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Mineures, elles se prostituent sous la menace

9 septembre 2007, 00:00

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Elles ne s?éloignaient jamais l?une de l?autre. Quand Sophie (prénom fictif), âgée de 16 ans, se faisait aborder par l?occupant d?une voiture, Christelle (prénom fictif), 17 ans, qui était debout de l?autre côté de la route, veillait à ce que tout se passe correctement. Elles étaient inséparables. Plus par nécessité que par choix.

Comme souvent depuis un peu moins d?un an, elles se rendaient à Grand-Baie quand approchait le week-end et faisaient la tournée des boîtes de nuit à la recherche de clients. Car contrairement aux autres jeunes qui dansent jusqu?aux petites heures du matin, les deux adolescentes monnayaient leurs charmes.

Déscolarisées, laissées à elles-mêmes, elles n?auraient eu que ce moyen « pou tras enn lavi ». Elles ont été arrêtées le 31 août dernier par la brigade des mineurs, alors qu?elles se trouvaient dans le Nord de l?île. Il s?agit du deuxième démantèlement d?un réseau de prostitution impliquant des mineurs mis au jour par cette unité de la police (voir hors-texte).

Des déclarations faites sous la contrainte

Lors de l?opération, les policiers sont intrigués par les blessures que porte Christelle. Celle-ci, atteinte à la joue et au poignet, a dû se faire recoudre à l?hôpital. Interrogée, elle implique un certain Moorli Ramkhelawon qu?elle présente comme étant son proxénète. Ce dernier, explique-t-elle, les forcerait à se prostituer, sous peine d?être passées à tabac. « Si zame nu dir non, li batt nu », aurait-elle déclaré aux enquêteurs en charge du dossier. Une version qu?aurait confirmée l?autre adolescente. Elles ont été examinées par le docteur Sudesh Kumar Gungadin, Principal Police Medical Officer.

Les deux jeunes filles, qui ont indiqué le domicile de Moorli Ramkhela-won, ont également participé à une reconstitution des faits. Elles ont montré aux policiers une maison abandonnée, située non loin du domicile du suspect, où elles auraient eu des relations sexuelles, souvent non protégées, avec des adultes en échange d?une certaine somme d?argent.

Âgé de 28 ans, Moorli Ramkhela-won, un habitant de Rivière-du-Rempart, a été arrêté sous une accusation provisoire de proxénétisme. Interrogé, il a nié les faits qui lui sont reprochés. Il a été placé en détention, en attendant sa nouvelle comparution en cour.

Mais coup de théâtre, quelques jours après les faits, Christelle revient sur ses déclarations et affirme qu?elles ont été faites sous la contrainte. Les policiers, explique-t-elle, l?auraient forcée à impliquer Moorli Ramkhelawon. Ce que réfutent les officiers de la brigade des mineurs. « C?est à n?y rien comprendre. Qu?elle veuille revenir sur sa version est une chose, mais dire que des policiers lui ont demandé de mettre en cause le suspect, est une accusation grave », lâche un haut gradé de la police.

La famille craint des représailles

Les enquêteurs comprennent donc mal les raisons qui pousseraient l?adolescente de 17 ans à revenir sur ses déclarations et qui plus est, à vouloir retirer sa plainte contre Moorli Ramkhelawon.

La famille de la jeune fille explique, pour sa part, qu?elle aurait pris cette décision car le suspect aurait proféré des menaces contre eux au moment de son arrestation. « Li finn menacer a koz (Christelle) finn denons li. A koz sa mem li pe rod tir so deposisyon aster la », affirme un membre de la famille qui confie craindre des représailles. L?adolescente, laissent entendre ses proches, serait influencée par cet homme qui l?aurait, selon leurs dires, malmené à plusieurs reprises.

Du côté du ministère de la Femme, l?on assure que les deux jeunes filles bénéficieront d?un soutien psychologique et seront suivies par des officiers de la protection de l?enfance. « Il est important de s?assurer qu?elles puissent se remettre de ces événements et retrouver un semblant de vie. Nous veillerons aussi à ce qu?elles réintègrent l?école », assure un officier du ministère de la Femme.

Des officiers de ce ministère se rendront, par ailleurs, au domicile des deux adolescentes pour s?assurer de leur « équilibre » familial.

LES RESEAUX DE PROSTITUTION DE MINEURS TRAQUES

La brigade des mineurs semble bien décidée à venir à bout des réseaux de prostitution impliquant de plus en plus souvent des mineurs. Cette unité de la police s?était distinguée il y a quelques semaines pour avoir démantelé un réseau de prostitution impliquant deux adolescentes. Celles-ci, âgées de 13 et de 14 ans, avaient été retrouvées dans une maison, à Cité-Ste-Claire, Goodlands, où elles auraient été forcées à monnayer leurs faveurs sexuelles.

C?est sur la base de certaines informations que cette unité de la police est intervenue pour mettre fin à l?opération de cette maison close. Ce sont des habitants de la localité, intrigués par les allées et venues de personnes louches, qui ont alerté la police. Et plusieurs jours de surveillance ont fini par mettre la puce à l?oreille de la brigade des mineurs.

Dans leurs déclarations à la police, les adolescentes ont expliqué avoir rencontré cette femme, alors qu?elles étaient toutes deux à la rue.

Elle leur aurait, dans un premier temps, offert le gîte, avant de les pousser à se prostituer pendant un peu plus d?un an. Les clients, ont-elles expliqué, remettaient l?argent à la propriétaire de la maison, avant de les rejoindre dans des chambres. Les sommes variaient entre Rs 500 et Rs 2 000.

Les deux jeunes filles, qui ont été placées dans un abri du ministère de la Femme, ont été examinées par des psychologues. La propriétaire de la maison a, quant à elle, été arrêtée sous une accusation provisoire de trafic d?enfants et de proxénétisme.

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