal de la jeunesse.
Ce fils cadet de feu Mohamad Farook Ibne Rostom, un des deux Mauriciens disparus dans le crash du SAA Heldelberg en novembre 1987, est en passe de lancer un club de prévention contre le VIH-Sida sur le campus de l?université de Maurice. Sa constitution est en voie d?achèvement, son plan d?action est prêt, l?exécutif du club presque constitué. Ne manque que l?appellation. ?Je cherche un nom qui s?appliquerait au club. Les suggestions sont les bienvenues?, dit-il.
L?intérêt de Guffran pour cette question de santé publique ne date pas d?hier. Il a toujours été fasciné par les campagnes de sensibilisation de Prévention, Information et Lutte contre le Sida (Pils) qu?il trouvait efficaces. Il figure aussi parmi les lecteurs assidus du supplément de cette ONG régulièrement publié dans l?express. Un sondage paru dans une de ces éditions avait particulièrement retenu son attention car il était question d?un nombre impressionnant de personnes croyant encore que le moustique est un des vecteurs du virus.
Mais deux faits précis ont poussé cet ancien élève du collège St Joseph, qui en est à sa deuxième année de sociologie, à passer à l?acte et à vouloir à tout prix instituer ce club axé sur la prévention du VIH/SIDA sur le campus. Le premier est ?l?indifférence? des étudiants en général. ?J?ai été surpris de noter qu?à part l?académique, les étudiants ne participent pas beaucoup au sport et aux activités extra-universitaires. Tout comme ils ne s?impliquent pas dans la communauté. Certaines de ces activités leur sont pourtant proposées sur le campus mais il ne se sentent pas concernés.?
L?autre facteur déterminant a été la réalisation que ses condisciples connaissaient bien peu de choses sur le VIH-Sida et sa transmission alors qu?ils sont non seulement en âge reproductif mais aussi dans certains cas sexuellement actifs. ?Laissez-moi vous donner un exemple : une amie me racontait que, dans son cours, il y avait un garçon qui avait fait un accident et qui se déplaçait avec une béquille. Pour rire, elle a dit à une étudiante de son cours que ce gars avait le Sida car il marchait avec une béquille. L?étudiante a gobé cette histoire. Ensuite, quand on évoque la question de VIH-Sida avec les étudiants, il est clair qu?ils ne se sentent pas concernés alors que beaucoup ont des relations sexuelles et qu?ils ne se protègent pas pour autant. Je le sais parce que nous en parlons entre nous. J?ai trouvé tout cela inquiétant. Et comme le VIH-Sida a déjà fait son apparition dans les collèges, la situation pourrait devenir inquiétante à l?université si rien n?est fait.?
?Je me suis régalé à Pils J?ai été accueilli comme un membre à part entière et j?ai découvert comment une ONG travaille, c?est-à-dire avec les moyens du bord. ?
A partir de là, rien n?allait l?arrêter. ?Je me suis dit qu?il y a sur le campus, 8 000 jeunes de 18 à 20 ans qui s?amusent beaucoup, font plein de bêtises et sont chauds dans la tête. Je me suis dit que si j?arrive à sensibiliser la moitié, ils pourraient à leur tour faire passer un message de prévention dans leur entourage et cela ferait un plus grand nombre de personnes conscientisées.? Le jeune homme commence par prendre contact avec la Students? Union qui l?encourage à aller de l?avant et l?assure de son soutien.
Pratiquement au même moment, il se voit confier un travail de groupe axé sur la féminisation du VIH-Sida. C?est vers Pils qu?il se tourne pour obtenir des informations et la chargée de communication d?alors, Tanuja Naraidoo, le renseigne tant et plus que lui et ses camarades de cours obtiennent une excellente note.
Invité à assister à un débat sur le VIH-Sida, Guffran commence son travail de sensibilisation sur le campus. Il fait imprimer à ses frais 50 affiches A2 qu?il appose dans des endroits stratégiques du campus. Et le jour du débat, ils ne sont que... trois étudiants de l?UoM à être présents : deux de ses amies et lui. Il y a aussi le Dr Marie-France Lan Cheong Wah, chargée de cours à la faculté de médecine. ?Cette absence d?étudiants m?a confirmé dans ma volonté de constituer ce club.? Nicolas Ritter, fondateur et porte-parole de Pils qu?il rencontre ce jour-là, et Audrey d?Hotman, la présidente de cette ONG, lui promettent leur encadrement pour la constitution du club.
Mais Guffran sent qu?un stage auprès de Pils lui permettrait de mieux appréhender le sujet et ses enjeux. Il fait une demande auprès de cette ONG qui l?accueille à bras ouverts. Et au lieu d?un mois, il y passe deux. ?Je me suis régalé à Pils J?ai été accueilli comme un membre à part entière et j?ai découvert comment une ONG travaille, c?est-à-dire avec les moyens du bord. J?accompagnais certes la responsable de la communication dans sa quête de parrains mais il arrivait aussi que je sois mis à contribution pour repeindre un mur ou changer une vitre brisée.?
Guffran passe aussi beaucoup de temps au centre Bouloux de Cassis en compagnie du psychologue qui y est attaché et découvre les réalités des personnes vivant avec le virus, qui sont en majorité des usagers de drogue par voie intraveineuse. Il est frappé par leurs tentatives réelles de venir à bout de leur dépendance à la drogue. Il note comment ceux qui sont sous traitement de méthadone ont retrouvé l?espoir de pouvoir mener une vie normale.?Ce qui paraît banal pour nous, devient un réel plaisir pour eux. Comme par exemple savourer une boisson gazeuse et une cigarette, sans avoir la moindre envie de se shooter.?
A la rentrée universitaire qui suit, il jette les bases du club qui devrait être officiellement constitué fin septembre. Guffran a prévu d?organiser un concert de lancement payant qui permettrait au club de financer la publication de pamphlets uniquement destinés aux étudiants de l?université. ?Nos messages seront non seulement liés aux modes de transmission et à la prévention du VIH-Sida mais nous ferons aussi l?éducation sexuelle et la prévention aux grossesses non-désirées.? Guffran veut aussi faire installer des distributeurs de préservatifs sur le campus. Il devra pour cela faire appel au ministère de la Santé.
Mais tout cela ne nous dit toujours pas comment il compte réussir son pari de ?réveiller? les étudiants ? D?autant plus qu?avant lui, d?autres s?y sont essayés sans succès. ?Il nous faudra être dynamiques. C?est vrai que Pils fait beaucoup en terme de sensibilisation mais cette ONG cible surtout les personnes vulnérables. Ceux considérés comme faisant partie de l?élite passent au second plan. De mon côté, je ferai tout mon possible pour qu?il y ait une relève. C?est pourquoi je miserai surtout sur les élèves de première année.? Il a aussi prévu de former un petit groupe qui animerait des sessions de prévention sur une base régulière et qui inciterait les étudiants à effectuer des tests volontaires de dépistage.
Guffran est conscient de paraître comme Don Quichotte qui se bat contre les moulins à vent. ?Cela ne coûte pas grand-chose d?essayer. Et puis, il y a une citation que j?aime beaucoup et en laquelle je crois et qui est la suivante : ?L?imbécile qui marche, va toujours plus loin que l?intellectuel assis??
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