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Des « Apartés » Gentil mais posant question

12 août 2007, 00:00

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On émerge songeur d?une lecture, hélas, trop rapide, pour des raisons journalistiques, du second tome des Apartés d?Alain Gordon-Gentil (AGG). Il est certes trop tard pour remettre en question le titre « Apartés ». Mais il dépend tellement du texte et de la mise en scène. Selon le dramaturge, le metteur en scène et l?acteur, le spectateur peut, en effet, hésiter entre l?indiscrétion fortuite et la confidence complice, entre une vérité dérobée et la connaissance de ce que les autres acteurs sont censés ne pas entendre et ignorer. Nous sommes dans le théâtre du mensonge. Personne n?est donc dupe.

Alain Gordon-Gentil s?honore du fait que son Apartés II compte si peu de politiciens. Ils sont trois en fait si l?on ajoute Yolande Renelle à Navin Ram-goolam et à Satcam Boolell. L?allergie anti-politique de ce journaliste, plutôt proche de Navin Ramgoolam, peut donc surprendre. Sa sincérité ne fait pourtant aucun doute à ceux pratiquant encore la présomption d?innocence, à ceux croyant qu?il existe encore des possibilités de contribuer à une action politique, sans devoir vendre son âme au diable.

« Descente aux enfers »

Pour un journaliste digne de ce nom, donner la parole à un politicien, pour ne pas dire à un parle-mentère, c?est aussi prendre le risque d?ouvrir pire que la boîte à Pandore puisqu?il s?agit de celle du mensonge. Trop de médias et de journalistes complaisants invitent des politiciens-arracheurs de dents rôdeurs d?invitations, tout en sachant ne pas avoir le courage requis pour confondre ces parle-mentère. Que voulez-vous ? Ce journalisme-paillasson est bon pour la vente du papier journal et pour l?audimat.

Alain Gordon-Gentil a autant raison que tort d?être allergique à nos politiciens devenus symbole du mensonge. Dans sa préface, cependant, il dénonce à juste titre la « crise morale sans précédent » qui fera demain vaciller notre île Maurice. Mais qui sont les premiers responsables de cette « lente descente aux enfers du comportement moral des Mauriciens » sinon nos dirigeants politiques et gouvernementaux depuis notre Indépendance ?

Que n?a-t-il pas demandé à Navin Ramgoolam s?il ne se sent pas un des responsables, avec nos autres Premiers ministres (« Welcome to the club, my dear Paul ! »), de notre « pourrissement moral... de notre morale gangrenée » ? L?absence de cette question décrédibilise son livre dans un sens.

Il y a toutefois l?avers de son Apartés II, consistant en une quarantaine d?entretiens décrivant de manière diversifiée ce qu?on peut penser de notre île Maurice à l?aube du XXIe siècle. En cela son livre devient un incontournable document de référence.

En écartant d?office la quinzaine d?invités étrangers, il nous reste une bonne vingtaine de Mauriciens, ayant chacun quelque chose de valable à nous dire sur leur manière personnelle d?être aujourd?hui Mauricien.

Ameenah Gurib-Fakim nous trouve trop dociles, car nous n?osons pas prendre position et encore moins descendre dans la rue. Elle nous rappelle la nécessité de respecter la nature et d?éduquer la femme si on veut éduquer la société.

Serge Lebrasse croit dans la chanson mauricienne de langue créole qui doit être tout sauf « quelques bouts de phrases répétées cent fois ». Il suffirait que nos étudiants puissent étudier les paroles de ses ségas à l?université.

David Constantin répond à bon escient à Natacha Appanah-Mouriquand qu?on ne peut se prétendre exilé lorsqu?on quitte volontairement Maurice et quand on demeure libre d?y retourner à notre guise.

Satcam Boolell dit n?avoir pas eu l?ambition et l?hypocrisie requises pour réussir. Mais à quoi sert de réussir si c?est pour perdre son âme ? De Paris, Jean Suzanne, lauréat d?une multinationale informatique, fait figure d?oiseau rare. Franchit-il le Saint des Saints d?un de nos bureaux les plus huppés, on le découvre de visu trop bronzé pour y être employé. Malcolm a raison : les Mauriciens cultivent la canne à sucre et les pires préjugés racistes.

Fernand Mandarin a le courage de la vérité pour dire que la vie aux Chagos n?était pas et ne sera pas une sinécure. Mais son cordon ombilical y est enterré. Les voleurs et receleurs d?îles finiront par l?accepter.

Navin Ramgoolam voudrait savoir pourquoi l?autoroute cum tunnel, devant relier Plaine-Magnien et Belle-Rive, est devenue une priorité pour le gouvernement MSM-MMM de 2000-2005. Pourquoi ne pose-t-il pas cette question à son ministre Anil Baichoo ?

Quand on vous dit qu?Apartés II est le livre mauricien le plus amusant qu?on puisse lire présentement.

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