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Macondé, le radier qui fait frissonner

14 août 2007, 00:00

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Il etait une fois ?enn bis mariaz?. Sortant de Britannia pour aller à La Gaulette. Les convives sont sur leur trente et un. Des bracelets colorés tintent au poignets des femmes. Des fleurs fraîchement cueillies flétrissent dans leurs cheveux. Elles maudissent la pluie qui tombe à verse, craignant que l?eau du ciel n?éclabousse leurs beaux habits. Incessamment, les convives scrutent le ciel, guettant l?éclaircie qui ne vient pas. Tentant vainement de distinguer les contours de la montagne si familière.

A hauteur de Macondé, comme on s?y attendait le radier est inondé. Neerabye Cardaree, qui raconte l?histoire, nous indique où cela s?est passé. Depuis qu?elle s?est mariée, il y a de cela 48 ans, elle a toujours vécu à Coco, localité située juste avant Baie-du-Cap.

Non, ne lui demandez pas les dates ou les noms. Ni trop de précisions. Ce dont elle se souvient, c?est que les ?nef larivyer ki ena Chamarel?, ont causé des ?débordements. Tou dilo la desann depi montagn?. Dans son souvenir, le pont est bloqué. Rendu impraticable par le trop plein d?eau, de branches et de feuilles.

Survient alors le drame. Le bus fait une sortie de route, patine dans l?eau salée. ?Kouma noun tann dir bis dan lamer, tou pirogue koste, fer demars pou tir dimoun.? Est-ce les faits ? Est-ce la mémoire de Neerabye qui reconstitue l?histoire ? Toujours est-il qu?elle se souvient avec force détails de cet accident. Du ?ti baba dan lame? qui s?est noyé, quand emporté par les eaux, ?li sorti dan godi so mama?. De cet autre enfant qui fut ?entere dan labou? et que l?on n?a jamais retrouvé. Sans parler de la maman qui selon Neerabye, était vivante quand on l?a dégagée du bus, mais qui rendit l?âme en route vers l?hôpital.

Combien de temps s?est écoulé depuis ces événements ? Neerabye ne s?en souvient pas. Reste que pour elle, on n?a que trop tardé pour améliorer cette voie d?accès qu?est le radier de Macondé.

Là, sur le bas côté de la route, assis sur le sable Bakar Abdoollah a lancé sa ligne. Depuis le matin, il a quitté Phoenix pour ce bout de mer d?où il ne repartira que vers 16 heures. S?il a de la chance, ce sera avec du rouget, breton ou de la gueule pavée. C?est comme cela qu?il meuble sa retraite d?ancien receveur d?autobus. Il ne compte plus les fois où il a ramassé les roupies de l?aéroport vers le Morne, en passant par Baie-du-Cap. S?il était dans l?autobus, il a bien vu que ?pena plas pou pieton?. Il se souvient des frayeurs qu?il a eues quand des chauffeurs imprudents, fonçant à toute allure sur cette route, ont manqué d?écraser un piéton de justesse.

Mêmes souvenirs partout dans le village. Quand aura-t-on un pont ? Quand la condition de la route ne dépendra-t-elle plus de la pluie ou du beau temps ? Déjà que même par grand soleil, ?sime la kouma dir bato?, expliquent Désiré Malbrook et son collègue chauffeur de taxi, Vinesh Harry. Avec sept autres taxis de Saint-Martin, Bel-Ombre, Baie-du-Cap et Choisy, ils se sont constitués en association depuis deux mois.

Désiré, basé à domicile, ?parski nou pa gagn akse lotel? raconte. Quand il transporte des touristes anglais, au moment de traverser le radier, il les prévient systématiquement : ?Monsieur, madame, nous allons passer sur le nightmare bridge.? Des clients obligés, à cause du mauvais temps, d?attendre une heure ou deux, que le radier soit à nouveau praticable. ?Kan zot prese, zot avion pou dekole, nou sey pase, sa met lavi klian ek sofer andange.?

Lui, dit sans détour ?gagn onte devan klian? vu l?état de cette route. De mémoire de chauffeur de taxi, Désiré Malbrook a vu pas mal de rétroviseurs ?arrachés?, la faute à l?étroitesse de la route qui donne des sueurs froides aux véhicules quand ils croisent des poids lourds.

Ravish Ardeal aussi a sa petite idée sur la question. Son look de ?chômeur en vacances? cache en fait les ambitions d?un jeune restaurateur. Assis devant la façade jaune de son établissement, il lance sans ambages que c?est triste que le projet de pont ait été gelé. ?Loizir pena, kiosk pena, devlopman pena, aster pon pena.? Il dit ne pas comprendre pourquoi des améliorations ne sont pas apportées rapidement à ?la seule voie vers Port-Louis?.

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