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A la conquête des marchés régionaux

3 septembre 2007, 00:00

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Investir à l?étranger. La première destination qui vient à l?esprit est celle des pays d?Afrique et de l?océan Indien dont Madagascar, entre autres. Et de grands groupes mauriciens ne se sont pas privés de prendre de telles initiatives. Cela fait partie d?une logique de croissance qui s?est surtout vérifiée dans des secteurs comme l?hôtellerie, le textile et la confection ainsi que l?agriculture. Aujourd?hui, dans un monde globalisé, le renfermement sur soi est presque vécu comme un acte suicidaire. Il l?est d?autant plus qu?il existe d?énormes possibilités à exploiter, notamment dans des pays de l?Afrique australe et de l?Est mais aussi en Inde. ?L?internationalisation passe par la régionalisation?, confirme Harold Mayer, chief executive officer de CIEL Textiles, qui a investi dans sept usines à Madagascar, créant depuis 20 ans quelque 8 000 emplois, et en Inde où deux usines de confection ont été lancées voici deux ans.

Présent déjà dans des îles de la région, le groupe Naïade, lui, poursuit sa logique d?expansion à la Réunion en reprenant notamment les Villas du Lagon, les Villas du Récif et les Créoles. Expliquant sa démarche dans les colonnes du Quotidien de la Réunion, le directeur du groupe, Patrice Hardy, faisait la déclaration suivante : ?En nous installant à la Réunion, nous continuons notre stratégie de développement dans la zone : Les Seychelles, les Maldives, la Réunion? bientôt Rodrigues. Notre offre s?élargit et s?enrichit.? Une stratégie d?ouverture qui, dans le secteur hôtelier, se fait aussi au niveau du groupe Beachcomber également présent dans la région.

Avant de s?engager dans des pays étrangers, un groupe, quel qu?il soit, tient en compte plusieurs éléments. ?Le premier critère, c?est la stabilité du pays sur le plan économique et social. Il faut ensuite s?assurer de la fiabilité des services financiers et bancaires. A ce niveau, il y a un hic lorsqu?il s?agit des banques mauriciennes, car elles ne sont pas nombreuses à avoir des échanges rapides avec les banques africaines. Et lorsqu?on n?a pas la garantie de recevoir des paiements dans les délais, il devient plus difficile de faire des affaires?, explique Paul Ah Leung, directeur général d?ATS, qui a investi à Madagascar et en Afrique du Sud dans le textile et la fourniture des équipements. Les autres critères à prendre en compte pour tout investissement à l?étranger sont le niveau des télécommunications, où l?on s?assure de la qualité des services de l?internet haut débit et de téléphonie cellulaire, entre autres. ?Le plus important est de pouvoir satisfaire le client. Pour cela, il faut aussi savoir si les facteurs sont réunis pour garantir la rentabilité. Enfin, il faut une évaluation des risques rattachés au pays?, ajoute Harold Mayer. ?Sur le plan commercial, on entreprend des études et des collectes d?informations, notamment sur le produit intérieur brut du pays où on investit, sur son secteur d?importation et d?exportation. Nous qui sommes dans le textile et qui vendons de la matière première aux pays émergents, il nous faut évaluer la disponibilité de la main-d??uvre et le niveau des salaires?, enchaîne Paul Ah Leung.

L?ouverture sur la région et les pays africains est désormais un impératif. ?Partout à travers le monde, il y a une logique régionale. Nous avons investi en Inde. Ce qui nous a permis d?élargir notre gamme de produits. Notre offre devient plus attrayante pour les clients. Cela permet aussi de sécuriser nos bases à Maurice et d?être perçus comme un groupe plus solide?, fait ressortir Harold Mayer.

?Lorsqu?on arrive dans un pays étranger, on est vu comme des gens qui ont l?expertise nécessaire.?

Si les compagnies mauriciennes qui investissent à l?étranger créent aussi de l?emploi pour des Mauriciens qui partent s?expatrier avec de bons postes à la clé, il n?en demeure pas moins qu?il existe une crainte qu?à terme le phénomène n?engage les sociétés locales dans la logique de la délocalisation. Harold Mayer refuse de penser ainsi. ?Il faut d?abord penser en termes de croissance. Etant à Madagascar et en Inde, outre notre présence à Maurice, nous mettons plus de chances de nos côtés pour être un one-stop-shop. Nous triplons ainsi notre gamme dans le textile.?

?Il faut réfléchir en termes de croissance. Nous sommes condamnés à cela. Pour nous, le textile étant arrivé à un certain stade d?essoufflement, l?agrandissement de notre société ne pouvait se faire qu?à l?extérieur. L?objectif désormais est d?avoir trois à quatre bureaux en Afrique dans les années à venir?, dit, de son côté, Paul Ah Leung.

Il s?agit donc de prendre des risques mais aussi de démontrer la confiance en soi. ?Bien qu?on ne soit pas le tigre de l?océan Indien comme l?affirment certains, nous avons un rôle de leader dans cette partie de l?Afrique où nous nous situons. Nous sommes ainsi, si nous ne tenons pas en compte l?Afrique du Sud, le leader dans un certain nombre de domaines. Et lorsque nous investissons dans la région, cela démontre que nous avons confiance dans la régionalisation. Il serait quand même souhaitable que les grands groupes lorsqu?ils investissent à l?étranger n?oublient pas les petites et moyennes industries locales?, analyse, pour sa part, Sanjeev Mulloo, président de la Chambre des petites et moyennes entreprises mauriciennes.

En ce qui concerne le textile, Paul Ah Leung confirme que nous avons un savoir-faire et une réputation qu?il nous faut exploiter. ?Lorsqu?on arrive dans un pays étranger, on est vu comme des gens qui ont l?expertise nécessaire. Il s?agit, en conséquence, de tirer profit d?une combinaison de facteurs pour obtenir de meilleurs prix, réaliser une économie d?échelle et se garantir un pouvoir de marchandage lorsqu?on explore d?autres pistes d?investissement. Notre présence dans d?autres pays nous permet aussi de profiter d?un meilleur suivi du marché global.?

L?île Maurice est gagnante de ce dynamisme de ses sociétés. Mais, comme le souligne Amédée Darga (voir encadré), il est désormais nécessaire de réfléchir en termes de stratégie nationale plutôt que de laisser l?initiative aux seules compagnies mauriciennes d?exploiter les horizons lointains. C?est ainsi que le concept de régionalisation trouve son plein sens au-delà des nobles intentions de solidarité régionale.

<B> Expansion graduelle</B>

A 2006, les groupes mauriciens avaient investi près de Rs 2 milliards dans des pays étrangers. Les secteurs les plus prisés sont l?hôtellerie et les exploitations agricoles. Les autres secteurs qui intéressent les Mauriciens sont le textile, les services bancaires et l?assurance. Afin d?accroître la présence mauricienne dans des pays africains, le budget 2006-2007 prévoyait la création des Mauritian Trading Houses dans cinq pays de ce continent. Les destinations ciblées étaient le Kenya, l?Afrique du Sud, le nord de la Namibie, la Tanzanie et le Mozambique. L?investissement direct à l?étranger s?élévait provisoirement pour les six premiers mois de 2007 à Rs 346 millions. En 2005 et 2006, l?investissement total se chiffrait à Rs 1,942 milliard et à Rs 1,134 milliard respectivement. Pour le premier semestre 2007, les Mauriciens ont investi surtout au Mozambique (Rs 106 millions), à Madagascar (Rs 65 millions), aux Seychelles (Rs 58 millions), aux Maldives (Rs 31 millions), en Inde (Rs 29 millions) et en France (Rs 21 millions).

Depuis 2003, l?investissement direct à l?étranger a connu une hausse significative frôlant ou dépassant le montant de Rs 1 milliard.

QUESTIONS À ...

<B> Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius</B>

● <B> Qu?est-ce que l?investissement régional a rapporté à ces compagnies et au pays? </B>

C?est une stratégie de diversification qui a élargi l?offre aux clients. Ce qui est le cas des groupes hôteliers par exemple. Un groupe qui a déjà six à sept hôtels à Maurice est forcément confronté à la difficulté de trouver de nouvelles terres pour une expansion. En investissant dans des pays de la région, il offre plus de choix à ses clients. Dans cette démarche, il y a certainement eu une plus grande difficulté pour les opérateurs de taille moyenne ou petite à ?s?exporter?. D?autre part, les retours pour le pays ont été indirects dans la mesure où nous bénéficions des gains des compagnies. Il y a aussi le fait qu?un certain nombre de Mauriciens vont travailler dans les pays où l?investissement a été fait.

● <B> Que préconisez-vous pour sortir de cette démarche individuelle et aboutir à un projet national ? </B>

Nous devrions effectivement identifier une stratégie nationale pour l?investissement dans la région. Une stratégie fondée sur notre volonté d?être la clef et l?étoile de l?océan Indien. Cette stratégie impliquerait certaines composantes. L?investissement dans le domaine agricole notamment devrait pouvoir fournir au marché mauricien un certain nombre de produits que nous ne pouvons pas produire localement. C?est aussi une stratégie qui s?insérerait dans le cadre d?une chaîne d?approvisionnement international où Maurice jouerait le rôle de plate-forme essentielle. Par exemple, dans le cas du bois, il est évident aujourd?hui que des investissements dans la production des bois dans la région serviraient les intérêts de l?industrie du meuble à Maurice. Ils positionneraient également l?île comme une plate-forme pour la fourniture du bois, en grande demande dans les pays asiatiques. Ce sont des investissements qui positionneraient Maurice dans la ?supply chain? locale des pays de la région comme, par exemple, pour les sociétés de commerce. Et, là, le projet de créer la Mauritius Trading House s?insère dans cette perspective. Enfin les investissements transfrontaliers dans le secteur des services nous permettront de capturer une part plus conséquente du marché de la région en jouant aussi des partenariats que nous pouvons obtenir avec des opérateurs d?ailleurs tels que ceux venant de l?Inde.

● <B> Des pays africains continuent à inspirer des craintes. Sont-elles justifiées ? </B>

C?est une généralisation qui n?a jamais été vraie pour tous les pays. En tout cas, ce n?est pas le cas pour l?Afrique australe et de l?est. Deuxièmement, c?est parce que des difficultés opérationnelles faisaient qu?il nous était plus facile de trouver notre place au soleil, autrement, d?autres y seraient allés avant nous. Enfin, ceux qui ont investi jusqu?ici ont récolté plus de bénéfices que des difficultés. La preuve est ainsi faite.

● <B> Les groupes mauriciens ont-il une ambition régionale? </B>

Certains groupes ont définitivement cette ambition. L?Afr Asia Bank, lancée par le groupe Mon-Loisir, qui a d?emblée expliqué que sa stratégie était de faire des affaires en se positionnant comme le pont Afrique-Asie, en est la démonstration.

Propos recueillie par <B> Nazim ESOOF</B>

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