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Une financière qui carbure à l?adrénaline

18 août 2007, 00:00

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Les yeux de Stéphanie Ip-Lamusse, 32 ans, brillent encore d?excitation des six jours passés avec son conjoint aux frais de la princesse à Barcelone en Espagne. C?était à la mi-juillet dans le cadre du Recognition and Reward Program de la HSBC Holdings PLC. «C?était extraordinaire : une limousine nous a conduits à l?hôtel Ritz Carlton. Nous avons mangé royalement, nous avons visité les musées, nous nous sommes promenés. J?ai pu faire du networking avec des collègues d?autres pays. Durant ces six jours, il n?y a eu qu?une seule session de travail avec Stephen Green, le Group chairman de la HSBC Holdings PLC et elle a porté sur la responsabilité sociale des compagnies et sur le changement climatique.»

Son contact très facile tient certes à sa personnalité mais aussi, à l?écouter, à son éducation. «Si je suis ce que je suis, je le dois certes à ma famille qui n?a pas essayé d?étouffer ma curiosité naturelle mais aussi au Couvent de Lorette de Port-Louis où j?étais en primaire et celui de Quatre-Bornes en secondaire. Ces établissements ont mis l?accent sur l?académique mais aussi sur le développement intégral de l?individu.»

Stéphanie, qui perd son père alors qu?elle n?a que 16 ans, est ce qu?on appelle familièrement une bosseuse. À l?école, on la surnomme d?ailleurs «l?intello». Contrairement aux autres étudiantes, elle adore le stress des examens. «J?ai toujours adoré les examens car ils faisaient monter mon adrénaline. J?ai toujours eu besoin de ça pour me dépasser.»

Ayant opté pour les mathématiques, l?économie et la comptabilité comme matières à l?étude en Form VI, Stéphanie se classe troisième, donc juste après les deux lauréates. Audacieuse, elle préfère prendre la bourse d?un an que lui propose la London School of Economics (LSE) plutôt que celle de quatre ans, offerte par une université australienne. «Je suis partie à l?aveuglette en ne sachant pas de quoi mes lendemains seraient faits. Mais je voulais découvrir Londres et son brassage de cultures.»

Stéphanie réussit avec brio sa première année menant à un Bachelor in science en Economie. À tel point que la LSE reconduit la bourse pour une deuxième année. «Si en première année, c?était du gâteau car le niveau des études en Form VI est élevé, j?ai vraiment dû cravacher au cours de la deuxième année. Là, je me suis concentrée sur l?économie monétaire internationale et c?était passionnant d?avoir une vue en hauteur de l?économie.»

Stéphanie s?applique tellement qu?elle obtient une autre bourse pour compléter son Bsc. qu?elle décroche avec la mention Upper Second Class. Vu ses résultats, le célèbre établissement lui offre une autre bourse pour qu?elle complète ses études par un Mastère. Comme Stéphanie n?est pas encore prête à regagner Maurice, elle accepte. Sa dissertation en économie et finance porte sur la crise du peso mexicain et son impact sur les pays d?Amérique Latine que sont le Brésil, l?Argentine et le Chili.

La jeune femme connaît une fois de plus le succès mais rejette la proposition de bourse pour faire un doctorat en économétrie. Les mathématiques de l?économie ne l?intéressant pas, Stéphanie décide de rentrer au pays en juillet 1998. Mais les inconvénients liés à l?insularité finissent par lui peser et au bout d?un mois, elle repart pour Singapour et Hong Kong dans l?espoir d?y trouver un emploi intéressant.

«Si je suis ce que je suis, je le dois certes à ma famille mais aussi au Couvent de Lorette de Port-Louis où j?étais en primaire et celui de Quatre-Bornes.»

Elle passe plusieurs entretiens auxquels elle ne donne pas suite car elle se rend compte que le rythme de travail dans ces pays est infernal. «Là-bas, ils travaillent de 9 à 21 heures. Moi, je voulais d?une vie équilibrée et il était hors de question pour moi de travailler autant.» C?est toute penaude qu?elle revient à Maurice et après quatre mois comme consultante à De Chazal Du Mée, elle fait acte de candidature pour un poste de cambiste à la Hong Kong and Shanghaï Banking Corporation (HSBC). Bien qu?elle soit surqualifiée pour le poste, Stéphanie ne se met pas martel en tête. «J?étais consciente de ne pas avoir d?expérience du travail et qu?il fallait bien commencer quelque part.»

Elle est la première femme cambiste de la banque et prend vite goût à ses responsabilités, en particulier quand il s?agit d?acheter et de vendre des devises pour la banque. «C?était fantastique car j?avais des montées d?adrénaline à chaque spéculation. C?est excitant. J?ai besoin de ça pour avancer.» Une fois qu?elle a fait le tour du poste, Stéphanie tourne en rond.

Une vacance comme Business Development Manager dans le département offshore de la banque vient relancer son intérêt. Elle postule avec succès et elle découvre alors le monde des traités de non double imposition de taxes, travaille avec les offshore management companies et se passionne pour ses nouvelles responsabilités dont elle s?acquitte pendant près de trois ans.

Son efficacité impressionne et lorsque sa direction sent que son intérêt va retomber, en 2004, sa hiérarchie lui demande de développer le département d?Institutionnal Banking. Un défi que Stéphanie accepte et prend à bras le corps, développant cette fois des relations avec les banques, les compagnies d?assurances et autres institutions financières non-bancaires. Elle s?attèle notamment à montrer à ses concurrents qu?il est tout à fait possible de faire des affaires ensemble en leur proposant notamment un service qu?ils n?offrent pas. Comme par exemple des lignes de garantie.

Après deux ans, elle est nommée manager du Corporate and Institutional Banking. Elle est la première femme à intégrer l?équipe du top management. Une de ses tâches consiste à accorder des emprunts sur recommandation de la HSBC de l?Inde à des compagnies qui ne sont pas basées à Maurice. Malgré ses horaires impossibles, son adrénaline atteint des sommets surtout lorsqu?elle jongle avec des montants de 100 à 200 millions de dollars américains. «L?an dernier, la totalité de notre loan book offshore était de 1.3 milliard de dollars américains. Oui, plus d?un milliard !»

Stéphanie, qui clamait son indépendance sur tous les toits , craque pour Vincent Lamusse, responsable de la gestion des investissements du Swan Group à travers la filiale Anglo-Mauritius Financial Services Ltd. «Je croyais que le mariage ne figurait pas dans mes cartes de sitôt mais Vincent m?a conquise dans un tourbillon...»

Depuis juin dernier, elle occupe la fonction de Deputy Head of Corporate Banking. À sa charge, elle a toutes les compagnies, les institutions financières et les corps parapublics. Depuis qu?elle est rentrée de Barcelone, Stéphanie entrevoit la responsabilité sociale de l?entreprise de façon sensiblement différente. «À la HSBC, nous avons toujours parrainé une organisation non-gouvernementale mais j?ai réalisé, après la session de travail à Barcelone, qu?avoir une responsabilité sociale, c?est aussi s?engager et mettre les employés dans le coup. Cette unique session de travail du Recognition and Reward Program m?a donné des idées au niveau de notre action sociale. Sandeep Uppal, le Chief Executive Officer, et moi travaillons sur un gros projet de Corporate social responsability qui sortirait de l?ordinaire et où non seulement les employés de la banque s?impliqueraient mais aussi la communauté dans son ensemble. Ce sera pour la fin de l?année.»

Stéphanie qui a constamment besoin de défis, ne se voit pas quitter la HSBC de sitôt. «C?est une banque qui est juste envers ses employés et ses clients. Nous sommes une équipe jeune et soudée. La hiérarchie pratique une politique de portes ouvertes. Je suis dans mon élément.»

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