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Maurice perd un expert en pêche industrielle

21 août 2007, 20:00

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La chasse aux sorcières va pafois, sinon à contresens, du moins en direction de l?exode des cerveaux. Nous avons vu que le gouvernement MMM-PSM du 11 juin 1982 initie, à Maurice, l?opération lève paquet aller, avec le limogeage injuste et injustifié de cadres de la valeur de Jean Delaître de la MBC, d?Oomashankar Hawoldar de la DWC, de Bramduth Ghoora, de Kanti Banymandhub, d?Hervé Duval de la fonction publique. La Mauritius Tuna Canning and Fishing Enterprises, du groupe de compagnies Ireland Blyth, accepte, de son côté, qu?un de ses meilleurs techniciens en technologie de la pêche, M. Lindsay Guillot, s?expatrie en Australie, en dépit de ses anciennes fonctions de conseiller municipal MMM à Vacoas-Phoenix. Il est tout de même désolant de constater que les secteurs privé et public mauriciens n?ont pas su, n?ont pas pu, à la mi-1982, conjuger leurs efforts pour retenir, au service du pays, un expert en pêche industrielle du calibre d?un Lindsay Guillot.

L?Australie et les Etats-Unis d?Amérique cherchent avidement ce que la technologie de pêche japonaise offre de meilleur au niveau des cadres, afin d?améliorer la compétitivité de leurs produits sur le marché mondial. Cela fait d?ailleurs six mois déjà que, après les Etats-Unis, l?Australie veut mettre le grappin sur ce cadre mauricien qui parle et écrit couramment le japonais, langue apprise et maîtrisée ailleurs que dans nos établissements scolaires.

Outre sa conserverie de thon, se trouvant alors, dans l?entrepôt ferroviaire, situé à l?entrée du front de mer du caudan, la Tuna Canning exploite aussi, mais non sans déboires multiples, le thonier Lady Sushil, pourtant un des bateaux les plus modernes pour la pêche au thon. A l?heure où nous parlons, en 2007, de faire du seafood hub, un nouveau pilier de notre économie, on mesure mieux ce que notre développement industriel a perdu, pendant le quart de siècle écoulé, en raison de l?exil imposé à Lindsay Guillot, sous prétexte que son employeur ne semble pas avoir pu alors lui fournir une rémunération comparable à ce que lui offraient ses nouveaux employeurs australiens. Précédemment, il avait résisté aux offres, également alléchantes, venant de chasseurs de têtes américains.

Il commence sa carrière à l?âge de 19 ans. Il est affecté à l?entreposage en chambres froides du poisson ramené par les bateaux de pêche japonais. Il obtient par la suite un brevet de marin et participe à de nombreuses campagnes de pêche. Il est, en 1982, un des rares Mauriciens à pouvoir maîtriser la technologie japonaise de pêche industrielle, considérée comme une des meilleures au monde. Rude travailleur, il accumule des journées de travail de 10-12 heures, en dépit de son statut de cadre. Il est souvent à l?oeuvre le dimanche ou encore pendant les jours fériés.

Il sauve pratiquement le Lady Sushil du naufrage financier. Ce thonier rentrait au Port-Louis les cales pratiquement vides. Il a fallu tout son savoir-faire technique mais aussi diplomatique pour augmenter considérablement les prises et pour pacifier les relations entre marins japonais et mauriciens qui s?étaient gravement détériorées à bord.

D?aucuns imaginaient que l?avènement d?un gouvernement MMM-PSM allait lui permettre de jouer un rôle prépondérant au niveau national dans le secteur de la pêche industrielle, un secteur qui souffre, aujourd?hui encore, d?un important déficit de communications. Il a considérablement amélioré les conditions de travail des employés de la Tuna Canning, notamment en encourageant les employés à pratiquer du sport et en s?intéressant à leur vie sociale. Il avait plein d?idées pour améloirer les conditions de travail et de vie de nos différentes entreprises industrielles.

A partir de 1982, ce sont donc des Australiens qui bénéficieront davantage des nombreuses qualités humaines et professionnelles de Lindsay Guillot. A nous d?imaginer ce qu?aurait été notre secteur de pêche industrielle si nous avions pu lui offrir une rémunération lui permettant de ne pas prêter l?oreille aux sirènes australiennes.

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