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Excès de pouvoir

21 août 2007, 00:00

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<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

L?affaire est révélatrice de l?attitude qui prévaut parmi les personnes en position d?autorité. On aurait tort de la considérer comme un fait divers banal. Il s?agit de la mésaventure vécue par un automobiliste après qu?il s?est abstenu, jeudi, de céder le passage à un usager qui se veut prioritaire parce qu?il est vice-Premier ministre.

Le citoyen non prioritaire, Shanawaz Caunhye, a été inculpé de tentative d?assassinat hier. Tout a commencé quand il a refusé de bifurquer sur la bande d?arrêt d'urgence située en bordure de l?autoroute alors que la voiture officielle du vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun allait le doubler. L?automobiliste était pressé, dit-il, car il devait rendre visite à sa mère qui était admise dans une clinique à Rose-Hill. Un motard l?a pris en chasse et l?a stoppé. Une altercation s?en est suivie, et l?automobiliste lui aurait dit ?Avance ou, taler mo touye ou !? Si tous les Mauriciens qui utilisent cette figure de style devaient être pris au mot, la moitié de la population se serait retrouvée derrière les barreaux !

Cette affaire, qui a tourné à l?ubuesque, nous donne en fait l?occasion de réfléchir sur certaines pratiques courantes sur nos routes et qui provoquent l?exaspération des usagers. Il s?agit d?un excès de pouvoir. Pour faciliter leurs déplacements, des dirigeants politiques abusent de leurs privilèges et vont jusqu?à bloquer des tronçons entiers de l?autoroute pour que la voie soit complètement dégagée durant leur passage. Si un automobiliste a le malheur d?ignorer les injonctions des sirènes hurlantes et des phares éblouissantes des motards, ceux-ci ne manqueront pas de lui rappeler fermement son devoir civique de laisser passer le souverain.

Certes, des mesures doivent être mises en oeuvre pour tenir compte de la sécurité des personnalités lors de leurs déplacements sur la route, mais il faut aussi respecter le pauvre automobiliste qui souffre déjà de l?incapacité des politiques à résoudre les problèmes de congestion routière. D?ailleurs, l?histoire politique de ce pays l?a démontré : le peuple n?accepte pas les abus de pouvoir.

On est amené à se demander si c?est vraiment des raisons de sécurité qui poussent les dirigeants à se faire accompagner d?escortes policières qui leur ouvrent la route. Le comportement de ceux qui ordonnent à leur cortège de ne respecter ni les feux, ni les précautions élémentaires du code de la route pourrait aussi découler de la sensation de puissance qui anime les princes des républiques bananières.

En démocratie, un ministre est un citoyen comme un autre. Il n?est pas au-dessus de la loi et devrait se garder d?exercer sa puissance contre les citoyens ordinaires. Nous voulons bien céder le droit de passage aux ambulances et aux pompiers mais pas aux souverains modernes. Sinon l?Etat de droit dans lequel nous vivons se transforme vite en un Etat de passe-droits.

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