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«Les menaces contre les politiciens sont normales !»

8 septembre 2007, 00:00

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«Les menaces contre les politiciens sont normales !»

● <B> D?abord que pensez-vous du fait qu?une personne soupçonnée d?avoir battu deux policiers, qui a été libérée sous caution, vienne au Parlement, menace un ministre, soit arrêtée une deuxième fois, soit à nouveau libérée sous caution et cette fois, se permette de menacer le même ministre sur les ondes d?une radio ? </B>

Ce que je retiens de ce que vous dites, c?est la libération sous caution et son importance dans un Etat de droit. C?est une bonne chose que nous soyons sortis de cette logique de «jail for the poor and bail for the rich.» C?est le magistrat qui doit prendre en considération tous les faits avant d?agréer ou non à la libération d?une personne. Violer sa caution en elle-même est un délit. Mais il y a aussi la discrétion judiciaire qui entre en jeu.

Cela dit, dans le cas de menaces, ce type d?agression verbale fait partie de la vie de tout politicien. C?est condamnable que cela se soit passé au Parlement mais si on est un politicien, il faut savoir vivre avec le fait que des agents ne sont pas toujours contents. L?affaire est en cour, donc je ne la commenterai pas.

● <B> Donc même si une personne a violé sa caution et est arrêtée par la suite, elle peut aspirer à la liberté conditionnelle encore une fois ? </B>

Oui, mais il y a des conditions. Le magistrat a la liberté d?imposer des conditions plus sévères. Mais on peut contourner ce problème surtout quand il s?agit de assault ? on devrait faire de sorte que les affaires soient prises en cour plus rapidement.

● <B> Mais cela ne se fait toujours pas?</B>

Souvent, il n?y a pas de volonté d?aller plus vite parce que l?avocat demande un renvoi. Mais on a commencé à introduire le concept d?entendre une affaire systématiquement et je crois que nous sommes en train de régler le problème petit à petit.

● <B> Toujours sur ce point, la perception est que si une personne a des connexions politiques, la police hésitera à l?appréhender. </B>

Vous savez, l?indépendance est avant tout dans la tête. C?est pareil pour un juge, un magistrat ou un policier. Si un policier hésite d?appréhender quelqu?un à cause de son bord politique, que pouvons-nous y faire ? Le plus bel exemple de l?indépendance du judiciaire est que l?Attorney General a été condamné pour diffamation par la cour, pour une diffamation antérieure. (Rires?) Je ne vais pas entrer dans les détails parce que je ne veux pas diffamer Cuttaree encore une fois. Plus sérieusement, donc, si une personne hésite à faire son travail pour une raison ou une autre, il a tort. Ni moi ni personne au sein du gouvernement n?excusons une telle attitude.

● <B> Mais si cinq policiers sur dix se retrouvent dans cette situation, il y a un problème, que vous excusiez cette attitude ou pas ! </B>

Je suis d?accord. Le système doit devenir plus accountable ? la police doit rendre des comptes.

● <B> A qui ? </B>

A la communauté. C?est dans ce sens que va notre réforme. Tout cela fait partie de notre programme électoral. La police doit devenir plus transparente. Mais en tout cas, le fait que nous puissions aujourd?hui poser ces questions est en lui-même une bonne chose. Et je vous assure que le gouvernement est en train de trouver des réponses. Le sursaut populaire est aussi important dans ce genre d?affaires.

● <B> La situation du «law and order» vous préoccupe-t-elle ? </B>

Bien sûr que cela m?interpelle, quand j?entends que les gens n?osent pas se rendre quelque part parce qu?ils ne se sentent pas en sécurité. J?aimerais prendre l?exemple de Stanley-Rose-Hill pour illustrer un point ? c?est le seul endroit du pays où le taux de criminalité a baissé. Je vous explique pourquoi : les forces vives de l?endroit ont commencé à réagir et finalement les fauteurs de trouble n?ont eu d?autre choix que de s?en aller. C?est un peu ce que nous essayons de faire. Les conseillers de Beau-Bassin-Rose-Hill sont en train de empower les gens de la localité pour qu?ils ne laissent pas de place aux malfrats. The streets are for the good people et les forces vives l?ont fait comprendre aux malfrats. Quand vous braquez les projecteurs sur les malfrats, ils n?ont d?autre choix que de déguerpir.

● <B> C?est bien, mais qu?en est-il du reste du pays ? Il y a comme l?impression que le gouvernement est impuissant face à la hausse de la criminalité. </B>

Stanley peut devenir un exemple. Je dois dire que les statistiques démontrent qu?il y a aujourd?hui moins d?homicides.

● <B> Ce n?est pas exactement ce que dit le dernier rapport du Central Statistics Office (CSO) ! </B>

Il y a effectivement un rapport du CSO que tout le monde a mal lu. Il y a des choses positives dans ce rapport. La délinquance a augmenté, c?est un fait mais c?est aussi un phénomène mondial. Toutefois, le côté positif est que la dépendance à l?héroïne a diminué d?un tiers en deux ans. Et cela a un impact en prison parce que nos prisons sont majoritairement peuplées de gens qui ont été condamnés pour les drug related crimes. A la source donc, nous sommes en train de changer les choses. Ajouté à cela, nous avons notre plan sur la méthadone ? on ne sent pas encore la différence parce qu?on n?a pas encore atteint la masse critique, mais ça ne saurait tarder.

En ce qui concerne l?homicide, il y a une diminution par rapport à l?an dernier. Le taux de détection par la police est de 90 %. Il y aura une baisse dans le taux de crimes violents dans les années qui viennent. Notre plus grande faiblesse, c?est les crimes à col blanc.

● <B> Mais la perception en est tout autre ! </B>

Venons en à la perception. C?est la faute aux journaux. Quand il y a un crime, les journaux le rapportent et font un suivi de toutes les étapes d?une arrestation. Le même crime est étalé pendant trois semaines et quand une personne lit les journaux, il aura la perception que la criminalité a augmenté. Les radios ajoutent à cela à travers leurs instantanés. Quand les gens disent que la situation s?est détériorée, je leur demande de me dire combien de cas il y a eu de personnes ligotées dans leurs maisons où elles ont été violées et volées ces 26 derniers mois ?

● <B> Donc, vous dites que la perception d?insécurité qui s?aggrave est erronée ? </B>

Il y a des problèmes, je ne le nie pas. Et quand on en parle au Parlement ou dans les journaux, on a l?impression que c?est extrêmement grave. Mais la réalité des chiffres et la réalité du terrain ne reflètent pas cela. Le crime existera toujours mais il ne faut pas l?exagérer. Cependant nous ne sommes pas en train de rester les bras croisés ? bientôt il y aura des caméras de surveillance qui seront installées dans le pays.

● <B> Vous entrerez dans l?histoire comme le ministre de la Justice qui a fait de sorte que le conseil privé vienne à Maurice. Comment cela s?est-il passé ? </B>

J?ai vu un jugement du conseil privé sur les Bahamas et j?ai appris que les law lords s?étaient déplacés aux Bahamas ; j?en ai parlé au PM et il m?a donné le feu vert pour entamer les démarches.

● <B> Comment cela va-t-il se passer ? </B>

Nous allons essayer de voir s?ils peuvent siéger à Maurice pendant un mois chaque année. Nous allons proposer le mois de septembre. S?il y a des affaires urgentes, on peut toujours aller à Londres. Tout dépendra de notre capacité à mettre des facilités requises à leur disposition. Il y aura bien évidemment une réduction dans les coûts mais le plus important sera que justice will be seen to be done et que les jeunes pourront témoigner de la finesse de ces juges et de leur élégance.

● <B> Et qui paiera pour cela ? </B>

Nous aurons bien sûr à assurer certains coûts pour la logistique. Mais plus important que les coûts est le fait que si le conseil privé se réunit effectivement ici, ce sera un argument en or que nous pourrons utiliser pour convaincre les investisseurs de venir à Maurice. On peut leur dire, preuve à l?appui, qu?ils n?auront pas à avoir peur d?investir ici.

● <B> Et qu?avez-vous pensé quand vous avez appris que Sir Harry Tirvengadum a dû se rendre en cour en civière ? </B>

Personne ne peut rester insensible à cela. Malheureusement ce sont les procédures, mais je pense que nous aurons à rendre la justice plus humaine. S?il y a des médecins crédibles, nous devons pouvoir les croire. Donc peut-être que nous devons être plus flexibles dans un esprit d?humanisme et de générosité. Bien sûr qu?il y aura toujours des gens qui en abuseront mais ce n?est pas une raison de ne pas être interpellé par cela. Il nous faudra revoir les procédures.

● <B> Venons en à Dev Hurnam. Pourquoi avoir changé le libellé de son accusation ? </B>

En tant qu?Attorney General, c?est mon devoir. Hurnam est un collègue mais cela ne devrait avoir aucune incidence sur la façon dont je fais mon travail. Cela n?a rien à voir avec la politique mais je devais le faire quand j?ai pris conscience du jugement de la cour.

● <B> Dans cette même logique, quelle est votre opinion sur l?affaire Varma ? </B>

Le Bar Council n?a pas encore pris de décision, mais je note qu?alors que Yatin a écrit une lettre, dans le passé, il n?y avait pas besoin de lettre ? les demandes se faisaient verbalement. Cela dit, je pense que si un avocat, un médecin ou même un ingénieur sont des élus de la majorité, ils devraient s?abstenir de travailler avec des organismes parapublics. Cela dans le but de démontrer plus d?indépendance en tant que professionnel.

● <B> Finalement où en est-on avec le «select committee» sur le «Sexual Offences Bill» ? </B>

D?après ce que je comprends, c?est en train d?avancer. Je serai un des derniers à déposer et j?espère que le bon sens va prévaloir et non pas l?esprit obscurantiste. J?espère aussi que les organisations vont déposer et ne s?arrêtent pas seulement à «yap yap». Mais que voulez-vous, à Maurice, tout le monde croit maîtriser des projets de loi rapidement et ils sont tous des experts !

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