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Port-Louis victime de son succès

9 septembre 2007, 00:00

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Y a-t-il congestion dans le port, comme sur nos routes ? En tout cas nos interlocuteurs sont unanimes, sur le fait que la longue liste d?attente de navires à l?entrée de la rade illustre la bonne santé du port.

« C?est un phénomène mondial, et Port-Louis n?y échappe pas. La preuve, il utilise 90 % de sa capacité », soutient Jorgen Holck, Managing Director de Maersk (Mauritius) Ltd, filiale de Maersk, la plus importante ligne de transport maritime au monde. Observateur ou connaisseur ?

Peut-être pas autant. Mais sachez quand même qu?APM Terminals, filiale de Maersk, est spécialisée dans la gestion des terminaux portuaires tout particulièrement de ceux destinés aux conteneurs. Et APM Terminals est considéré comme un candidat potentiel sur la liste de partenaires stratégiques susceptibles de s?associer à la Cargo Handling Corporation (CHC), chargée des opérations de manutention à Port-Louis.

« Le port est victime de son propre succès », précise Xavier-Luc Duval, ministre du Tourisme. Et cela, Port-Louis le doit en grande partie, à l?introduction dans la rade d?un port franc. Situé entre l?Afrique et l?Asie, le port franc de Maurice s?est peu à peu bâti une réputation dans la région.

Et pour cause, les services de logistique disponibles (groupage, transformation, transbordement, marketing, etc.) sont comparables à ceux offerts dans des pays concurrents. Ce n?est quand même pas un hasard que les deux plus grosses entreprises de transport de conteneurs,à savoir Maersk et la Mediterranean Shipping Company S.A., de Suisse, ont préféré Maurice à Madagascar, la Réunion, ou encore l?Afrique du Sud.

« Port-Louis a été choisi par plusieurs armateurs comme port de transbordement et d?éclatement. En fait, le marché captif de Maurice va progresser avec le taux de croissance annuel du pays », explique Vivian Olivier, de Rogers Shipping.

Dans la panoplie de services offerts, c?est sans conteste le transbordement qui a connu un développement considérable. En comparaison à l?année dernière à la même époque, 103 310 conteneurs ont transité par le port franc soit 22 590 de plus que l?année dernière. Pour mai, juin et juillet 2007, il y a eu,respectivement, une augmentation de 41,5 %, 62,9 % et 49,3 % dans le nombre de conteneurs en transit à Port-Louis.

En termes de performances financières, la Mauritius Ports Authority, (MPA), régulatrice des activités portuaires et la Cargo Handling Corporation (CHC) ont été plus que satisfaites. Ainsi, pour 2006-2007, la MPA a réalisé des profits de Rs 547,8 millions, soit Rs 131 millions, et donc une croissance de plus de 31 %. La CHC a, quant à elle, gagné sur un déficit de Rs 47 millions par des marges de profits de Rs 3 millions.

Maurice semble donc avoir été surprise par le succès de son port franc. Ou du moins, sur le plan logistique, elle n?a pas été en mesure de satisfaire les exigences de cette expansion. C?est ce qui explique, en grande partie, ces navires qui font le pied de grue à l?entrée de la rade de Port-Louis, la frustration de certains importateurs qui se plaignent du fait que cette attente pousse les responsables de certaines lignes maritimes à être réticents à faire escale à Port-Louis.

Autres ombres au tableau, l?inquiétude de certains importateurs pour ce qui est de la livraison des produits pour les fêtes des fin d?année, ou encore la perception qu?une plus grande importance est accordée aux opérations de transbordement, au détriment des importations et des exportations.

Les solutions ne manquent pas

Mais pour Xavier-Luc Duval, il s?agit là « d?une campagne de désinformation et d?une tentative de déstabilisation engendrées par des personnes malintentionnées. » Il ne faut pas se voiler la face. Comme dans toute organisation, la CHC ou la MPA ne peuvent pas prétendre qu?elles gèrent un secteur où tout est rose.

En témoigne François Ip, directeur de Capital Freight : « Il y a quelques jours, j?avais donné rendez-vous à un douanier pour vérifier un conteneur. Lorsque nous sommes arrivés, ledit conteneur n?était pas dans le bac à vérification. Nous avons donc dû attendre deux heures avant qu?un opérateur ne songe à déplacer le conteneur en question. Il y a également un problème au niveau des horaires de travail. Dans un pays comme Maurice, est-il possible que les opérations cessent parce que c?est l?heure du déjeuner ou de la pause thé. C?est tout une mentalité qu?il faut changer. Il faut moderniser. »

Pourtant, ce ne sont pas les solutions qui manquent. Par exemple, le problème de congestion résulte, en grande partie, de la programmation de l?accostage des navires. Jusqu?ici, cette procédure se faisait selon le système de premier arrivé, premier servi. Par conséquent, les navires qui mouillaient à l?entrée de la rade sans avoir préalablement informé et la MPA et la CHC n?é-taient pas sûr d?être débarqués dans les délais souhaités. C?est dans ce contexte que certains navires ont eu à attendre plusieurs jours. Voilà pourquoi, dans les milieux de la CHC, on préfère parler d?attente plutôt que de congestion. Mais pour d?autres opérateurs, les navires qui prennent leur mal en patience à l?entrée de la rade sont bien synonymes de congestion et la résultante d?un manque productivité, incompatible avec l?image que Port-Louis a projeté au reste du monde.

On serait étonné d?apprendre comment une solution a permis de résoudre, en grande partie, ce problème. L?idée a été suggérée par Maersk (Mauritius) Ltd, qui l?a d?ailleurs mise en application.

Le concept est appelé fixed berthing window. Le principe : sur la base des renseignements fournis par le service de planification d?une ligne maritime, un poste d?amarrage est prévu à l?avance sur le quai pour chacun de ses navires. Pour faire respecter les engagements pris par les deux parties, des pénalités sont prévues si l?une des deux partenaires n?arrive pas à honorer ses promesses.

Et Maersk se frotte les mains. Finies les tracasseries issues de l?ancien système.

« Une performance garantie », explique Xavier-Luc Duval qui, au passage, qualifie la fixed berthing window de « nouveauté introduite pour aider à gérer la congestion ». La CHC et la MPA envisagent donc d?amener d?autres lignes maritimes à emboîter le pas à Maersk. Quoi qu?il en soit, et malgré les frustrations qui remontent parfois à la surface, il y a, une volonté de part et d?au-tres pour que le processus de modernisation s?accélère.

Rehausser la qualité des services

Et Xavier-Luc Duval de faire son mea- culpa : « La hausse considérable du volume a causé une congestion partielle dans le port. Nous sommes les premiers à l?admettre. C?est là le symptôme normal d?une croissance accélérée. Il n?y a jamais eu autant de développements dans le port et nous sommes conscients qu?il y a encore beaucoup de choses à améliorer. Mais nous sommes sur le bon chemin. Rome n?a pas été construite en un jour. »

Le recours à deux partenaires stratégiques pour aider la CHC à rehausser le niveau et la qualité de services dans le port, de même qu?une série de mesures pour que la modernisation (voir hors-texte) prenne vie, constituent la base d?un nouveau départ. Seul le temps dira si la situation actuelle n?était qu?un accident de parcours.

PLUS DE 1,5 MILLIARD DE ROUPIES INJECTEES

Plusieurs mesures sont envisagées pour améliorer la situation dans le port. Elles nécessiteront un investissement total de plus de Rs 1, 5 milliard. On note ainsi la mise en place, en juillet de cette année, d?un audit des méthodes de travail par une société française, la Maritime Logistics & Trade Consulting.

De même, une jetée spéciale sera construite par Afcons Ltd pour les produits pétroliers.

Le dragage du chenal du Container Terminal a été fait par la firme Boskalis International en novembre dernier, et deux nouveaux portiques seront opérationnels en décembre, accroissant la capacité de manutention de 200 000 conteneurs de 20 pieds additionnels. Cette liste de projets inclut également l?aménagement d?une jetée dédiée aux paquebots, l?installation d?un nouveau système de caméra de sécurité en circuit fermé. Des commandes ont été passées pour la rénovation des équipements de manutention de la CHC. En septembre, quatre chariots à conteneurs seront délivrés. En attendant, la CHC a loué des équipements de manutention. Cette société a recruté des conducteurs de chariots et des opérateurs pour le pointage des conteneurs.

QUESTIONS A

JORGEN HOLCK, « MANAGING DIRECTOR » DE MAERSK (MAURITIUS) LTD.

« Le recours à un partenaire stratégique est indispensable »

Quels sont les facteurs qui expliquent la situation actuelle dans le port ?

Le facteur déterminant, c?est le manque d?équipements. Le port est utilisé à plus de 90 % de sa capacité. Il devient alors de plus en plus difficile de gérer la manutention du nombre croissant de conteneurs.

La situation est-elle irréversible ?

Oui, si on ne dispose pas des équipements appropriés et aussi longtemps que la Cargo Handling Corporation n?a pas de partenaire stratégique.

Est-il permis d?espérer qu?on s?en sortira ?

Bien sûr. Il est encourageant de cons-tater qu?il y a actuellement une con-férence organisée par la Mauritius Export Association, avec la participation d?au-tres organisations tels le Joint Economic Council, la Chambre de commerce et d?industrie, et transporteurs ma-ritimes pour se pencher sur les problèmes qui affectent le port. Les travaux de la conférence se poursuivent. Dans les semaines qui viennent, on prendra connaissance de ses conclusions.

Le recours à des partenaires stratégies fait-il partie des solutions ?

C?est l?unique solution. Dans le monde entier, la tendance est que les gouvernements se retirent peu à peu de la gestion des ports. Cette dernière est confiée à des entreprises spécialisées. C?est dans cette direction que le gouvernement mauricien s?oriente.

Maersk est-elle intéressée à devenir un partenaire stratégique de la « Cargo Handling Corporation » ?

Je voudrais dissiper une confusion. La plupart de nos clients ne sont pas en faveur de l?engagement de notre compagnie comme partenaire stratégique de la CHC. Cependant, une de nos filiales, APM Terminals, est intéressée. Cette compagnie a la bénédiction de la plupart de nos clients, et c?est un atout pour Port-Louis.

En fin de compte, ce sont les lignes maritimes qui décident du volume de produits devant être transbordés à Port-Louis. Plus vite le partenaire stratégique entrera en scène, mieux ce sera pour Maurice.

Quels sont les avantages que l?on pourrait en tirer ?

On bénéficiera de l?expertise de spécialistes internationaux. Il sera plus facile d?acheter des équipements à un prix acceptable. Il va y avoir des possibilités de formation et un transfert du savoir-faire. Les Mauriciens seront exposés à des systèmes de commerce poussés.

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